21 février 2008

Des réflexions rafraîchissantes !!!

Jean-Serge Baribeau

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai lu l'entrevue de Marie Demers. Je dois, un peu vaniteusement, dire que j'aime bien ces idées qui correspondent aux miennes, à celles que je défends depuis de nombreuses lunes.

À une certaine époque l'automobilisation du transport, de la circulation et de l'ensemble de la société ne semblait pas si bête que cela. C'était le progrès et c'était le triomphe insolent des Trente Années Glorieuses (1945-1973). Mais peu à peu le monopole désinvolte et altier des gros chars a rendu les villes invivables pour les piétons, pour les cyclistes, pour les personnes âgées, pour les enfants et pour tous ceux que j'oublie dans ma glorieuse énumération. Ayant été automobilste, motocycliste, cycliste et piéton, je me dois de dire qu'en dépit de l'imprudence occasionnelle de certains piétons, être piéton à Montréal, c'est assumer le risque de ne plus jamais rentrer chez soi ou le risque de faire un long séjour dans un hôpital.

Je sais qu'il y a des piétons qui courent après leur mort ou leurs blessures. Mais, à chaque fois qu'il est question de la circulation et du transport, il se trouve quelqu'un pour dire que ces maudits piétons sont effrontés et méritent le pire des sorts. Je suis âgé de 64 ans et je marche au moins une heure par jour depuis cinq ans, surtout dans le Sud-Ouest, dans le quartier de la Petite Bourgogne. Je pense être un piéton d'une extrême prudence, ce qui n'empêche que je sens que la mort ou la mutilation sont toujours au rendez-vous, virtuellement. Terrifiante est la quantité d'automobilistes qui ne font pas leur STOP ou qui brûlent allégrement les feux rouges. Même lorsqu'il y a des lignes blanches bien tracées, nombreux sont les automobilistes abrutis qui s'installent insolemment dans le corridor piétonnier et qui menacent de te casser la figure si tu oses te plaindre ou revendiquer du respect. Il est manifeste que les automobilistes, dans une proportion de 1 sur 3 (au moins) ne connaissent pas les règlements de la circulation ou, surtout, ne veulent rien en savoir. Il va falloir des campagnes d'éducation, accompagnées, si nécessaire, de mesures répressives significatives.

Pendant la belle saison, il y a aussi de nombreux cyclistes qui engueulent les piétons et qui leur demandent effrontément de leur céder le trottoir. L'été dernier j'ai dû défendre une femme très âgée qui était terrorisée par un cycliste baveux et dégueulasse. Et dire que les cyclistes se sont battus pour obtenir des droits ! Et dire que je me suis déjà battu pour les droits des cyclistes ! En France, il y a même un philosophe (Michel Deguy) qui défend le droit des cyclistes d'emprunter les trottoirs. Il prétend qu'un cycliste, c'est un piéton à deux roues. Il prétend que le cycliste appartient à la population piétonnière avec roulettes.

L'hiver, lorsqu'il y a des tempêtes, on demande à la population d'utiliser le métro ou l'autobus. Mais on ne prend aucune mesure pour rendre les trottoirs praticables. Comme la majorité des citoyens n'ont pas une station de métro ou un arrêt d'autobus dans leur cour, c'est absurde, dans de telles conditions, de proposer la solution du transport collectif. Aussi, cet hiver (et ce n'est pas la première fois), dès qu'il y a du verglas, on peut être assuré que les trottoirs vont être glissants pendant des mois. Aussi, que dire de certains cols bleus complètement abrutis (je suis syndicaliste) ! Il y a un mois ou un peu plus, après une grosse tempête, je déambulais et, tout à coup, je vois venir une charrue de trottoir roulant à toute allure, conduite par un gars d'une vingtaine d'années qui me faisait signe de déguerpir. Mais il y avait des bancs de neige de chaque côté, ce qui fait que je me suis agenouillé, les bras en croix (quel beau symbole). Le type était furieux. Il a dû s'immobiliser et lorsqu'il a remarqué ma colère il n'a pas osé descendre de sa maudite machine.

Mais, au-delà de tous les blâmes que je porte rageusement, il y a une considération essentielle de Marie Demers : il s'agit d'un problème profondément sociétal. Étant sociologue depuis plus de quarante ans, je n'utilise l'adjectif sociétal que lorsqu'il s'agit d'une question concernant l'ensemble de la socialité et de l'organisation sociale.

Tout cela étant dit, je me tais et je me permets d'espérer que les Marie Demers vont se multiplier, ouvrant ainsi la porte à AUTRE CHOSE.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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