20 février 2008
Depuis quelques années, le cyclisme devient n’importe quoi. Entre les affaires de dopage, toutes plus hypocrites les unes que les autres, et les chamailleries entre les différentes instances, voulant chacune être celle du renouveau cycliste, mais accélérant sa chute à cause de ces puériles querelles de pouvoirs, l’anarchie règne dans le peloton. Un sport où les participants peuvent être évincés au dernier moment d’une compétition, voire pendant, où la hiérarchie n’est même plus respectée, mais qui pourtant au départ est le théâtre de tant d’exploits et d’exemples de sportivité...
Ce n’est pas une nouveauté, le cyclisme va mal. Gangrené par le dopage diront certains, ce fléau que seuls les plus avides de succès et dénués de talents adoptent. Heureusement, la fierté nationale est préservée : depuis l’affaire Festina en 1998, plus aucun Français n’a été retrouvé dans les mailles du filet. J’ai beau repousser au maximum les pensées négatives qui me viennent, l’aigri que je suis sent beaucoup trop d’hypocrisie dans ces phrases pour les prendre au sérieux. Je vais sans doute me faire lapider, mais tant pis, je me lance : tous les cyclistes professionnels sont dopés.
Tous, sans exception. Grands, petits, américains, français, tous. Il y a tant d’affaires de dopage dans le milieu amateur que le cyclisme professionnel, plus exigeant au niveau des performances, l’est forcément entièrement. Et alors ? Si tous sont dopés, les meilleurs sont bel et bien les meilleurs, seulement, ils seraient moins rapides si ils tournaient «à l’eau claire». Enfin, les meilleurs le seraient, si on ne les excluait pas pour une éthique hypocrite qui supprime les gros morceaux pour garder tout le reste. Cette chasse aux sorcières a pris de plus en plus d’ampleur, à tel point qu’aujourd’hui, vainqueur est synonyme de dopé.
Cette saison, tous les prétendants aux plus grandes courses en ont été écartés. L’affaire Puerto n’a pas encore fini de pourrir le cyclisme. Basso, Ullrich, Vinokourov, Landis... On ne compte plus les grands coureurs écartés du peloton pour que ce dernier soit préservé. Résultat, qui peut dire qui sera au départ du Tour le 5 juillet ? Et avec quel statut ? Ces questions, même les dirigeants du cyclisme ne peuvent y répondre. Pire, ils ne s’y intéressent pas. Les grands Tours, l’ASO, l’UCI... toutes les instances se querellent pour avoir le pouvoir de décision. Des équipes sont sacrifiées dans cette lutte inutile et stupide. Ainsi, Astana n’est pas retenue pour participer au Giro et aux courses de l’ASO, officiellement pour des raisons «évidentes de risques de dopage».
En réalité, c’est juste une tentative d’intimidation de l’UCI : « Nous avons le pouvoir de ne pas sélectionner une équipe que vous voulez nous forcer de reconnaître. » Je ne dis pas que l’un ou l’autre des partis a raison. Simplement, cela nuit gravement au cyclisme. Pour autant, le cyclisme est t-il perdu d’avance ? J’ai la faiblesse et la naïveté de croire que non. Car, en parallèle de ce tableau sombre, je trouve ce sport magnifique.
Quand je pense au cyclisme, ce n’est pas la dernière affaire de dopage qui me vient à l’esprit. C’est le Tour 2004, quand Thomas Voeckler empoche le maillot jaune, après une fantastique échappée. C’est son visage rayonnant et trempé de sueurs quelques jours plus tard, lorsqu’il arrive dans les temps pour le conserver encore un jour. C’est son sourire malgré la souffrance que lui provoque l’énorme effort qu’il est en train de faire. C’est Jan Ullrich qui attend Lance Armstrong en 2003 après une chute de l’américain pour s’expliquer dans un duel loyal et sportif. C’est Jens Voigt en 2006 sur le Giro qui, échappé en compagnie de Garate pour faire son boulot de gregario de Basso et ne prenant aucun relais, lui laisse la victoire d’étape alors que, plus frais, il pouvait le battre sans problèmes au sprint. C’est ça que j’aime dans ce sport. Et ça, aucun hypocrite ne pourra me l’enlever.
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