23 février 2008

Entrer en ville sur «la 400»

La ligne droite et le plus vite possible. C’est le chemin que préfère le maire Labeaume. Celui où il va spontanément, sans mesurer toujours les obstacles qui l’attendent.

L’essentiel est de bouger vite et de montrer que l’on bouge. C’est dans l’air du temps : le changement, le mouvement. Comme si chaque jour, il fallait réinventer la roue.

Et lorsque réinventer la roue ne suffit pas, on réinvente aussi la piste cyclable. Celle qui relierait par exemple la Cité universitaire et le centre-ville de Québec.

« C’est mon projet, de dire M. Labeaume. C’est anormal qu’une ville moderne n’ait pas de piste cyclable qui traverse. » Il a bien raison.

Le maire songe même à faire de cette piste, le legs de la Ville de Québec pour le 400e à la place de l’îlot des Palais.

Intervenir dans un milieu urbain dense et structuré n’est cependant jamais aussi simple qu’on le voudrait.

M. Labeaume a vite convenu que cette piste cyclable ne pourrait pas être livrée à temps pour le 400e. Au mieux, il faudra quelques années.

Pourra-t-on quand même parler d’un legs du 400e ? Pourquoi pas ? Si l’administration Labeaume veut prendre prétexte du 400e pour accélérer le projet de piste cyclable, il n’y a rien à redire.

Le 400e a d’ailleurs été le prétexte qui a fait aboutir plusieurs autres projets au cours des dernières années.

On ne pourrait pas imaginer des Fêtes du 400e sans spectacles, feux d’artifice et grands rendez-vous politiques, culturels et économiques qui attireront les visiteurs.

Mais l’héritage le plus durable du 400e tient beaucoup aux traces qui resteront dans le paysage de Québec grâce aux legs, cadeaux et immobilisations : la promenade Samuel-De Champlain et la rivière Saint-Charles (Québec); l’anse Brown, l’agora et les battures de Beauport (Ottawa); la magnifique fontaine de Tourny (Peter Simons).

D’autres dons, moins spectaculaires, mais symboliques : le hall du Musée de l’Amérique française (France); les mascarons (Bordeaux) et éclairages (Paris) qui animeront la façade jardin de l’hôtel de ville de Québec; la sculpture de place de la Gare (Montréal) ; les legs à venir de Xi’an (Chine), Namur (Belgique) et du Royaume-Uni.

Il y a longtemps que Québec a fait le constat des lacunes de son réseau cyclable.

Ce réseau de 278 km a été bâti par les anciennes villes à des fins récréatives, sans se soucier que les tronçons servent à des déplacements utilitaires.

Face aux obstacles géographiques ou logistiques, les villes renonçaient à prolonger les pistes ou les égaraient dans toutes les directions, ce qui explique que le réseau soit si morcelé et incohérent.

Le projet de piste en Haute-Ville corrigerait une des faiblesses les plus criantes de ce réseau.

Contrairement à l’impression laissée, ce projet n’est pas celui du maire Labeaume. Du moins, pas seulement le sien.

Cette piste figure depuis l’automne dernier parmi les priorités du Plan directeur du réseau cyclable.

L’entrée en scène du maire Labeaume va cependant bousculer l’échéancier et le tracé, ce qui n’est quand même pas un détail.

M. Labeaume veut aller vite et en ligne droite. La Ville va donc privilégier l’axe de René-Lévesque, plutôt que celui du boulevard Laurier ou de Père-Marquette.

Le scénario le plus vraisemblable : des bandes cyclables de 1,5 mètre à côté des corridors d’autobus.

Pour dégager les trois mètres requis, il faudra sacrifier les 325 espaces de stationnement sur rue du côté nord du boulevard René Lévesque. Le principal problème technique sera de trouver des espaces de stationnement ailleurs.

Si la piste du centre-ville se concrétise, une citoyenne de Québec suggère de la baptiser «la 400». Un clin d’œil à l’histoire et à l’autoroute. Pas bête. Mais peut-être avez-vous d’autres suggestions. Je vous écoute.


23 février 2008


caricature : André-Philippe Côté


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