27 février 2008

Tout sur le peloton et ses résolutions

La saison 2007 ayant tourné au cauchemar, le cyclisme doit se reprendre en main. Les mesures pleuvent, les règles changent. Et on rêve d'un retour à la pureté des origines.

Stéphane Thirion

C'est dans la difficulté que l'on reconnaît ses amis. C'est au bord des routes que le cyclisme saura, au cours des semaines à venir si sa popularité, sa magnificence, son aura ont subi l'érosion consécutive à sa lapidation sur l'autel de la honte. Ses défenseurs séculaires connaissent déjà la réponse et se frottent les mains à l'idée de reprendre le chemin des fossés, de se jeter sur les bidons, autographes, maillots et autres photos de stars sous leur casque. Ses détracteurs s'obstinent à prétendre que dans ce sport, ils sont « tous dopés », s'appuyant sur l'endurance, la répétition d'efforts soutenus et constants pour étayer leur hypothèse sans concession.

L'observateur, le plus neutre soit-il, ne peut en aucun cas partager l'un ou l'autre point de vue. Le journaliste de cyclisme, comme celui d'autres sports, ne peut cependant nier sa passion pour tel événement, telle course, tels coureurs, tels rebondissements comme par obédience à un rite saisissant, si populaire en Belgique, où les acteurs tentent, souvent avec brio, de pérenniser la légende de leurs prédécesseurs. À l'heure de formuler ses vœux pour la saison cycliste et son cortège de classiques, on a pourtant l'impression de se répéter, d'appeler au consensus apaisant d'une campagne paisible, sans affaires. Tel était le message délivré douze mois plus tôt, avec en filigrane, l'éclaircissement définitif sur l'affaire Puerto. Chacun est resté sur sa faim et, au contraire, l'été s'est soldé par un orage permanent. Aujourd'hui, en conséquence, mettons de côté cette obséquiosité manifestement inutile pour poser les conditions indispensables à la réussite potentielle de la saison 2008.

1- La collaboration entre la justice civile, les fédérations et autorités sportives ne doit-elle pas être améliorée ? Clairement si. Même si des signes ne trompent pas, comme l'obstination du Comité olympique italien (Coni) à puiser dans les 6.000 pages du dossier Puerto des informations susceptibles de le faire avancer dans sa propre enquête. L'exemple italien est le meilleur. Au-dessus de la fédé de vélo, le Coni mène ses propres recherches, suspend au moindre doute (Di Luca dans l'affaire « Oil of Drug », par exemple) et n'attend pas un contrôle positif ou un flagrant délit pour intervenir. La justice allemande s'est elle aussi intéressée de près au dossier Puerto pour avoir la conviction que Jan Ullrich trempait bel et bien jusqu'aux orteils dans le sang manipulé du sorcier madrilène. Du cas par cas, qui n'a cependant pas résolu, tant s'en faut, les problèmes en 2007. Au contraire, l'étrange passivité de la justice espagnole par rapport à ce dossier qui, selon les premiers éléments recueillis à l'époque, concernait d'autres sportifs de haut niveau et des personnalités du spectacle laissera toujours un goût de trop peu quand bien même le dossier est de nouveau disponible. Si Fuentes ne parle pas un jour, on risque fort de rater une occasion unique de brûler définitivement les animaux malades de la peste.

2- Parce que le cyclisme manque de transparence, on a l'impression que certains coureurs sont victimes du délit de sale gueule, à la fois vis-à-vis de la presse mais surtout des organisateurs ? C'est le point le plus sensible qui concerne tout le monde : l'Union cycliste internationale, les organisateurs, les équipes et, bien sûr, les coureurs. Pourquoi l'UCI, l'année dernière, a-t-elle attendu six semaines avant de révéler le contrôle positif de l'Allemand Sinkewitz pendant le Tour ? Pourquoi la fédération danoise n'a-t-elle pas réagi dans les délais pour prévenir que son coureur Rasmussen n'avait pas répondu présent à deux contrôles inopinés ? Pourquoi son équipe Rabobank ne s'est-elle pas davantage inquiétée des réponses évasives de son grimpeur soi-disant au Mexique alors qu'il pédalait en Italie ? Pour éviter ces dérives malsaines, qui génèrent inévitablement une relation de défiance, l'UCI a promis de communiquer plus vite. Les équipes et les coureurs n'ont plus le droit à l'erreur pour deux raisons : d'abord, l'instauration du passeport biologique qui permet de vérifier les variations sanguines, entre autres, à travers les examens permanents imposés aux coureurs. Ensuite, l'obligation faite aux coureurs et à leurs équipes d'établir, chaque semaine, leur emploi du temps par internet, quand bien même cette violation caractérisée est une atteinte fondamentale à la vie privée. Par souci de transparence, par espoir de pratiquer leur métier de manière plus juste et sans triche, les coureurs ont approuvé ces mesures novatrices dans l'histoire du sport.

3- En sélectionnant eux-mêmes leurs participants, les organisateurs contribuent-ils à la transparence souhaitée ? On en revient à la question précédente : Valverde et Contador, les deux stars du cyclisme espagnol sont-ils oui ou non impliqués dans le dossier Puerto ? Aucune réponse n'a été apportée jusqu'ici. Astana, l'équipe suisse au budget kazakh, se livrait-elle à un dopage collectif que les cas positifs de Vinokourov, Kaschekhin et Kessler étayent a priori ? La formation Rabobank, secouée par l'affaire Rasmussen et citée dans l'enquête sur un obscur laboratoire autrichien via cinq de ses coureurs, dont Menchov, est-elle au-dessus de tout soupçon ? High Road marche certes sur les cendres de T-Mobile mais le feu est-il pour autant éteint ? Scrupuleux et conscients de leurs responsabilités, les organisateurs ont décidé qu'ils en avaient marre d'attendre. La plupart ont donc contourné les lois du ProTour et les premiers frissons n'ont pas tardé. Malgré le changement de direction, de cadres et de coureurs chez Astana, l'équipe n'a pas été choisie au Giro. Ce n'était qu'un coup de semonce. Celui du Tour a fait beaucoup plus mal puisque le vainqueur sortant, Alberto Contador, ne sera pas au départ. Pourquoi Astana et pas une autre ? Pourquoi le Giro intègre-t-il l'équipe LPR et son leader Di Luca, suspendu par le comité olympique italien quatre mois plus tôt ? Il y a débat mais une certitude s'est dégagée de ces options : les organisateurs régentent le cyclisme, l'UCI regarde et les coureurs croisent les doigts.

4- Le ProTour n'a donc plus aucune raison d'exister ? Aucune. Il fait l'unanimité contre lui. Il n'améliore en aucune façon le cyclisme. Il n'est pas utile pour juger la popularité et la valeur d'une épreuve hors des frontières européennes. Il constitue une dépense excédentaire pour les sponsors qui doivent en plus contribuer à la lutte antidopage. Dès l'instant où il est repoussé par les organisateurs des épreuves les plus importantes, il est suranné dans un univers où les gens aiment le classicisme. Même en catégorie sous-régionale, le Tour des Flandres restera, à vie, un must, une légende, un monument. Le ProTour est donc condamné à disparaître, son classement n'ayant plus aucune valeur puisqu'il comprend un nombre restreint et subjectif d'épreuves.

5- Quels sont les signes concrets qui permettent encore de croire au cyclisme et d'apprécier la magie de ce sport, sublimé par la télévision dont la qualité des images confine presque à la perfection ? Il y en a plusieurs, au-delà des mesures strictes et sévères prises en matière d'antidopage. D'abord, la responsabilisation des coureurs qui ne peuvent plus se retrancher derrière des arguments aléatoires. S'ils ont le moindre pépin, ils se retrouvent seuls. Le cas de Bjorn Leukemans est éloquent. Il a clamé sa bonne foi, un médecin l'a dupé et dopé à son insu (il a été viré de l'équipe Predictor-Lotto), mais il a pris deux ans de suspension devant la Communauté flamande ! Ensuite, sans partir dans une chasse aux sorcières, il suffit de consulter le palmarès de l'année dernière pour constater la disparition brutale de certains noms, pourtant habitués des bouquets au cours des saisons précédentes. Enfin, la magie du sport existe ici plus que partout ailleurs. Qui voudrait encore être coureur aujourd'hui, sinon de fameux obstinés, passionnés jusqu'au bout du dérailleur, talentueux de surcroît ? Cette abnégation, ce courage, ces vertus de capitaine en pleine tempête méritent le respect, voire l'admiration, à chacun de juger. Car le cyclisme demeure l'un des sports les plus exigeants. C'est ce qui fait sa beauté et sa plus grande faiblesse.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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