25 février 2008

Dominique Rollin a vaincu la montagne, la pluie et le froid pour terminer son Tour de Californie avec au dos le maillot vert du meilleur sprinter..

Hier, le Québécois a couru avec un seul objectif en tête : conserver le vert. Pas question donc de tenter un coup d'éclat, comme jeudi. Il a pédalé les 150,2 km de l'étape en gardant dans son radar ses plus proches rivaux dans la course du meilleur sprinter. Résultat: il a terminé huitième de l'étape, dans la roue de l'Argentin Juan Jose Haedo, qu'il a battu par deux points au classement du sprint.
Ce maillot vert vient conclure une semaine exceptionnelle pour le cycliste de Boucherville. Jeudi, il a réussi un exploit considérable en remportant avec panache la quatrième étape. Sept heures à pédaler, sous le froid et la pluie, constamment à la limite de l'hypothermie. « C'était vraiment difficile. D'habitude, c'est le genre d'étape contrôlée qui se termine en peloton regroupé, mais les conditions m'ont aidé », dit Rollin.
Pluie ou pas, il a démontré un sacré culot ce jour-là. Parti en échappée à 20 km de l'arrivée, le cycliste de 25 ans a réussi à tenir en respect l'Américain George Hincapie et l'Espagnol Iker Camano. Plusieurs pensaient qu'il casserait avant la fin, mais il a tenu bon jusqu'au bout.
Au Missouri l'an dernier, Rollin s'était enfui du peloton avec Hincapie, mais s'était fait coiffer au fil d'arrivée. « Quand j'ai vu qu'on s'échappait ensemble, j'ai dit à Hincapie : bon, on se retrouve ! Je savais que ça se passerait entre lui et moi, qu'on était les deux plus forts du groupe. »
« C'était une étape épique, lance Len Pettyjohn, directeur de l'équipe Toyota-United. Sept heures de vélo, avec du vent de 50 km en plein visage Dominique a tenu le coup. Il l'a fait seul. Il a tout fait exploser. »
Avec son physique de géant - 1m88, 82 kilos -, Rollin n'est pas taillé pour les ascensions. Sa force, c'est le sprint. Et quelle force ! « Lors des tests physiques, il a montré l'ampleur de ses capacités, dit Pettyjohn. Il est l'un des meilleurs au monde pour générer de la puissance sur un effort de cinq minutes. C'est encore un diamant brut, par contre. C'est un gars intelligent, mais il est tellement fort qu'il gagnait en utilisant uniquement sa force. Pour battre des champions du monde comme en Californie, tout doit être parfait. »
Toute la semaine, Rollin a bataillé avec des gros noms du circuit professionnel international : Hincapie, Tom Boonen, Jens Voigt, Thomas Voeckler Ses succès en sprint (et même sa 42e place au classement final) démontrent qu'il peut s'imposer dans un peloton aussi relevé. « Il a le potentiel pour aller loin, très loin, dit le directeur. Il a ce qu'il faut pour devenir le prochain Tom Boonen. Il a le même physique, la même puissance »
L'Australien Henk Vogels, capitaine de l'équipe et vieux routier du circuit professionnel, refuse d'entrer dans ce jeu. « Ces comparaisons sont comme des baisers de la mort pour les coureurs, dit-il. Dominique a prouvé qu'il pouvait être un des meilleurs au monde. Il a une réserve d'énergie qui semble sortir de nulle part. Il n'est pas seulement un sprinter; il peut aussi suivre les gars dans les montées. Cela étant dit, il est jeune et a encore des choses à apprendre. Il devrait écouter davantage les gars plus expérimentés. Il a l'ego pour gagner, mais il a la tête dure. Il faudrait qu'il apprenne un peu l'humilité ».
Arrogant, donc, le Québécois ? « Un peu, admet Pettyjohn. Mais il faut l'être dans ce sport. Descendre des pentes à 60-65 km/h, c'est vraiment dangereux »
Rollin, de son côté, admet qu'il doit encore cultiver l'art de la patience en course. « Quand on se sent bien, on peut facilement être impatient et faire des efforts inutiles. C'est difficile parfois de courir avec le pied sur le frein Ç'a été mon problème samedi : j'ai commencé mon sprint trop tôt. Il faut savoir préserver son énergie En Europe, les courses durent 200-250 km. »
L'Europe... Rollin a passé deux ans en France, sur le circuit amateur, avant de rentrer en Amérique. Ses récents succès ne lui font pas regretter son retour de ce côté de l'Atlantique ? « Non. J'avais besoin d'un changement et le circuit américain est en plein développement. Par contre, d'ici deux ans, j'aimerais pédaler dans une équipe professionnelle en Europe. Sauf que je dois d'abord prouver que je peux être constant. »
L'Europe figure peut-être sur son radar, mais pour l'instant, Dominique Rollin a la tête à Pékin. Sa participation aux Jeux olympiques figure en haut de sa liste de priorité pour cet été. La qualification olympique, prévue pour mai ou juin, est déjà marquée d'une étoile rouge sur son calendrier…
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