21 janvier 2008
Avec le Tour Down Under qui débute mardi en Australie, le cyclisme entame une année cruciale.
Gilles Le Roc'h
Ce sera le premier exercice marquant la séparation des épreuves ancestrales de ce sport, organisées par les trois Grands Tours, et ce qui reste de l'UCI Pro-Tour et ses faibles perspectives d'avenir.
Cette année 2008 est surtout importante pour l'Union cycliste internationale (UCI) qui a mis un genou à terre, en septembre dernier, en validant son calendrier international et en acceptant que les trois Grands Tours et quatre monuments du cyclisme - Milan-San Remo, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie - fassent route à part.
Sans eux, le Pro-Tour est dénué de sa substance, le cyclisme perd de sa lisibilité et les coureurs, comme ils le firent jusqu'en 2005 et la naissance du Pro-Tour, vont composer un programme d'objectifs personnels sans tenir compte des obligations de figurer dans les plus grandes courses.
Pour ne pas perdre totalement la face devant les équipes ayant acheté les licences du Pro-Tour, l'UCI demande réglementairement à ASO de les engager dans le prochain Tour de France. La survie du Pro-Tour en dépend.
Le père du Pro-Tour, Hein Verbruggen, n'a cependant pas encore baissé les armes. Il est persuadé, avec la prochaine adhésion de nouveaux marchés en Russie, en Asie ou aux Etats-Unis et la formulation de propositions financières alléchantes, de pouvoir détourner, dans un avenir assez bref, les coureurs des fondamentaux. Cela passe par un discours novateur, par la possibilité de faire gagner énormément d'argent aux athlètes et par la poursuite de l'affaiblissement des rivaux.
Depuis trois ans, Verbruggen a échoué sur un point, d'ordre stratégique. Il pensait capter l'attrait des sponsors, de grandes sociétés internationales, en proposant non plus la vitrine du mois de juillet mais un projet global s'étalant sur toute une saison avec l'aide de la télévision dont il était acquis qu'elle retransmettrait dans le monde entier les images des 27 événements du Pro-Tour.
Le Tour sur un piedestal
Or, non seulement les sponsors investissent dans le cyclisme dans le but unique de participer au Tour de France mais les télévisions sont de plus en plus rares. En trois ans, le cyclisme n'a pas recruté un seul sponsor à vocation internationale, s'en remettant à des banques, des loteries et des marques agro-alimentaires ou industrielles à seule vocation nationale pour survivre.
Le dopage, dans ce contexte, n'a évidemment rien arrangé.
"Tout le monde met le Tour de France sur un piédestal", déclarait Hein Verbruggen en septembre dernier dans les colonnes du quotidien néerlandais Volskrant. "Un bon Tour est une bonne année cycliste, un mauvais Tour, une mauvaise année cycliste. Mais si on prend les statistiques à ce sujet, il faut bien le constater : 1998 était une année catastrophique, 2006 et 2007 également. Ceci fait trois fois en dix ans. Je pense qu'il faudrait s'interroger sur le rôle du Tour dans le cyclisme. Il faut tout doucement en arriver à la conclusion que c'est une course pour laquelle les coureurs sont prêts à prendre des risques.
"L'UCI doit réfléchir et se demander : que voulons-nous ? Dans le cyclisme, vous ne pouvez rien faire si vous continuez à accepter que des sponsors disent : 'quoi qu'il arrive, la seule chose qui compte pour nous, c'est de participer au Tour'. Nous devons faire un Pro Tour mais, pour l'amour du ciel, sans le Tour. Car avec le Tour, on ne va nulle part. Le Tour est un produit faible. La société ASO réalise d'énormes bénéfices mais il ne faudrait pas encore deux années comme celle-ci pour que tout s'écroule."
L'UCI mise donc sur l'impact négatif des affaires de dopage dans le Tour, dont elle ne semble pas imaginer qu'elles cesseront, pour mieux vendre l'image positive de son Pro-Tour.
L'année 2008 doit enclencher le mécanisme mais il lui faudra pour cela l'adhésion des coureurs. Un Pro-Tour sans champion n'aura aucun intérêt. Et quel champion, à ce jour, se détournera de ses racines, de la perspective de rejoindre dans la légende et les palmarès Eddy Merckx, Bernard Hinault ou Sean Kelly ?
Il est possible que, fin 2008, l'on sache enfin qui, de l'UCI ou des trois Grands Tours, a gagné la partie engagée fin 2004 à Vérone.
page mise en ligne par SVP

vélo
ski de fond
plongeon
Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive