31 janvier 2008
Mal à l'aise devant l'intrusion permanente de la presse de son pays dans sa vie, le champion belge avoue sa lassitude et pourrait prendre sa retraite sportive plus vite que prévu.
Alexandre Herbinet
Quel gâchis. L'histoire de Tom Boonen, cycliste belge au talent fou, prend une tournure pour le moins négative ces derniers temps. Auteur d'un triplé magique Tour des Flandres - Paris-Roubaix - Mondial sur route en 2005, "Tornado Tom" était alors considéré comme l'épouvantail du peloton mondial pour les dix ans à venir. Avec raison, tant son coup de pédale aérien ne laissait aucune chance à ses adversaires. Mais le vent tourne sur la planète petite reine. Devenu une superstar dans son pays suite à son triptyque historique de 2005, Boonen a obtenu de beaux résultats depuis. Mais n'a pas posé son empreinte sur le cyclisme comme ses capacités le laissaient espérer. La faute à qui ? Aux médias, bien sûr, coupables parfaits pour tout sportif dans une mauvaise passe.
"Cette hyper médiatisation va me coûter 3 à 4 ans de carrière"
Pour résumer, Tom n'en peut plus de voir ses moindres faits et gestes décortiqués à longueur de colonnes. Trop de rumeurs. Trop de médiatisation. Trop d'intrusions dans sa vie privée. Boonen en a marre et le dit haut et fort. "Cette hyper médiatisation de ma vie va me coûter 3 à 4 ans de carrière". Le plus souvent sympathique et avenant avec la presse étrangère ou belge francophone, le lauréat du Maillot Vert de meilleur sprinter du Tour de France 2007, parti s'installer à Monaco à cause de ce "problème" médiatique, devient nettement plus tendu quand il doit faire face aux journalistes flamands et a même décidé de ne plus parler à certains d'entre eux : "Quand je gagne une course, c'est normal. Et ce qui est normal n'intéresse pas ces journalistes. Donc ils cherchent autre chose. Parlent de mes amies, de mes voitures ou alors viennent me demander ce qui ne va pas si, par malheur, je n'ai terminé que deuxième. J'aimerais tellement que l'on me parle de vélo uniquement, ma passion, et que la critique sois juste."
En gros, le charismatique cycliste à la gueule de rock star a montré tant de talent en début de carrière que la presse flamande ne l'imagine plus ailleurs que sur la première marche du podium. Sauf que Tom, gentil garçon qui n'aime pas faire de vagues, n'a pas forcément l'instinct de tueur nécessaire pour tout gagner. Même s'il ne manque pas de motivation. "J'ai encore faim de succès. En ce début de saison, par exemple, je me sens particulièrement affûté. S'il n'y avait pas tout cet environnement extra-sportif, je dirais que je suis parti pour réaliser une grande année. J'ai un énorme appétit", explique Boonen.
L'extra-sportif. On y vient. Avec, d'abord, ses peines et ses joies de coeur, racontées sur des pages et des pages par les journalistes flamands (il a déjà lu un article sur une de ses ruptures alors que certains membres de sa famille n'étaient pas encore au courant !). Mais aussi, et surtout, ces satanés rumeurs autour du dopage. Débarquant à Doha mercredi dernier pour y disputer le Tour du Qatar, le Belge avait ainsi la tête des mauvais jours : certains médias flamands venaient de le présenter comme suspect dans une affaire de trafic et consommation de cocaïne. Un vulgaire dealer, "Tornado Tom" ? Pas vraiment (à ce qu'on sache en tout cas). Il avait simplement été interrogé comme témoin par la justice de son pays dans une affaire concernant le spécialiste de cyclo-cross Tom Vannoppen, avec qui le champion belge avait par le passé partagé quelques séances d'entraînement. Pour calmer la tempête, il a fallu l'intervention d'un procureur qui demanda à la presse "d'arrêter de salir le nom de Boonen", hors de cause dans cette histoire. "Mais le mal était fait. Les gens lisent les gros titres", peste l'accusé.
Membre de l'équipe Quick Step, souvent dans l'oeil du cyclone pour des rumeurs ou de véritables affaires de dopage, à l'image de celle ayant touché le mythique Johan Museeuw, Boonen a toujours traîné dans son sillage l'ombre de la suspicion. Rien de plus normal pour un coureur cycliste. Mais le garçon, d'une nature plutôt timide, est un grand émotif et ne supporte plus de voir son nom associé à de telles histoires. Au point, selon ses proches, d'imaginer sa retraite sportive dans un horizon très peu lointain (on parle même de la fin de la saison 2008 !). Tom tient tout de même à rassurer ses supporters : "Je suis toujours aussi motivé pour gagner des courses. Mais les excès de certains journaux, que je considère dorénavant comme des tabloïds, me pompent énormément d'énergie. Je m'endors avec des soucis plein la tête, je ne suis pas tranquille. Aujourd'hui, rester au top niveau pendant dix ans pour une star, cela tient du miracle. La pression va raccourcir ma carrière. Quand je suis devenu coureur professionnel il y a sept ans, j'étais prêt à vivre à 100% pour mon métier de coureur mais pas à supporter de me retrouver sans cesse à la une de magazines ou de journaux qui ne pensent qu'à l'aspect "people" des choses, voire au scandale." Une vraie souffrance mentale. Son directeur sportif, Wilfried Peeters, n'est pas moins amer : "En Belgique, on te porte aux nues et puis on te casse".
"Je sais que si j'échoue, on me tombera dessus"
Désabusé, Boonen garde de gros objectifs... mais sait déjà ce qu'il va entendre en cas d'échec : "Je rêve déjà de Milan-Sanremo mais je sais que si j'échoue, on me tombera dessus. L'an dernier, certains ont qualifié ma saison de ratée. J'avais pourtant gagné Kuurne, le GP de l'E3, deux étapes du Tour de France, le Maillot Vert et bien d'autres courses. Oui mais pas de monument, ont rétorqué mes détracteurs qui n'imaginent pas à quel point il est difficile de ramener le Maillot Vert par exemple." On l'a compris, "Tornado Tom" est un homme blessé. Et donc forcément revanchard. De quoi le motiver pour réaliser de grandes choses au sein du peloton cette année. Avec ses immenses qualités, conjugué à cette motivation façon "seul contre tous", ça peut faire très mal. "Cette année, il va casser la baraque", affirme un journaliste qui le connaît bien. On y croit aussi. Un tel talent ne peut pas disparaître sous la pression des médias.
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