29 janvier 2008

« Le cyclisme doit cesser d'être le mouton noir »

Le patron du Tour de France, Christian Prudhomme, qui débute sa saison 2008 à la tête du Tour du Qatar cette semaine, rêve de voir le vélo « abandonner son statut de mouton noir pour redevenir un sport comme les autres », espérant que la lutte antidopage portera vite ses fruits.

Attentif à la réforme du calendrier (et donc aux interminables discussions concernant le ProTour), témoin comblé du retour de la bicyclette dans les villes, le directeur de la Grande Boucle combat le pessimisme ambiant, indiquant que « jamais le Tour n'a été autant courtisé ».

Q : Que pensez-vous des dernières propositions faites ce week-end par l'Union cycliste internationale et des Fédérations concernant le futur calendrier et le ProTour ?

R : « Je n'ai pas encore été informé dans les détails. Ce que je peux répéter, c'est que le point essentiel pour nous (Amaury Sport Organisation, organisateur du Tour, ndlr) est de bénéficier d'une liberté totale dans le choix des équipes qui participent à nos épreuves et donc au Tour. Nous ne voulons plus être prisonniers d'événements comme ceux de 2007 (l'affaire Rasmussen en particulier, ndlr). On se doit de protéger au maximum le Tour par respect pour tous ceux qui l'aiment ».

Q : Justement, au moment d'effectuer votre sélection pour le Tour 2008, allez-vous dire à Astana (dont les coureurs Vinokourov et Kasheshkin avaient été convaincus de dopage durant le Tour 2007 mais dont la direction a depuis changé) : « Vous, plus jamais !»

R : « Je dirais plutôt, Astana, plus jamais ça ! Mais je ne peux pas en dire beaucoup plus actuellement sur nos choix. Ce qui est certain, c'est que nous n'oublierons pas ce qui s'est passé en 2007. C'est une question de responsabilité ».

Q : Mais comment faire pour que les événements de 2007 ne se produisent plus ?

R : « La conférence antidopage de Paris a (re)mis tout le monde à sa place. Elle a désigné les organismes qui possèdent désormais les outils pour lutter contre le dopage. Et le passeport biologique va être un élément crucial. Nous, organisateurs du Tour de France, n'avons pas le volant de la lutte antidopage, même si souvent dans l'esprit des gens nous sommes responsables pour ce qui se passe durant notre épreuve ».

Q : Ce passeport (qui permettra de déceler les modifications suspectes des paramètres sanguins et ainsi débusquer les tricheurs) est-il l'arme absolue ?

R : « L'atout du passeport biologique c'est qu'il va concerner d'autres sports que le cyclisme. Le biathlon, par exemple, est déjà intéressé. D'autres suivront, j'espère. C'est une chance pour que le monde du vélo abandonne enfin son statut de mouton noir. Nous allons dire au monde du sport que certes nous avons fait des erreurs, certes nous avons mis du temps pour les admettre mais que nous avons désormais pris les mesures nécessaires pour corriger ces fautes. Je rêve que l'on considère à nouveau le cyclisme comme un sport comme les autres ».

Q : Votre discours reste donc optimiste. Pourquoi ?

R : « Le Tour 2007 c'est une pièce de monnaie. Avec un côté positif, les dix premiers jours et l'extraordinaire engouement suscité par le grand départ à Londres, et un côté négatif, les dix jours suivants marqués par les affaires (Rasmussen, Vinokourov et autres). Certains n'ont retenu que le côté négatif mais d'autres ont eu la perception inverse. La preuve: jamais le Tour de France n'a reçu autant de candidatures de villes étapes (pour 2009). Et cela vaut aussi pour les candidats à un grand départ, notamment de l'étranger. Le Japon, Istanbul, Budapest, Liège, la Flandre, Rotterdam et Utrecht, le Pays-Basque et Bilbao, Düsseldorf, Florence, Lugano, l'Ecosse, Doha,... C'est ce que j'appelle l'effet Londres ».

Q : Est-ce vraiment envisageable de sortir régulièrement de France, parfois très loin ?

R : « Il ne faut jamais dire jamais. Il y a quinze ans, on aurait crié au fou si nous avions annoncé un grand départ à Londres. Aujourd'hui, le monde et les mentalités ont changé. On n'a plus le droit de ne pas imaginer ce que sera le vélo demain ! Mais nous continuerons bien sûr à nous appuyer sur ce socle qu'est l'histoire. 100 ans d'histoire et de passion ne se balaient pas d'un revers de la main ».


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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