Note du webmestre :
Le texte qui suit n'est pas un communiqué de presse de l'équipe Volkswagen-Trek mais plutôt un message destiné aux membres de la gang qui n'étaient pas présents lors de la troisième étape de la Coupe de la Paix disputée à Montréal-Nord dimanche.
Il explique bien les éléments de la controverse qui ont entouré la victoire de Keven Lacombe. Josée Robitaille, directeur sportif de l'équipe et auteur du message, nous a aimablement permis de le mettre en ligne.

Quoi de mieux qu'une course de bécyk,
à Montréal-Nord, le jour de la St-Jean ?

Plein d'autres choses mais ce serait trop long à énumérer !

Suite à plusieurs demandes, je vous résume la course : 60 tours d'un petit circuit empruntant le boul. Pie IX et la rue Prieur. Un parcours qui ne favorise pas nécessairement les échappées, mais il y a quand même quelques tentatives. Cependant le peloton ne laisse pas les coureurs prendre plus de 10 secondes.

À la mi-course, il y a une chute. Les gars de l’équipe m’informent que Keven s’est solidement retrouvé sur le bitume.

C'est là que ça se complique. Pas nécessairement pour nous, mais pour ceux qui ne connaissent pas bien les règlements.

En cas de chute, les coureurs ont droit à 1 tour de compensation (1 free lap). Ils doivent se présenter le plus rapidement possible au "pit Mavic" pour réparer le bris et/ou changer de roue et ensuite ils retournent dans le peloton.

Cependant, lorsqu'un circuit est court comme celui de dimanche, à peine 940 mètres au tour, il y un règlement UCI qui stipule que les officiels peuvent laisser jusqu’à 2 tours de compensation au coureur. La Coupe de la Paix a une sanction nationale, donc les règles UCI s’appliquent.

Dans notre situation, Keven a chuté, il s’est relevé un peu secoué, impossible pour lui de rouler sur son vélo, la roue avant étant complètement détruite. Il doit donc rentrer à pied au pit Mavic ! Le règlement mentionne aussi que le coureur doit se rendre le plus rapidement possible au dépannage pour bénéficier de son tour de compensation.

Pour sauver du temps, il a même "coupé" à travers un stationnement, mais il y a tout de même des limites à la vitesse qu'on peut marcher sur les talons en souliers à cale !

Une fois rendu, Mavic change sa roue, mais le frein avant n'est pas fonctionnel. L'officiel lui donne donc le temps de réparer son frein pour qu'il puisse ainsi retourner dans le peloton, sans que ce soit risqué pour lui et pour les autres coureurs. Il bénéficie donc de 2 tours de compensation. C’est permis. Le règlement le mentionne.

Ce sont les faits. La légende urbaine dit que Keven était assis sur le trottoir, qu’il a pris 5-6 tours pour revenir au “pit” Mavic, etc…

Mettons que c’est à tout le moins exagéré.

Durant ce temps les attaques fusent de partout. On est un peu, pas mal désorganisés. Il y William Goodfellow qui assure la chasse d'un grand nombre de coups, c'est impressionnant tout le boulot qu'il a accomplit à lui seul. Les autres gars de l’équipe essaient tant bien que mal de se coordonner, mais ça fonctionne plus ou moins. Ryan, qui a été d’une bonne échappée en début de course, ne se sent pas bien du tout. Même qu'avant le départ il était étourdi. Inutile de dire qu'avec 60 tours à tourner en rond, ça n'aide pas sa cause... Mais, quand même, on est chanceux, on réussit à s'en sortir et à limiter les dégâts, principalement grâce à William qui assume beaucoup et à Nick qui est aussi souvent posté aux avants-postes.

Keven est retourné en course. Il est derrière le peloton. Visiblement quelque chose ne va pas.

Sa patte de dérailleur est croche, mais nous n'avons plus droit à des tours de compensation. Il doit donc terminer la course ainsi et éviter de faire descendre sa chaîne sur le petit pignon, ce qui risquerait de la coincer et, disons, provoquer un arrêt assez brutal !

Je lui indique que Martin St-Laurent peut lui donner son vélo. Un changement de vélo est autorisé en course, en tout temps.

Par contre, Keven roule sur un 62cm, St-Lo sur un 60cm, et la sortie de selle n’est pas la même.

Keven hésite.

St-Lo retourne une dernière fois à ses côtés pour lui offrir son bike. Encore là, on le fait discrètement pour éviter que le reste du peloton soit au courant de nos ennuis. Si vous avez Crosby dans votre équipe de hockey et qu’il est blessé, on s’entend que vous ferez tout en votre pouvoir pour éviter que l’équipe adverse le sache !

Keven décide de garder son vélo et reste à l'arrière du peloton jusqu'en fin de course. De toute façon, il y a devant une échappée de 5 coureurs, dont Charles Dionne, le meneur aux points pour cette série, et Nick Rowe, un des nôtres.

C’est une situation quand même bonne pour nous, considérant les circonstances (Keven, notre sprinteur, quasi hors fonction). Nick a un bon sprint, pas assez pour battre Charles, mais pour au moins penser accéder au podium.

Avec 2 tours à faire, Jean-Sébastien Béland a pris Keven sous son aile (jeu de mots... J-S est pilote !) et lorsque l'échappée à été rejoint, J-S a donné le lead out à Keven, qui n'a eu qu'à tourner la courbe en premier et à se rendre jusqu'à la ligne et ainsi emporter la course.

Bien entendu, il y a des mécontents parmi les autres coureurs, car, n'ayant pas toutes les données en main et ne connaissant pas tous les règlements, ils pensent que Keven aurait dû être un tour derrière.

Il y a bien eu un protêt de déposé mais les officiels ont maintenu leur décision et ils ont confirmé que Keven est bel et bien le gagnant de cette course !

Si Keven avait été un tour derrière, il ne serait pas retourné dans le peloton. Il serait resté sur le bord de la route, à soigner ses plaies.

La Coupe de la Paix est une excellente série de courses. C’est dommage que l’étape de dimanche se soit terminée dans la controverse, mais, comme dans plusieurs circonstances dans le sport, le manque d’information est souvent à la base de plusieurs litiges.

Lorsque les faits sont expliqués clairement et calmement, on se rend compte que finalement le côté “dramatique” de toute la course n’est en fait qu’un malentendu qui prend des proportions démesurées.

On était loin de “la Paix” dimanche. Mais, hier, c’était déjà un peu mieux ! Le temps arrangera sûrement les choses. Pour Keven ce sera plus long.

Il avait l’accord des officiels pour retourner dans la course. Il n’a pas triché.

Comme toute "histoire", il y a plusieurs versions. Celle-ci est la nôtre.

Peu importe, on ne changera pas le monde, mais il y aura toujours deux côtés à la médaille !


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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