Pour Joëlle Numainville, le repos sera pour plus tard

« Je le referais ». Ces trois mots, Joëlle Numainville les répètera souvent au cours du petit entretien qu'elle nous a accordé durant l'un de ses rares moments de liberté. C'est que l'horaire de la dame a été chargé depuis janvier dernier puisqu'elle a dû conjuguer sa vie d'étudiante et celle de coureuse cycliste professionnelle avec l'équipe expresscopy.com/Argon 18. Jusqu'à présent, la saison 2007, qui est déjà sa deuxième parmi le peloton pro, lui a permis de faire beaucoup de chemin à vélo, en voiture et en avion.

À ce sujet, elle mentionne d'entrée de jeu « qu'avec les deux camps d'entraînement cet hiver - en Arizona et en Floride -, les courses aux US ce printemps, le Tour de l'Aude et finalement le Tour de l'Île-du-Prince-Edouard, je n'ai pas beaucoup vu mes parents. Heureusement, comme ils sont à Laval, j'ai pu en profiter pour les voir quand j'étais à la Coupe du Monde de Montréal et au Tour du Grand Montréal ».

Mais en plus des déplacements, il faut aussi noter le calibre très relevé des compétitions auxquelles elle a pris part. Quand on le lui fait remarquer, la réponse vient immédiatement. « À la Redlands Classic je n'avais pas beaucoup de kilomètres dans les jambes. Ça a été vraiment très dur, surtout que je n'avais pas fait d'entraînement en côte. J'ai fini un peu loin au général, mais en même temps je le referais. J'ai souffert mais pas pour rien ! ». Et elle poursuit : « au Tour de l'Aude c'était un peu la même histoire. Ce n'était pas la première fois que je courrais en Europe mais la culture de la course est complètement différente là-bas. Je pense que toute l'équipe a dû s'ajuster parce que les côtes sont vraiment longues et la course était beaucoup plus dure que celle du Tour du Grand Montréal. Moi, j'aime mieux les bosses plus courtes même si elles sont plus raides. Par exemple je sais que bien des filles ont eu du mal avec la côte dans l'étape de St-Hilaire (Tour du Grand Montréal) mais pour moi ça me convenait bien, une bosse, jusqu'à 1,5km de long, ça me va ».

La planification de son calendrier de courses est un autre sujet qui a entraîné un long commentaire. À l'origine, sa participation à la Coupe du Monde de Montréal et au Tour du Grand Montréal n'était pas assurée. En plus, comme elle n'avait pas pu terminer le Tour de l'Aude, où elle avait livré des combats très honorables, tout laissait croire que la Lavalloises était prête pour un repos bien mérité. Elle n'est pas du même avis, on le devine. « En France, j'ai attrapé un virus qui m'a diminuée et (hésitation), bon la direction de l'équipe a voulu me protéger. Mais j'ai repris le dessus vite. En arrivant à Montréal le mardi avant la Coupe du Monde, je me sentais bien. La course avait lieu samedi et le Tour commençait le lundi. Je voulais être là parce que les deux courses se faisaient près de chez moi. L'équipe m'a donc inscrite dans les deux courses. J'ai appris jeudi que je les faisais les deux. Je ne peux pas l'expliquer, mais je me suis senti de mieux en mieux à mesure que les étapes passaient ».

Il est vrai que la 76e place au final ne rend pas justice à la performance que Joëlle Numainville a livrée. Les 12 minutes de retard qu'elle accusait sur la gagnante Oenone Wood (T-Mobile), elle les a perdues dans une chute lors de la première étape. Dans ces conditions, aussi bien enchaîner avec le Tour de l'Île-du-Prince-Edouard. C'est ce qu'elle a fait. « Faire la course, il n'y a pas de problème, mais les 12 heures d'auto pour se rendre, par contre, c'est vraiment long. Les deux premières étapes, je n'avais rien à donner. Le contre-la-montre sur le pont de la Confédération, je l'ai fait avec la seule idée de le finir. Mais tout s'est replacé et même si j'ai un peu manqué mon sprint, je fais 5e à la dernière étape. C'est correct ».

Nous avons rencontré Joëlle Numainville lundi 19 juin alors qu'elle venait de s'accorder deux petites journées de repos après son retour du Tour de l'Île-du-Prince-Edouard. Dès le lendemain, le vrai travail a repris. Au programme, une session intensive de 500m au vélodrome de Bromont en compagnie de son entraîneur, Éric Van Den Eynde, et de la retraitée la plus active du peloton pro féminin, Lyne Bessette. Si parfois on craint qu'une athlète en phase de développement soit mal entourée, on ne s'en fait certainement pas pour Joëlle.

Avant de mettre un terme à notre entretien, nous avons poussé la provocation jusqu'à lui demander si elle pensait parfois aux critères qu'elles devraient respecter si elle voulait se qualifier pour les Jeux olympiques de Beijing. La réponse - finale - a été livrée à la suite d'un éclat de rire et d'un sourire persistant; « ça, je ne veux pas en parler et je ne veux pas que tu en parles ! Et si Beijing m'intéressait, mais je ne dis pas que ça m'intéresse, bien je ne te le dirais pas ». Avec une telle réponse, on peut croire qu'une belle carrière politique attend cette athlète quand l'heure de la retraire viendra.

Les prochains grands rendez-vous cyclistes de Joëlle Numainville seront les Championnats canadiens sur route, puis les Jeux Panaméricains qui se tiendront au Brésil.

Rédaction : Bruno Paradis


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