
« C'était la moindre des choses d'avouer »
L'affaire Geneviève Jeanson laisse un goût amer dans la bouche de l'ex-cycliste Mélanie Nadeau. N'empêche qu'elle était rivée à son écran, hier soir, pour la deuxième partie de cette saga à l'émission Enquête. .
Pascal Morin
La Sherbrookoise, maintenant à la retraite, avait en effet toutes les raisons du monde de vouloir entendre les explications de Jeanson sur sa consommation d'érythropoïétine (EPO), elle qui a été sa coéquipière avec l'équipe RONA en 2001. Des doutes, elle en a longtemps eu au sujet de l'ancienne championne du monde junior.
Et maintenant qu'ils sont confirmés, elle lui en veut d'avoir triché et d'avoir aussi longtemps refusé de passer aux aveux.
" Dans l'équipe, toutes les filles s'en doutaient, mais personne n'avait de preuve, confie Nadeau, qui s'est retiré après la saison de 2001. C'était très surprenant de voir qu'elle n'avait jamais de bas. Une athlète qui ne se dope pas a généralement de périodes un peu plus creuses, mais Geneviève n'en avait jamais.
« Dans notre tête on se disait : "soit elle a un organisme exceptionnel, soit elle prend quelque chose" », lance-t-elle.
Et pour avoir vécu durant une semaine en Arizona dans la demeure d'André Aubut, l'entraîneur et mentor de Jeanson, en mars 2001, elle n'a jamais cru l'excuse de la tente hypoxique qu'aurait utilisée son ancienne coéquipière pour augmenter son taux d'hémoglobine dans le sang.
" La première fois que j'ai vu cette fameuse tente, c'est dans le reportage de Radio-Canada. Pourtant, je dormais dans sa chambre en Arizona, souligne Nadeau. Même lorsqu'on voyageait et qu'on dormait à l'hôtel, on ne l'a jamais vu s'en servir. Peut-être qu'elle la cachait... "
Désolant
Même si cette histoire éclabousse une fois de plus le monde du cyclisme, la femme de 31 ans est heureuse que la vérité éclate enfin.
" Quand tu as le culot de prendre de la drogue, c'est la moindre des choses d'avoir le courage d'avouer, croit Nadeau. Mais ce qui est le plus désolant dans tout ça, c'est qu'en trichant, Geneviève a possiblement pris la place d'autres coureuses et elle a fait de l'argent, beaucoup d'argent, avec les subventions et les commandites. Qui sait ce que j'aurais pu faire moi aussi si j'avais amélioré mes performances avec de l'EPO. "
La Sherbrookoise, qui assure n'avoir jamais été en contact de près ou de loin avec des produits dopants, estime également que Jeanson fait fausse route en affirmant que dans le vélo, point de salut sans drogue.
" Pour faire 200 kilomètres par jour pendant 21 jours comme au Tour de France, c'est sûr qu'il faut des bonnes vitamines ! Mais au Canada et chez les filles, ce n'est pas quelque chose de répandu, affirme-t-elle. Il y en a qui ont du talent. Il faut aussi être capable de se regarder dans le miroir le matin. "
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