L'ancien président de l'Union cycliste internationale, Hein Verbruggen, a mis mercredi de l'huile sur le feu dans la guerre qui oppose l'UCI à la société ASO, organisatrice du Tour de France.
Gilles Le Roc'h
Dans un entretien accordé au quotidien néerlandais Volksrant, Verbruggen se défend de tirer les ficelles du cyclisme mondial et critique vivement le Tour.
"Je vais avoir 67 ans, il est temps de dégager. J'ai quitté le cyclisme. Je suis encore dans le Conseil professionnel de l'UCI et c'est la seule chose qui m'intéresse", dit-il.
"Et si je suis vice-président, c'est seulement parce je ne pourrais pas, sinon, achever mon travail pour le CIO".
Il devrait donc vraisemblablement s'effacer après les Jeux olympiques de Pékin dont il sera le responsable des contrôles antidopage.
Avant cela, Verbruggen règle un différend datant de 2004 avec les organisateurs du Tour de France, qui ne veulent pas intégrer l'UCI ProTour, dont il est l'instigateur.
Le Tour souffre de scandales répétés, sa valeur serait moindre et la rumeur fait de Verbruggen un homme qui voudrait devenir le Bernie Ecclestone du cyclisme.
"Si je voulais vraiment devenir l'Ecclestone du cyclisme, j'aurais dû rester président de l'UCI. Je n'ai jamais négocié avec la Rabobank, comme je l'ai entendu, et je n'ai jamais parlé avec quiconque d'acheter le Tour de France", assure-t-il.
C'est ce qu'a tenté selon lui la société d'investissement CVC Capital Partners avec Wouter Vandenhaute, patron de la maison de production belge Woestijnvis.
"Le cyclisme est sacrément bon marché et il offre beaucoup de possibilités commerciales", poursuit l'ancien président de l'UCI.
"Le ProTour est un produit comme la Champions league, ils l'ont bien vu. La seule erreur qu'ait commise Vandenhaute, c'est de croire que ce serait beaucoup plus facile s'il pouvait acheter le Tour à lui seul."
Verbruggen reconnaît avoir réuni en janvier un grand nombre d'équipes et d'organisateurs afin de discuter des possibilités d'avenir du cyclisme.
"J'ai dit que le chiffre d'affaires du sport est maintenant de 350 millions d'euros et qu'il peut passer à 800 millions en dix ans.
Le Tour est un produit faible
"Mais ils doivent s'y atteler eux-mêmes. Vandenhaute et CVC voulaient y injecter cinquante ou cent millions. Je suis alors devenu plus prudent", ajoute-t-il.
"Aucun financier ne va injecter de l'argent pour rien. Il veut avoir son mot à dire. C'est le modèle Ecclestone. C'est dangereux quand le sport se retrouve aux mains des seuls financiers.
"On le voit bien au Tour. Les actionnaires ne voient que le bénéfice et toutes les décisions sont basées là-dessus. Si j'avais vu uniquement l'aspect commercial, ce dont je suis maintenant accusé, je n'aurais jamais travaillé gratuitement pour l'UCI."
Verbruggen accuse ainsi les organisateurs du Tour de France de n'agir que par intérêt financier.
"Au Tour, ils vont chercher les gros sous, et c'est moi qui serait le seul intéressé par l'aspect commercial", dit-il.
"Tout le monde met cet événement sur un piédestal. Un bon Tour est une bonne année cycliste, un mauvais Tour, une mauvaise année cycliste.
"Mais si on prend les statistiques à ce sujet, il faut bien le constater: 1998 était une année catastrophique, 2006 était une année catastrophique, et 2007 également. Ceci fait trois fois en dix ans: je pense qu'il faudrait s'interroger sur le rôle du Tour dans le cyclisme.
"Il faut tout doucement en arriver à la conclusion que c'est une course pour laquelle les coureurs sont prêts à prendre des risques. En tant qu'organisateur, vous êtes coincé et vous commencez à chercher des boucs émissaires.
"Et le bouc émissaire idéal, c'est moi. L'UCI doit réfléchir et se demander: que voulons-nous? Dans le cyclisme, vous ne pouvez rien faire si vous continuez à accepter que des sponsors disent: quoi qu'il arrive, la seule chose qui compte pour nous, c'est de participer au Tour.
"Alors, c'est fini et vous devez aller à Paris. Nous devons faire un ProTour mais, pour l'amour du ciel, sans le Tour. Car avec le Tour, on ne va nulle part. Le Tour est un produit faible", poursuit Verbruggen.
"Ils réalisent d'énormes bénéfices. Mais il ne faudrait pas encore deux années comme celle-ci pour que tout s'écroule."
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