29 septembre 2007

La deuxième partie d'Enquête sur le dopage de Geneviève Jeanson s'intitule L'aveu. La confession aurait été un titre plus exact. À mesure que l'ex-championne cycliste, confinée dans une chambre d'hôtel en forme de confessionnal, déballait son sac à la caméra et expiait sa faute, sa très grande faute, j'ai senti un vieux relent de morale catholique sortir de ma télé. Comme ça, vous avez péché ma fille ? semblait lui dire Alain Gravel. Oui mon père, depuis l'âge de 16 ans, a-t-elle répondu. Pour votre peine, vous réciterez 25 Je vous salue Marie et vous passerez en boucle à toutes les 15 minutes à la télé.
N'allez pas croire que je dénigre le travail d'Alain Gravel et de son équipe. Arracher une confession à une fille pourvue d'une aussi puissante carapace, la pousser à sortir du déni protecteur où elle s'est enfermée et l'entraîner à démonter la mécanique infernale du dopage sont des exploits que tous les journalistes aimeraient accomplir un jour. On a beau dire que Gravel est arrivé au bon moment, alors que Jeanson était fin prête à se mettre à table, il n'en demeure pas moins que c'est lui qui l'a relancée au fin fond de l'Arizona et personne d'autre. C'est lui aussi qui, à force de la cuisiner et de revenir à la charge pendant des mois et des mois, l'a fait trébucher.
Je connais bien les méthodes d'Alain Gravel. J'en ai fait les frais dans son reportage sur Céline Dion. Au départ, il m'avait dit que notre entrevue serait une affaire de cinq minutes et ne traiterait que du passage de Céline à 12 ans à l'Olympia. L'entrevue a duré une éternité. L'Olympia n'était qu'un prétexte. J'imagine qu'il en fut ainsi avec Geneviève Jeanson. Après que la cycliste lui eut raccroché la ligne au nez, le journaliste a réussi à l'amadouer en lui promettant de laver sa réputation. Je parie même que Gravel, qui est un fana de vélo, croyait sincèrement au départ qu'il allait blanchir une innocente injustement accusée. Manque de chance, l'innocente était coupable et un brin trop confiante. Au lieu de se méfier, elle a mis la pédale au fond, avant de s'embourber dans ses mensonges et de se trahir à cause d'un pourcentage : celui de son hématocrite.
Cette erreur, qui a tout déclenché, fut-elle l'acte manqué d'une fille qui cherchait à se libérer de ses démons ou la simple gaffe d'un esprit confus et inconscient ? Seul son coloriste le sait.
Chose certaine, cette enquête, quii a dû coûter une fortune à la SRC, est ironiquement le contraire de la classique enquête, froide et factuelle. C'est du human à son meilleur. À travers les aveux de Jeanson, c'est une fenêtre qui s'ouvre sur le monde sans pitié de la compétition, mais aussi sur le personnage fascinant qu'est ce petit bout de femme, ambitieuse, frondeuse, rebelle, à la fois victime et bourreau et dont le masque finit par craquer pour révéler un être blessé, vulnérable, en plein désarroi. On écoute Jeanson et on voit immédiatement le film. On l'écoute et on a envie que tous les jeunes ados qui se poussent au nom de la performance l'entendent et l'enregistrent. Qu'ils comprennent que s'injecter de l'EPO ou n'importe quelle autre saloperie, c'est s'injecter un poison qui dévore de l'intérieur, qui pourrit les plus belles victoires, qui contamine son rapport au monde et qui, en définitive, empoisonne la vie.
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