
Jeanson se vide le coeur et jette son fiel sur Aubut
Geneviève Jeanson accuse son ancien entraîneur André Aubut de l'avoir frappée parce qu'elle a refusé de poursuivre un entraînement en Arizona, au printemps 2004.

« Je ne sais pas exactement comment. c'est arrivé, mais il m'a pognée, il m'a amenée dans le désert et il a commencé à me fesser dessus. Je me suis retrouvée avec un oeil au beurre noir. (...) J'avais le visage tellement enflé que je n'étais même pas capable de mettre mes lunettes », a raconté Jeanson, hier soir, à Radio-Canada, dans le cadre du deuxième reportage de l'émission Enquête sur ses aveux de dopage.
Jeanson dit avoir caché l'origine de cette blessure à ses proches.
Aubut a catégoriquement nié la version de son ancienne coureuse, affirmant qu'elle s'était infligé cette blessure en se frappant la tête sur une barre dans un gymnase. L'ex-entraîneur prétend être victime d'un règlement de comptes parce qu'il aurait refusé de reprendre Jeanson sous son aile. Aubut a ajouté qu'elle aurait menacé de le ruiner.
Au-delà de la violence physique, Enquête révèle des faits encore plus troublants sur la façon dont Jeanson a été exposée au dopage à un très jeune âge.
À 16 ans, des entraînements intensifs auraient plongé la coureuse dans un état anémique. Jeanson dit qu'Aubut lui a alors fait rencontrer l'orthopédiste montréalais Maurice Duquette. Deux scénarios lui ont été présentés : soit elle stoppait sa saison pour se refaire une santé, soit elle prenait de l'EPO pour régler le problème d'anémie.
La deuxième option a prévalu. Le Dr Duquette, qui est toujours l'objet d'une procédure disciplinaire au Collège des médecins, lui a injecté les premières doses. Par la suite, le duo Jeanson-Aubut se procurait l'EPO sur internet, dans les gymnases ou ailleurs.
Yves Jeanson ignorait tout, ou presque
Yves Jeanson, le père de Geneviève, était présent lors de la première visite au cabinet du Dr Duquette. II affirme qu'il ne savait pas que l'orthopédiste avait injecté de l'EPO à sa fille à d'autres occasions. Il ajoute qu'il n'a jamais poussé sa fille, bien que les images de Radio-Canada tendent à illustrer le contraire.
M. Jeanson soutient être tombé des nues quand Geneviève lui a avoué avoir pris de l'EPO après son exclusion pour hématocrite trop élevé aux Championnats du monde de Hamilton de 2003. Le père et la mère ont alors fait promettre à leur fille de ne plus jamais en prendre.
« Après ça, c'était son serment, elle avait juré », a raconté M. Jeanson, qui n'a jamais songé à dénoncer sa fille. « Jamais de la vie un parent va aller dénoncer son enfant. »
À l'été 2005, c'est M. Jeanson qui a reçu la lettre du contrôle positif de sa fille au Tour de Toona, une course disputée en Pennsylvanie. Il a appelé Aubut pour l'engueuler tout en clamant l'innocence de sa fille dans les médias.
Jeanson dit qu'elle connaissait les dangers de l'EPO. « J'avais peur de mourir. J'avais peur de m'endormir et ne plus jamais me réveiller. »
La nuit, elle peinait parfois à trouver le sommeil, tenue en éveil par le «boum!» puissant et infernal de son coeur. « C'était comme un coup de massue », illustre-t-elle.
À l'entraînement, elle ne réussissait parfois pas à élever sa fréquence cardiaque en dépit d'efforts violents. « Quand t'as de la mélasse dans les veines, ça passe mal, c'est pas fluide. Mes pulsations ne montaient donc pas », raconte l'ex-championne du monde junior.
RONA pris à partie par Jeanson
En plus de l'entraîneur, de la famille et du médecin, Enquête s'interroge, de façon plus surprenante, sur la responsabilité de RONA, commanditaire de l'équipe de Jeanson de 2001 à 2004. Un représentant de l'entreprise rappelle que des questions ont été posées et que sa culpabilité n'a jamais été prouvée à la suite de l'incident de Hamilton.
Jeanson estime avoir empoché environ un million de dollars durant sa carrière. Elle payait Aubut en lui remettant la moitié de ses gains.
Elle soutient avoir été malheureuse comme les pierres durant toute sa carrière. « De 15 à 23 ans, j'étais morte. C'est comme ça que je me sentais. (...) À tous les automnes, avant que la saison ne finisse, je voulais arrêter. J'haïssais mon mode de vie. » L'emprise d'Aubut l'en a empêchée, dit-elle.
Aujourd'hui en thérapie, Jeanson se dit victime d'un entraîneur et d'un système qui valorisent la victoire à tout prix.
Tricheuse ? « C'est moi qui m'entraînais le plus fort. Personne n'a monté les côtes à ma place », répond Jeanson, tout en admettant qu'elle peut difficilement se défendre de cette accusation.
Incapable d'expliquer comment elle en est arrivée là, la jeune femme de 26 ans accepte néanmoins sa part de responsabilités. « J'ai fait le choix de ne pas prendre de décisions. De ne pas dire non et de ne pas dire oui. »
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