27 septembre 2007


En une du cahier des Sports

Dopage de Geneviève Jeanson

« À 16 ans, tu es consciente de ce que tu fais »

Manon Jutras refuse de mettre tout le blâme sur André Aubut

Manon Jutras a été estomaquée d'apprendre que Geneviève Jeanson s'est dopée à l'EPO dès l'âge de 16 ans. La cycliste à la retraite refuse cependant de considérer son ex-coéquipière comme une simple victime.

Jutras a côtoyé Jeanson et son ex-entraîneur André Aubut alors qu'elle portait les couleurs de l'équipe cycliste RONA en 2001 et 2002. Aubut assurait la direction sportive de la formation qui a existé pendant quatre ans.

Dans un reportage diffusé la semaine dernière à RadioCanada, Jeanson accuse Aubut de l'avoir menée à la consommation d'érythropoïétine (EPO), une substance dopante interdite.

Surprise de ces aveux, Jutras n'absout pas Jeanson et la tient responsable de son sort.

« Je ne suis pas prête à mettre tout le blâme sur André Aubut, a précisé Jutras en entrevue plus tôt cette semaine. Je pense qu'à 16 ans, tu es consciente de ce que tu fais, tu es consciente de ce que tu acceptes. C'est son choix, un peu comme elle a choisi son entraîneur. »

Selon Jutras, un athlète est responsable du choix de son coach. À titre d'exemple, elle raconte qu'elle a changé plusieurs fois d'entraîneurs de natation au cours de sa carrière précédente en triathlon.

« En cyclisme, j'en ai adopté un (NDLR : ce n'était pas Aubut) et ça a fonctionné tout le long, a illustré Jutras. Ça fait partie des qualités d'un athlète. On ne parle pas juste d'une machine humaine. I1 y a une question d'intelligence aussi. L'athlète se doit de faire la part des choses et de voir dans son développement si l'entraîneur d'un jour peut être là le lendemain. »

Souhaitant tester ses capacités en vélo sur route après sa carrière en triathlon, Jutras, alors âgée de 32 ans, a été recrutée par Aubut pour former la toute première équipe RONA, en 2001. Les directives étaient claires :Jeanson, double championne du monde junior, était la leader qu'il fallait entourer.

Jutras se satisfaisait de ce rôle jusqu'à ce qu'Aubut empêche toutes ses coureuses, sauf Jeanson, de prendre le départ du contre-la-montre des championnats canadiens de 2002. Raison invoquée par Aubut : les coureuses devaient se préserver pour aider Geneviève lors de la course sur route disputée deux jours plus tard.

Jutras y a vu un manque de respect de la part d'Aubut. Fatiguée de ce style de direction rigide, elle a donc choisi de rejoindre Lyne Bessette avec l'équipe Saturn lors de la saison suivante. Jutras a participé aux Jeux olympiques d'Athènes à l'été 2004 avant de prendre sa retraite, totalement comblée par sa deuxième carrière dans le vélo.

Aujourd'hui entraîneure dans un gymnase privé, Jutras estime que ses ambitions relativement modestes l'ont placée dans une position totalement différente de celle de Jeanson. « Un athlète qui aspire aux grands honneurs a des responsabilités, a soutenu Jutras, qui n'a jamais été témoin de la moindre pratique de dopage lors de son passage chez RONA. Dans le cas de Geneviève, je pense que l'enjeu est devenu la gloire. Moi, j'étais là pour le jeu. »

Dans l'émission Enquête où Jeanson se confesse, Aubut est dépeint comme un être violent verbalement qui terrorisait ses coureuses. Les Françaises Catherine Marsal et Magali Le Floc'h témoignent en ce sens. Sur ce sujet, Jutras a été la seule à prendre la défense d'Aubut, le comparant à un «personnage» qui se laissait emporter par sa passion pour la victoire.

Les aveux de Jeanson ne changent pas la perception de Jutras, qui n'a pas côtoyé Marsal et Le Floc'h chez RONA. « Quand j'ai commencé, j'avais 32 ans. Je n'avais pas les mêmes ambitions que ces filles-là. André Aubut pouvait bien me lancer de la merde, ça ne me faisait pas pisser dans mes culottes. (...) Moi, je n'ai jamais vu de violence. Mais je ne dis pas que ça n'a pas existé. »

Jutras dit donc comprendre les réactions de Marsal et Le Floc'h, qu'elle attribue à des «différences culturelles». « Elles ont grandi dans le cyclisme et elles connaissent ça. André n'avait pas fait ses classes dans le vélo, a souligné Jutras. Moi, j'ai grandi dans le hockey. Combien d'entraîneurs a-t-on vu lancer des bouteilles, des hockeys, dans les arénas ? »

La deuxième partie du reportage d'Enquête sur Geneviève Jeanson sera diffusée ce soir, à 21 h. Selon les informations fournies par Radio-Canada, Jeanson y racontera comment, adolescente, tout a commencé dans le cabinet du Dr Maurice Duquette. Elle était accompagnée d'André Aubut et de son père. Ce dernier aurait cru que l'EPO servait à guérir l'anémie et la perte de poids dont souffrait sa fille en s'entraînant.

Aubut maintient sa (deuxième) version

Une semaine après les révélations-chocs de son ancienne pupille, André Aubut reste coi. Joint à son restaurant en Arizona, l'entraîneur a refusé net de réagir aux accusations de Geneviève Jeanson. Le-coureuse soutient que c'est André Aubut qui l'avait conduite cers la consommation d'EPO. En entrevue à Radio-Canada, Aubut a d'abord reconnu que Jeanson s'était dopée et que la décision de passer à l'acte avait été mutuelle. Deux semaines plus tard, Aubut s'est rétracté, affirmant ignorer que jeanson avait utilisé de l'EPO. Hier, Aubut a réitéré que cette deuxième version était la bonne. « Zéro commentaire, point », a tranché Aubut.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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