Comme chaque scandale qui éclabousse le monde du sport (et Dieu sait qu'il y en a eu beaucoup récemment), les aveux de Geneviève Jeanson ont déclenché une chasse au coupable. C'est la faute à l'entraîneur manipulateur. Aux parents négligents. Aux autorités sportives qui regardaient ailleurs. Et, bien sûr, c'est la faute à la tricheuse elle-même: l'athlète qui, des années durant, a eu le culot de nier, nier et nier encore, alors qu'elle se shootait à l'EPO comme d'autres mangent de la crème glacée.

Si j'étais un brin pervers, je dirais que c'est aussi un peu la faute à la lutte antidopage. À cette lutte qui, chaque fois qu'elle prend un tricheur en flagrant délit, renforce une perception déjà très répandue: tous les athlètes le font. Suffit alors qu'un coach charismatique dise à sa jeune athlète: «Fais-le donc toi aussi, la victoire est à ce prix», et vous avez le germe de ce qui est devenu l'affaire Jeanson.
« C'est un effet de groupe. Quand on a l'impression que les meilleurs le font, on a l'impression que c'est permis pour nous et qu'on est moins coupable, moins tricheur, moins une mauvaise personne, dit le psychologue sportif Bruno Ouellette. C'est un processus de désindividualisation. On n'est plus responsable de ses actes parce que tout le monde le fait. Ça permet de maintenir son estime de soi. »
Et, serait-on tenté d'ajouter, ça permet de mentir avec aplomb. À soi-même et aux autres.
Bruno Ouellette en connaît un bout sur les athlètes de pointe. Affilié au Centre national multisports de Montréal, il a accompagné la délégation canadienne lors des trois derniers Jeux olympiques. Il a travaillé avec des athlètes de tous les horizons: plongeurs, patineurs de vitesse longue et courte piste, patineurs artistiques, hockeyeurs, judokas.
« Le sport de haut niveau, c'est l'excès, dit-il. C'est une passion, mais on est souvent très proche de la pathologie. C'est une passion qui peut être positive, mais il y a une souffrance physique, psychologique et sociale à vivre. Les athlètes passent tellement d'heures à s'entraîner que ça les amène parfois à vivre dans des réseaux un peu restreints. On est dans une bulle, la planète de l'excellence, le 1% du 1%. »
Sur cette planète à l'atmosphère raréfiée, les rencontres que l'on fait sont capitales. À cette loterie, Geneviève Jeanson a joué de malchance. Si elle était tombée sur un autre coach qu'André Aubut, peut-être qu'elle serait restée propre. Peut-être qu'elle courrait encore aujourd'hui, au lieu d'être une paria du vélo, réfugiée en Arizona. Peut-être. Ou peut-être pas. On ne le saura jamais.
Ce qui est sûr, ce que cette affaire souligne à gros traits, c'est l'immense pouvoir des entraîneurs, avec qui les athlètes passent souvent plus de temps qu'avec leurs propres parents. « Un athlète de 16 ans qui veut réussir et trôner au sommet de son sport n'a souvent qu'une seule façon de faire : suivre, voire boire, ce que son entraîneur et son entourage lui recommandent de faire », m'écrivait un entraîneur de natation cette semaine.
C'est pour ça que les familles de jeunes athlètes ne doivent pas abdiquer leurs responsabilités. Il n'est pas question ici de devenir des parents obsessifs qui se mêlent de ce qui ne les regardent pas, comme on en a trop vu en tennis ou en patinage artistique, mais plutôt, simplement, de vérifier la formation et les compétences de l'entraîneur, de s'assurer que l'athlète n'est pas isolé et qu'il a des gens à qui se confier si les choses tournent mal. Simplement, au fond, d'exercer son jugement.
De toute évidence, ça ne s'est pas passé comme ça dans le cas de Jeanson. Son père a confié à Radio-Canada qu'il préférait ne pas assister aux séances d'entraînement de sa fille parce qu'il ne pouvait accepter qu'elle se fasse traiter comme du poisson pourri. Au lieu de se fermer les yeux, il aurait peut-être dû se demander s'il était normal que son enfant soit traitée ainsi.
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