22 septembre 2007

La vraie crapule, c'est qui ?

J'ai une merveilleuse nièce qui, en plus d'être belle comme un coeur, est mariée à Dominic Rossi. Dom est un passionné de vélo, un bon coureur et surtout, pour les fins de mon histoire, il est le fils de Tino Rossi, le fondateur et l'âme des Mardis cyclistes de Lachine depuis 30 ans.

Autrement dit, depuis cinq ou six ans, j'ai eu maintes fois l'occasion de discuter vélo dans les fêtes italiennes qu'Amélie et sa belle-famille d'Italiens ont le don d'organiser.

Depuis au moins cinq ans, on me disait que Geneviève Jeanson se dopait à l'EPO. On en était absolument certain. On me donnait des noms, des lieux et des dates. Je parlais avec des connaisseurs et des fervents, des passionnés pour qui le vélo fait partie de l'air qu'ils respirent. C'est essentiel à leur vie.

Quand on se réunissait dans un restaurant après une soirée des Mardis, la conversation dérapait souvent sur Geneviève et sur son coach André Aubut. Et ce qu'on racontait n'était pas joli, joli.

Mais le Canadien avait tellement de problèmes que je n'avais pas le temps de gratter davantage les histoires de Mlle Jeanson. Et puis, des confrères qui s'y connaissaient mille fois plus que moi pataugeaient déjà dans les mensonges et les manipulations.

C'était ce que je savais avant de m'installer pour écouter l'émission Enquête à Radio-Canada...

J'ai admiré la démarche journalistique. J'ai vu venir le moment où Geneviève Jeanson allait finir par craquer et parler. Quand elle n'aurait pas le choix devant les preuves accumulées par Alain Gravel et son équipe. Quand elle n'aurait pas le choix et que ceux qui l'encadraient et la protégeaient dans ses mensonges allaient lui conseiller de tout déballer pour se blanchir.

Pendant 45 minutes, j'ai vu une jeune femme de 26 ans, froide comme de l'acier, mentir en pleine caméra, inventer mille histoires pour expliquer ses déboires. À la fin, j'ai vu une jeune femme qui m'a touché en dévoilant une partie de ce qu'elle a pu supporter dans son trip avec André Aubut.

La femme de 26 ans, c'est une affaire. Elle a l'âge de savoir ce qu'elle fait et elle est censée avoir la maturité voulue pour porter le poids de ses mensonges.

Mais quand je regarde les images et les photos de la petite fille de 15 ans qui venait de tomber en amour avec le vélo et qui se tournait vers André Aubut pour pratiquer son sport et y exceller, alors, j'oublie les 10 ans de mensonges et je ne pense qu'à la petite fille.

Quinze ans, c'est l'âge de ma fille en secondaire IV. C'est l'âge de vos filles et de vos jeunes gars. Quinze ans, quand on tripe à fond dans un sport ou dans une activité culturelle comme le piano ou le théâtre, c'est l'âge des grands emballements.

Le coach ou le prof prennent une importance démesurée. Capitale. C'est pour ça que les enseignants doivent tellement être prudents dans leurs propos et leurs gestes avec les jeunes de leurs classes. C'est pour ça que les activités parascolaires sont si sévèrement encadrées.

Quinze ans, c'est l'âge de la minuscule Geneviève quand elle est tombée sous la coupe d'André Aubut. Il avait près de 40 ans. C'était normal qu'elle lui fasse confiance aveuglement, c'était normal qu'elle le suive, c'était normal qu'elle lui demande d'être exigeant pour la faire gagner. La relation entre l'athlète et le coach ressemble trop souvent à la relation entre le fidèle et le gourou.

Un an plus tard, il l'a, d'une façon ou d'une autre, amenée à l'EPO. Ce n'est pas la jeune fille qui est allée voir un médecin pour obtenir des produits dopants. Elle avait 15 ans. C'est André Aubut qui avait la responsabilité d'une partie de son éducation puisqu'elle passait plus de temps en sa compagnie qu'avec ses parents. Eux aussi lui faisaient confiance. Mais avaient-ils le choix ? Les athlètes d'élite sont tellement proches de leurs coachs, où est la ligne qui détermine la limite à ne pas franchir.

Il y a eu plein de gens qui auraient pu intervenir. Mais la petite Geneviève était devenue tellement manipulatrice. Tellement complice du gourou, du tortionnaire. Tellement emmurée dans le mensonge.

Aujourd'hui, d'anciennes coéquipières racontent comment Aubut sacrait après Geneviève à la table devant les autres, comment il la traitait de tous les noms possibles, comment il l'insultait. On murmurait dans des oreilles mais on ne parlait pas à voix haute pour alerter ceux qui auraient pu intervenir. À commencer par les parents. Au début en tous les cas.

Tous les athlètes qui se dopent deviennent de formidables menteurs. C'est la base du dopage. Doper, c'est tricher. Tricher, c'est mentir. N'importe quel athlète faisant partie de l'élite mondiale dans un sport exigeant peut me regarder dans les yeux et me dire qu'il est plus propre que Monsieur Net. Il peut me le dire 100 fois, je ne le crois pas davantage. Les dopés deviennent tous d'extraordinaires menteurs.

Il y a plusieurs façons de regarder une oeuvre d'art. Dépendant de l'éclairage, dépendant du point de vue, dépendant de la distance.

Il y a plusieurs façons de regarder une situation.

Il y a plusieurs façons de réfléchir sur l'histoire de Geneviève Jeanson.

On peut s'attarder à l'adulte qui a tenu tête à Alain Gravel pendant trois longues séances d'entrevues à Phoenix.

On peut analyser le comportement et les mensonges de l'athlète et de la jeune femme pendant ses années de gloire.

Mais on peut aussi se dire qu'au début, on avait une ado de 15 ans qui voulait exceller dans son sport. Qui voulait gagner. Que cette ado douée a rencontré un coach issu du canot et du ski de fond, un homme qui trouvait son pied en jouant au gourou avec une jeune fille encore mineure. Que cette jeune fille a touché à l'EPO et qu'elle s'est dit ou qu'il lui a dit qu'elle en avait besoin pour gagner, pour finalement s'enfoncer dans le dopage et tous les mensonges qui viennent avec.

À 15 ans, on a l'âge de la raison, j'en conviens. Mais à 38 ans, on est un adulte responsable qui doit oeuvrer pour le bien de l'athlète adolescente. Surtout si on jouit d'un ascendant très fort sur elle en étant son coach.

C'est Geneviève Jeanson qui se retrouve en Une des journaux et partout sur la planète internet. La petite reine déchue.

Mais la vraie crapule, c'est qui ?


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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