Simon Drouin et Hugo Fontaine
Dans le vélo, point de salut sans dopage, a prétendu Geneviève Jeanson après avoir reconnu qu'elle avait pris de l'érythropoïétine (EPO) durant toute sa carrière. Le directeur général de la Fédération québécoise des sports cyclistes n'est pas d'accord.
Se disant attristé mais non surpris par ces aveux, Louis Barbeau réfute la théorie de Jeanson. « Je suis convaincu que c'est possible de réussir sans faire appel aux produits dopants. Mais comme (Jeanson) n'a jamais essayé, elle ne saura jamais », se désolait M. Barbeau en entrevue hier soir.
« C'est triste parce qu'elle demeure une athlète qui a du talent, a enchaîné M. Barbeau. Tu ne peux pas ne pas être talentueux et devenir champion du monde. »
Louis Barbeau a connu Jeanson en 1993 lors d'une sélection pour les Jeux du Québec de Gaspé. Il vante le talent, la détermination, la force de caractère et l'acharnement à l'entraînement de la cycliste de Lachine.
Or, le directeur général estime que l'association de la cycliste avec l'entraîneur André Aubut, un homme très contrôlant, a conduit à sa perte. « Au départ, son talent a été mal exploité, croit M. Barbeau. Elle a fait appel à des moyens illégaux. C'est dommage. Je ne sais pas dans quelle mesure elle sait à quel point elle aurait pu être bonne. Elle est probablement persuadée que n'eût été ça (l'EPO), elle n'aurait jamais rien fait de bon. Ce n'est pas vrai. Tu ne peux pas remporter des courses et être pourrie. »
Louis Barbeau aurait souhaité que Jeanson participe à des projets de l'équipe canadienne en Europe sans la présence d'Aubut. Ce n'est jamais arrivé.
« Cela lui aurait permis, croit-il, de se défaire un peu de l'emprise de cet individu, de s'apercevoir qu'elle était talentueuse et qu'elle pouvait réussir sans sa présence et de pratiquer son sport dans le plaisir. Jeanson a malheureusement été privée de ça. Le cyclisme est un sport exigeant, mais ce n'est pas le chemin de croix tous les jours. »
Manibal attristé
Jeanson a remporté à quatre reprises la Coupe du monde cycliste féminine de Montréal. Le président de l'événement, Daniel Manibal, se souvient de la dernière fois, en 2005.
« Quand je la ramenais vers le podium, elle ne souriait pas, raconte-t-il. Je lui ai demandé : Geneviève, pourquoi tu ne souris pas, tu viens de gagner ? Elle m'a regardé dans les yeux et je me suis dit : J'espère que c'est pas vrai. »
À l'instar de Louis Barbeau, Daniel Manibal montre du doigt l'entourage immédiat de Jeanson, et particulièrement son entraîneur. « On ne viendra pas me faire croire qu'à 16 ans, quand elle a commencé à se droguer, elle a fait ça de pleine conscience et avec une grande maturité d'adulte. Je pense que son entraîneur, un adulte mature qui connaît bien le sport, savait très bien ce qu'il faisait. Je trouve ça très triste pour cette jeune personne à qui on a volé tant d'années de sa vie. »
Au moins, le cas Jeanson pourra servir de leçon. « Tout le monde a des choses à apprendre de ça, dit M. Manibal. Ça rappelle aux jeunes de faire attention à comment ils s'entraînent et par qui ils se font entraîner. »
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Les hauts et les bas de Geneviève Jeanson |
• 1999 : Championne du monde junior en contre-la-montre et en course sur route.
• 2000 : Participation aux Jeux olympiques de Sydney. Une chicane éclate entre Jeanson et Lyne Bessette, qui blâme sa coéquipière pour avoir adopté une mauvaise stratégie lors de la course sur route. Jeanson termine 11e, Bessette, 22e.
• 11 octobre 2003 : Jeanson est exclue de la course sur route des championnats du monde de cyclisme, à Hamilton. Des tests sanguins indiquent que son taux d'hématocrite (volume occupé par les globules rouges par rapport à la quantité totale de sang) était plus élevé que la norme de 47%. Elle avoue aujourd'hui que son taux était de 56 %.
• Novembre 2003 : Jeanson admet être une patiente du Dr Maurice Duquette, qui a avoué en cour avoir prescrit et administré de l'EPO à la cycliste. Il s'était rétracté le lendemain.
• Décembre 2003 : La Fédération québécoise des sports cyclistes retire la licence de Jeanson. La coureuse obtiendra une licence aux États-Unis.
• 21 avril 2004 : Jeanson omet de se soumettre à un test antidopage après la course de la Flèche Wallonne, une épreuve de la Coupe du monde. Elle s'en tirera avec un avertissement et une amende de 500 francs suisses (environ 550$).
• 28 mai 2005 : Pour la quatrième fois en cinq ans, Jeanson remporte l'épreuve de la Coupe du monde de cyclisme du mont Royal.
• Juillet 2005 : Geneviève Jeanson gagne le Tour de Toona, en Pennsylvanie. Quelques jours plus tard, deux de ses contrôles antidopage se révèlent positifs.
• Janvier 2006 : Jeanson est suspendue à vie par la United States Anti-Doping Agency (USADA), qui considère le test positif de Toona comme une deuxième infraction après l'affaire de la Flèche Wallonne. En décembre 2006, la USADA s'entend avec le clan Jeanson pour réduire la suspension à deux ans. Celle-ci prenait fin le 25 juillet dernier.
• Septembre 2007 : Jeanson avoue s'être dopée à l'EPO depuis l'âge de 16 ans.
- Hugo Fontaine
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