
« Je me suis fait prendre dans un engrenage »
Après des années de déni, Geneviève Jeanson se met à table. Pour la première fois, l'ex-cycliste de 26 ans, qui vient de purger une suspension de deux ans, admet s'être dopée durant toute sa carrière.

Dès l'âge de 16 ans, Jeanson faisait usage d'érythropoïétine (EPO), une substance interdite qui permet d'améliorer la performance.
« J'en ai pris », a-t-elle avoué hier soir à Radio-Canada.
Jeanson, qui vit à Phoenix, en Arizona, depuis quelques années, a fait ses aveux à la suite d'une investigation de quatre mois menée par l'équipe d'Enquête, une nouvelle émission de la société d'État.
Toutes ses principales victoires, dont les championnats du monde juniors de 1999 et ses quatre triomphes au mont Royal, ont été remportées avec l'aide de l'EPO, un produit qui favorise l'oxygénation du sang.
« Je le sais que ce n'était pas bien, sauf que je me suis fait prendre dans un engrenage », a plaidé Jeanson lors d'une quatrième entrevue en quatre mois avec le journaliste Alain Gravel. « Je n'avais pas les moyens, aucun outil, je n'avais pas les moyens de m'en sortir. Je ne voulais pas décevoir personne. Ça m'est arrivé. Ça m'est tombé sur la tête et, à 16 ans, je ne savais plus quoi faire. »
Jeanson affirme que l'EPO est le seul produit interdit qu'elle a utilisé. Elle dit que son ancien entraîneur André Aubut, décrit dans l'émission comme un être contrôlant et violent, l'a poussée vers le dopage dès l'âge de 16 ans.
Confirmant une première fois que son ancienne protégée consommait bel et bien de l'EPO, Aubut affirmait que cette décision avait été prise d'un commun accord.
Dans un courriel transmis deux semaines plus tard, Aubut, qui refuse d'accorder une entrevue, s'est rétracté. Ses «esprits refroidis», il souhaitait offrir sa «véritable version» des faits.
« Je ne savais pas qu'elle utilisait de l'EPO. J'ai toujours cru qu'elle utilisait sa tente hypoxique », écrit Aubut, faisant référence à la tente de raréfaction d'oxygène fréquemment invoquée par le clan Jeanson pour expliquer ses paramètres sanguins hors normes.
Après une relation d'une dizaine d'années, Jeanson et Aubut ont rompu les liens il y a presque un an. Ils ont même été mariés pendant six mois pour des «raisons d'affaires», et possédaient un restaurant à Phoenix.
Jeanson affirme qu'elle n'avait d'autre choix que de céder à la tentation du dopage pour s'illustrer sur un vélo. « De mon point de vue, c'est inévitable, mais ce n'est pas la bonne chose à faire. » Ça veut dire ? lui a demandé Alain Gravel. « Que c'est dans le milieu », a-t-elle répondu sans plus de précisions.
Retraitée du cyclisme depuis deux ans, Jeanson avait eu un résultat positif à l'EPO lors d'une course disputée en Pennsylvanie en juillet 2005. Ce contrôle positif lui avait valu une suspension de deux ans.
Les premiers soupçons de dopage sont apparus en 2003 quand Jeanson n'a pu prendre le départ de la course des Championnats du monde sur route de Hamilton en raison de paramètres sanguins anormaux.
Dans l'émission d'hier, l'ex-cycliste confirme que son hématocrite (volume de globules dans le sang) était alors de 56%, une valeur jugée dangereuse par un spécialiste qui avait défendu Jeanson à l'époque. Ce dernier avait d'abord été informé par le clan Jeanson que le taux était de 53%.
Un test de dopage subséquent à celui de Hamilton n'avait toutefois pas permis de révéler la présence d'EPO.
En entrevue, Jeanson a indiqué que déjouer les contrôles était presque un jeu d'enfant. « Tu as juste à ne pas en prendre cinq jours avant (la compétition) et t'es correcte », explique-t-elle.
Toujours en 2003, le nom de Jeanson a été associé à Maurice Duquette, un médecin montréalais qui faisait l'objet d'une procédure disciplinaire au Collège des médecins pour prescription intempestive d'EPO.
Le Dr Duquette a même admis avoir injecté de l'EPO à Jeanson, plaidoyer qu'il a par la suite voulu retirer après des pressions du clan Jeanson. La Cour d'appel vient récemment de rejeter cette demande. La cause est toujours devant le comité de discipline du Collège des médecins.
En avril 2004, Jeanson a omis de se présenter à un contrôle antidopage au terme de la Flèche Wallonne, une course présentée en Belgique. Elle s'en était tirée avec un avertissement et une amende.
Jeanson avait toujours nié avec véhémence avoir consommé de l'EPO, même après le test positif de 2005. Dans les extraits d'entrevues diffusés hier, elle s'est laissée emporter une seule fois par les émotions. « Ce qui me fait le plus mal, glisse-t-elle d'une voix étouffée, c'est d'avoir menti au monde qui me croyait. Je ne savais pas quoi faire. »
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