28 septembre 2007
Jean-Pierre Stroobants
Eddy Merckx persona non grata aux championnats du monde de cyclisme professionnel à Stuttgart, dimanche 30 septembre : l'annonce de cette décision par les organisateurs de l'épreuve et l'Union cycliste internationale (UCI) ne passe vraiment pas en Belgique.
Révélé mercredi 26 septembre, l'oubli volontaire du nom du triple champion du monde sur la liste des invités est ressenti comme une offense. En Belgique, on ne touche pas au monument Merckx et ce n'est pas le sort identique réservé aux Allemands Rudi Altig et Dietrich Thurau, voire à l'Italien Gianni Bugno qui va calmer les innombrables supporteurs que compte encore le "cannibale" des pelotons.
Lance Armstrong n'est, lui non plus, pas le bienvenu à Stuttgart mais personne n'en a cure au royaume d'Albert II : l'Américain a peut-être gagné sept fois le Tour de France - pour cinq victoires au Belge - mais tout "merckxiste" qui se respecte vous objectera qu'il est resté très loin des 525 victoires engrangées, au total, par leur idole, en treize années.
Jörg Klopfer, porte-parole des Mondiaux allemands, a indiqué qu'il s'agissait de "faire un exemple". "Les gens qui n'ont pas reçu d'invitation appartiennent à une époque de plus grande tolérance vis-à-vis du dopage. Ce n'est en aucun cas une attaque personnelle", a affirmé M. Klopfer.
Eddy Merckx a répliqué que, de toute façon, il ne comptait pas se rendre à Stuttgart. Il juge que les organisateurs ont "perdu la tête" et que "des gens stupides, il y en a partout". Le directeur de la fédération belge a demandé des explications à l'UCI. "On parle quand même du meilleur coureur de tous les temps", a déclaré Tom Van Damme. La presse évoque une mesure "grotesque" ou rappelle que Merckx a contribué à l'essor du cyclisme allemand en lui fournissant les vélos qu'il fabriquait au début des années 1990... Le quotidien flamand De Morgen estime qu'il n'est pas innocent que l'épisode survienne dans un pays qui entretient "des rapports très problématiques avec son passé".
Eddy Merckx a été cité trois fois dans des affaires de dopage. En 1969, lors du Giro il fut condamné par la fédération italienne mais blanchi par la sienne. En 1973, il fut rétrogradé du Tour de Lombardie, pour usage d'éphédrine. En 1977 enfin, lors de la Flèche wallonne, on a retrouvé dans son organisme et celui de nombreux autres coureurs les traces d'une substance psycho-stimulante.
Hasard ? C'est au lendemain de l'annonce de la "punition" frappant Eddy Merckx que débutait à Courtrai, en Flandre, un procès pour dopage. Parmi les inculpés on retrouve Johan Museeuw, ancien vainqueur de Paris-Roubaix et dauphin de Merckx, du moins pour les classiques. Museeuw a été cité avec d'autres coureurs et un vétérinaire, José Landuyt. L'enquête a démontré que ce dernier était consulté par les coureurs en tant qu'"expert". Un soigneur, Herman Verseele, lui achetait des produits dopants provenant entre autres d'Allemagne - EPO et aranesp, la nouvelle version de cette substance.
Le ministère public a requis deux ans de prison contre le vétérinaire et de lourdes amendes contre les coureurs.
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