22 septembre 2007
« J'assistais à ses entraînements, mais ça ne me plaisait pas vraiment d'être là parce que je ne pouvais pas accepter que mon enfant se fasse traiter comme du poisson pourri si les choses s'étaient mal passées dans une course. »

Cette affirmation est celle d'Yves Jeanson, le père d'une athlète qui s'est dramatiquement perdue dans un sport profondément marqué par le dopage. C'est l'un des éléments de l'émission Enquête, à Radio-Canada, qui m'a le plus accroché.
Geneviève Jeanson est marquée pour la vie. L'homme qui l'a menée à sa perte, l'entraîneur André Aubut, va pouvoir refaire sa vie, probablement aussi loin du cyclisme que du Québec.
Sa victime ne pourra pas revenir à la maison et marcher dans la rue sans être pointée du doigt. Elle a menti, elle a triché et elle s'est dopée pendant des années afin de se donner des airs de superwoman. On ne rebâtit pas une image aussi amochée.
Lui, sa gueule, on s'en fiche. Ce n'est pas de lui dont le Québec s'est épris quand la cycliste au visage d'ange a remporté le championnat mondial junior. Ce n'est pas lui qui était à toutes les chaînes télévisées, qui accordait les entrevues et dont la face tapissait les journaux.
Aubut avec ses airs suffisants n'a jamais été très sympathique, mais on se disait, bon, si cette fille est un prodige et si elle croit pouvoir atteindre les plus hauts sommets avec lui, qu'est-ce qu'on aurait à en redire ?
C'était il y a déjà très longtemps. Mis à part les gens du milieu et un ou deux journalistes bien branchés, on ne connaissait pas Jeanson quand elle s'est éclatée au grand jour. On voyait juste en elle une belle fille pleine d'énergie et prête à conquérir le monde.
Peut-être que quelque part, à Lachine, le doute était déjà installé. Après tout, Geneviève n'était qu'une enfant entre les mains d'un homme dur, exigeant et qui la brassait probablement déjà.
Liberté absolu
Sans faire porter aux parents l'odieux d'une bonne partie de ce drame humain, on ne peut pas balayer leur responsabilité du revers de la main.
Ma fille a déjà eu 16 ans. Des parents à l'écoute, qui ont une enfant du même âge, ont peut-être eu la même réaction que moi.
Pourquoi maman et papa Jeanson ne l'ont-ils pas mieux guidée dans son cheminement sportif ? Pourquoi ne l'ont-ils pas interrogée à fond sur le comportement de son entraîneur à son endroit ? Pourquoi n'ont-ils pas fait subtilement sentir à Aubut qu'ils l'avaient à l'oeil ?
C'était leur propre fille, bon sang ! Une enfant qui donnait l'impression d'être un outil de travail pour celui qui, sans trop de qualifications, s'était inventé un job sûr : entraîneur de Geneviève Jeanson.
Elle n'avait que 17 ans quand on l'a laissé vivre au loin sous le toit d'un homme dont on savait relativement peu de choses. Un homme que l'on disait dictateur, violent et imbu de lui-même.
« J'ai toujours laissé faire Geneviève, explique son père. Ma femme et moi, on ne lui a jamais dit qu'elle ne pouvait pas faire ceci ou faire cela. Nous l'avons toujours laissé libre de ses choix. »
L'autorité parentale a fait défaut, c'est assez évident, mais c'est André Aubut qui a ruiné sa vie, ça, plus personne n'en doute. C'est lui qui s'est approprié une enfant frêle comme si c'était sa chose. C'est lui qui en a fait une bête de cirque qu'il faisait monter sur la première marche du podium à grands coups de pied au derrière.
Si un organisme au Québec exigeait des qualifications serrées des entraîneurs chargés de travailler quotidiennement avec des athlètes d'élite, Aubut n'aurait jamais pu conseiller Jeanson. Il n'aurait pas eu une seconde à lui pour la corrompre.
Sans lui, peut-être que Jeanson aurait découvert qu'elle avait suffisamment de talent pour gagner à la régulière. À la Lyne Bessette.
« Je me suis toujours demandé pourquoi une athlète de cette qualité était suivie par un entraîneur qui n'avait officiellement aucune qualification », souligne Raymond Côté, président de Sports Québec, dont l'organisme est totalement impuissant dans ce genre de situation.
Pas de mécanisme
Sports Québec offre la formation aux entraîneurs du niveau 1, 2 et 3. L'Institut national de formation des entraîneurs la complète à des paliers supérieurs. Par contre, il n'y a aucun règlement qui oblige les entraîneurs à suivre cette formation.
« Une bonne partie des cours de formation des entraîneurs porte sur l'éthique et le dopage dans le sport, ajoute M.Côté. On s'assure que les gens concernés connaissent toutes les conséquences des actes qui sont posés. Qu'est-ce qu'une fille de 16 ans peut faire contre un adulte qui lui propose des choses et qui lui fait miroiter plein de situations intéressantes ? »
Il n'y a actuellement aucun mécanisme qui puisse empêcher tous les Aubut de ce monde de récidiver. En termes clairs, c'est d'abord aux parents d'avoir l'oeil ouvert. Un enfant d'âge mineur n'a ni l'expérience ni la maturité requises pour choisir le coach qui influencera le cours de sa carrière et une bonne partie de sa vie d'adulte.
« Je ne veux pas juger les parents de Geneviève Jeanson, ajoute M. Côté. Il n'est sans doute pas facile d'encadrer un athlète au caractère fort, à plus forte raison quand il y a un autre adulte dans le décor qui travaille avec lui quotidiennement et avec lequel il connaît du succès. À qui accordera-t-il l'oreille la plus attentive, croyez-vous ? »
Il refuse de les juger, mais en même temps, le président de Sports Québec reconnaît que les parents doivent exercer leurs responsabilités sur des enfants qui n'ont pas encore atteint 18 ans.
« Est-ce qu'ils ont tenté des choses pour la protéger ? Je l'ignore. J'espère qu'ils l'ont fait. Moi, il me semble que j'aurais la conscience plus tranquille si je l'avais fait », conclut-il.
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