27 septembre 2007

La nouvelle pornographie

Marie-Louise Arsenault

Je suis tombée sur quelque chose de vraiment étrange, samedi dernier, sur la chaîne LCN. Une interview, menée par Denis Lévesque, avec une femme qui a décidé de se vendre, pour la somme de 30 000$, sur le site eBay. Il va sans dire qu’il se dégageait quelque chose de très malsain lors de ce moment de télévision dans l’insistance de Lévesque à découvrir la nature des services offerts par la dame, qui alléguait pour sa part vouloir amasser de l’argent pour venir en aide à ses deux frères handicapés, en offrant candidement sa compagnie, pour une semaine complète. Flairant l’odeur de la prostitution déguisée, avec une excitation à peine contenue, Lévesque est revenu à la charge à plusieurs reprises en demandant : « Vous allez faire quoi exactement pour 30 000$ ? »

Bref, on avait vraiment l’impression d’assister à un interrogatoire de police ou encore de regarder un épisode de Loft Story. Le vide sidéral, quoi. Or, ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est que ces confessions inutiles, obtenues à l’arraché (exercice qui se rapproche drôlement des méthodes employées lors de l’inquisition religieuse ou des procès publics, très en vogue, dans les sociétés totalitaires, comme celle de la Chine de Mao), sont devenues chose commune dans la télévision dite d’information.

Même l’équipe d’Enquête, la nouvelle mouture d’Enjeux, l’émission d’affaires publiques de Radio-Canada, s’y est collée la semaine dernière en se démenant corps et âme pour coincer la cycliste Geneviève Jeanson et lui faire admettre, ô surprise, qu’elle a pris de l’EPO pendant toute sa carrière sportive. Du grand reportage, s’est-on exclamé, dans plusieurs médias admiratifs. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ce genre de travail n’est pas du journalisme d’enquête; à la rigueur, ce n’est même pas du journalisme. C’est de la téléréalité de bas étage, le genre de procédé qui devient pervers lorsqu’il n’a pas d’autre effet que celui de nous transformer en voyeurs jouissifs du malaise des autres, de leurs mensonges ou de leurs manipulations, tout en nous laissant un mauvais goût dans la bouche, comme le fait si bien la pornographie.


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