2 août 2007

Dopage

Trêve d'hypocrisie

Claude Allègre

Les favoris du Tour étaient dopés, le vainqueur est peut-être dopé ou l'a été, celui de l'an dernier l'était, celui de l'année d'avant sans doute aussi. Où sont les temps bénis des forçats de la route ? Où sont les temps où l'on pouvait admirer sans réserve ces immenses champions gravissant des cols inaccessibles ? Où sont donc les neiges d'antan ?

Trêve d'hypocrisie. Une longue amitié avec le Dr Dumas, le premier qui eut le courage de dénoncer le dopage sur le Tour, m'a appris que toutes ces références à l'âge d'or sont sans fondement. Jacques Anquetil, le grand champion cinq fois vainqueur du Tour de France, était dopé et ne s'en cachait pas. Avec les règles d'aujourd'hui, Raymond Poulidor aurait gagné trois Tours de France ! Charly Gaul, le grimpeur ailé, ne pouvait pas pédaler sous la chaleur car son « combustible » ne la supportait pas. Roger Rivière, le recordman du monde de l'heure, est tombé dans un ravin des Cévennes, victime d'une « surdose » de dopant qui lui avait ôté la sensibilité de ses mains, donc de ses freins. Et Simpson, mort de dopage dans l'ascension du Ventoux, etc.

Mais aussi les gloires plus anciennes. Fausto Coppi, celui qui a émerveillé notre jeunesse, qui était capable de creuser des écarts de quarante minutes en une seule étape alpestre, était sujet à des coups de pompe imprévisibles. A quoi étaient-ils dus ? Et Hugo Koblet, le magnifique, pourquoi a-t-il eu une carrière de météore ? Nous étions dans l'admiration de ces surhommes, car, nous ne savions rien, rien que des rumeurs que nous refusions de valider. Car, dopés ou non, ils faisaient le spectacle : les quatre grands cols des Alpes dans la même étape, il fallait les grimper. Après tout, s'ils prenaient un petit remontant, c'était normal.

Anquetil défendait courageusement la pratique du dopage. Pourquoi des professionnels ne mettraient-ils pas tous les atouts dans leur jeu ? Personne ne conteste ni ne brûle les oeuvres de Sartre, Malraux, Antonin Artaud ou Baudelaire, pourtant écrites sous drogue. La carrière d'Anquetil a été brillante, mais il est mort à 53 ans !

Depuis cette époque où le dopage était surtout l'apanage du cyclisme et de la boxe - les sports où l'on va vers ses limites, comme disait Pierre Dumas -, il s'est répandu à tous les sports. L'athlétisme, symbole de la pureté du sport, a été spectaculairement atteint : Ben Johnson, Marion Jones, Justin Gatlin, autant d'idoles tombées de leur piédestal. La natation bien sûr avec les performances extraordinaires des nageurs de la RDA. Avec l'athlétisme et la natation, ce sont les Jeux olympiques qui sont atteints. Les sports d'équipe, dont le football, ont mieux « maîtrisé » le problème. Certes, Maradona a été contrôlé positif. Mais, depuis, le scandale du dopage des joueurs de la Juventus, du temps où Zidane y jouait, a été étouffé avec discrétion et, pour être sûre qu'il n'y aurait pas de dopage, la Fédération internationale de football n'a fait aucun contrôle lors de la Coupe du monde 2006. D'après l'ancien champion Gary Player, le golf lui-même serait touché.

Bien sûr, parallèlement, la biochimie du dopage a fait des progrès considérables. On fabrique des produits dopants de plus en plus indétectables et de plus en plus efficaces. On finit par les découvrir quelques années plus tard.

A qui la faute ? Quelle est la solution ?

On accuse les sportifs coupables d'entorse à la déontologie, c'est sans doute vrai, mais sont-ils seuls responsables ?

On demande aujourd'hui aux footballeurs de jouer trois fois par semaine neuf ou dix mois par an. Les tournois de tennis se succèdent à travers le monde sans arrêt, l'hémisphère Sud succédant à l'hémisphère Nord. Les rugbymen ont un tel calendrier que, pour le satisfaire, certains joueurs devraient avoir le don d'ubiquité. Les blessures se produisent dans tous les sports à un rythme qui augmente chaque année. Comment ne pas comprendre que ceux qui gagnent leur vie dans le sport soient tentés de « prendre des produits » pour satisfaire leurs obligations sportives ou publicitaires ?

La solution purement technique n'existe pas. Le chimiste de synthèse précédera toujours de deux ou trois ans le chimiste analytique. Et cette course des gendarmes et des voleurs conduit à tout interdire, même des médicaments justifiés par l'état du patient.

Je crois que la solution peut être recherchée en faisant converger trois approches :

1) Les contrôles, bien sûr, mais en fixant une liste restreinte de produits interdits et en admettant une certaine forme de dopage pour des produits à faible toxicité. Que les contrôles soient simples, rapides et vite connus.

2) Les sanctions financières doivent concerner, outre le fautif, tout son entourage (entraîneur, soigneur, médecin) mais aussi les sponsors. Ils organiseront eux-mêmes les contrôles, car les sommes en jeu dans la publicité liée au sport sont gigantesques.

3) Il faut que les instances politiques s'en mêlent, et pour nous à l'échelle européenne. Il faut réglementer non seulement le dopage, ce qui est permis ou non, mais plus encore fixer des règles limitant le surmenage sportif, c'est-à-dire les excès de compétition et les difficultés extrêmes imposées aux sportifs. Ces règles devraient être établies par un dialogue entre le corps médical et les fédérations sportives puis validées par les autorités européennes.

Le sport est au coeur de la cité, il est urgent que l'on s'en occupe, avant de réglementer la fabrication des fromages !


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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