
« Je me souviens »
Bien des pots cassés vont demeurer irréparables à la fin du présent conflit, qui est malheureusement en train de tuer le Journal de Québec.

Plusieurs de mes confrères de travail qui ont bâti le quotidien de Vanier au cours des 25 ou 30 dernières années ont pris le temps d’exprimer leur déception depuis quelques semaines dans ces pages. Qu’en est-il des plus jeunes, comme moi, plus récemment embauchés, qui croyaient fermement au métier de journaliste au sein d’une entreprise solide et sérieuse ?
Il y a maintenant quatre ans, un cadre toujours en poste a pris un risque en mettant à l’essai un diplômé en droit sans aucune expérience. Pendant les mois qui ont suivi, j’ai fait la couverture des faits divers, de la politique, et parfois du spectacle. J’ai notamment fait un vol de F-18, enquêté sur des chenils illégaux et visité des clubs d’échangistes. J’ai écrit sur les appels d’urgence et les ratés du 911, puis constaté la réalité des partys abusifs de début de mois dans certains quartiers de Québec. J’étais fier de travailler pour le journal numéro 1 et la motivation était à son plus haut. Plusieurs journalistes dans la vingtaine et au début de la trentaine faisaient aussi le même boulot avec la même énergie.
Dépannage
Un ou deux cadres toujours en poste répétaient souvent qu’ils souhaitaient avoir d’autres jeunes employés aussi motivés que nous au sein de l’équipe. Ces cadres répétaient également combien il était difficile d’embaucher du personnel compétent. La plupart du temps, lorsque nous présentions des sujets de reportage, la réponse était toujours identique: «Excellente idée, mais nous n’avons personne pour vous remplacer si vous êtes libérés pour ce travail.» Parfois, le dossier proposé était réalisé par le Journal de Montréal et publié peu de temps après. Frustrant, mais nous avions toujours du plaisir à faire le job au jour le jour, parfois sans trop compter les heures. Souvent, le matin, dans le bureau d’un cadre, nous prenions le temps d’examiner le journal en sachant pertinemment si la livraison matinale était bonne ou un peu vide. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Au minimum
Peu de lecteurs savent que la section générale du Journal de Québec repose sur les épaules de trois journalistes habituellement le vendredi, et de seulement deux le week-end. Difficile de réduire encore plus les effectifs sur le terrain ! Combien de fois avons-nous été dépêchés en catastrophe parce que le boss était dans le pétrin ?
Dans le sport de compétition que je pratique depuis l’âge de 12 ans, j’ai toujours été fidèle aux clubs et aux entraîneurs qui m’ont fait confiance. Dans le dictionnaire, la définition traite d’un sentiment de loyauté et de reconnaissance. J’ai appris mon métier à un seul endroit et il était inconcevable pour moi de travailler ailleurs. Le Journal n’était pas parfait, mais les troupes avaient encore le goût d’améliorer des aspects et de s’adapter aux nouvelles réalités des années 2000.
Le matin du 22 avril, il y a plus de trois mois, les gardiens ont installé des barricades autour de l’édifice. Le boss avait tant besoin de nous et maintenant, nous sommes devenus des «indésirables», presque dangereux à en croire les clôtures. Que dit la devise québécoise sur les plaques d’automobiles ?
Jean-François Racine
L’un des 252 travailleurs en conflit au Journal de Québec
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