9 août 2007


Luc Arseneau lors de son voyage au Brésil pour les Jeux panaméricains.

Luc Arseneau : le monde sur deux roues

Originaire de Petit-Rocher, Luc Arseneau est l'entraîneur-chef du Centre national de cyclisme à Dieppe. Ses fonctions l'appellent à voyager partout dans le monde pour accompagner des athlètes canadiens en plus d'entraîner les jeunes de la région.

Dernièrement, il a participé aux Jeux panaméricains au Brésil en tant que chef d'équipe pour la délégation canadienne de cyclisme.

Lorsque cette entrevue a été réalisée, le 31 juillet, M. Arseneau s'apprêtait à s'envoler pour le Mexique pour accompagner une autre équipe canadienne aux Mondiaux juniors.

L'Étoile propose, en ce temps de controverse dans le monde du cyclisme, l'Entrevue de la semaine avec un ancien coureur maintenant entraîneur pour nous plonger dans ce sport à deux roues.

- Tout d'abord, c'était comment au Brésil, où se déroulaient les Jeux panaméricains 2007 ?

C'était bien. Je veux dire, lors des jeux majeurs c'est toujours spécial. Quand j'ai reçu l'invitation, c'est sûr que je ne pouvais pas refuser. Mais bon, l'Amérique du Sud ce n'est jamais facile non plus. Les jeux comme tels étaient très bien organisés. On était dans le village des athlètes et tout était contrôlé pour nous, donc de ce côté-là c'était bien.

- Qu'est-ce qui était spécial au Brésil ? Qu'est-ce qu'il y avait de différent ?

C'est sûr que, des jeux majeurs, c'est toujours différent. Parce que, par exemple, la délégation canadienne comportait 700 personnes, comparativement à des championnats du monde où elle est plutôt composée de 20 à 25 personnes parce que, dans des jeux majeurs, tous les sports sont représentés.

C'est donc vraiment spécial parce que tu rencontres des gens de d'autres disciplines.

- Quel était votre rôle aux Jeux panaméricains ?

J'étais le chef d'équipe, donc j'étais en charge de toute la délégation canadienne de cyclisme.

Mon rôle principal était de faire la liaison entre notre petit monde de vélo et l'équipe canadienne entière.

- Êtes-vous satisfait des résultats obtenus par l'équipe canadienne de vélo aux Jeux panaméricains ?

Je suis très satisfait. Deux médailles d'or et une d'argent, vraiment il n'y aucun problème de ce côté-là. Avec un peu plus de chance, je dis encore qu'on aurait pu aller chercher au moins une quatrième médaille en vélo de montage chez les hommes où on a eu un bri mécanique. En vélo de route, on aurait pu, peut-être, aller chercher une autre médaille. Par contre, nous ne sommes pas déçus d'avoir remporté trois médailles.

- C'était plaisant comme expérience ?

C'était très plaisant. Les jeux majeurs, je ne les regrette jamais.

C'est sûr que c'est beaucoup beaucoup de travail. Je suis revenu du Brésil très fatigué, mais je ne regrette jamais. C'était mes troisièmes jeux majeurs déjà et puis c'est toujours très spécial parce qu'on revient avec un bagage d'expérience incroyable et de nouvelles rencontres de partout.

-Pensez-vous répéter la même expérience, mais avec les Jeux olympiques ?

Je le souhaiterais. C'est Beijing l'année prochaine. Je ne le sais pas encore parce qu'on n'a pas encore nommé le personnel d'entraîneur pour Beijing. J'y suis allé en 2004 avec les Jeux paralympiques. Pour l'instant, on se consacre plutôt sur les mondiaux juniors la semaine prochaine au Mexique (semaine du 6 août) et on verra ce qui viendra après. Je suis entraîneur-chef pour le cyclisme de route pour ces jeux.

-Comment se résume votre carrière ?

J'ai été coureur jusqu'en 1995. Après, je suis retourné à l'université pour finir mon baccalauréat en loisir à l'Université de Moncton. J'ai donc arrêté jeune de courir. L'équipe canadienne m'a ensuite demandé de faire des contrats ici et là parce que j'avais du temps l'été à cette époque-là.

Donc j'aidais tranquillement et depuis 2001 je suis au Centre national ici à Dieppe qui est en partenariat avec l'équipe canadienne.

L'équipe canadienne a cinq centres nationaux de cyclisme à travers le pays. C'est pour ça que je fais des contrats avec l'équipe canadienne et personnellement ça aide à mon développement professionnel.

Initialement, je n'avais jamais pensé devenir entraîneur, mais maintenant j'en suis tellement passionné que je ne sais pas où ça va s'arrêter.

- Qu'est-ce qui vous passionne dans l'entraînement ?

C'est de voir la progression des jeunes surtout ici au centre où l'objectif c'est justement de faire du développement. Avant, en Atlantique, il n'y avait malheureusement pas beaucoup de résultats.

Aujourd'hui chaque résultat qu'on obtient est positif pour moi.

Certains vont dire que c'est juste ça, mais pour moi tous les résultats et toutes les médailles comptent et c'est toujours une réussite pour les athlètes. Il y a quelques années, les athlètes ici n'avaient rien et ils n'avaient pas de support.

Moi, je peux leur apporter ça et ça me motive beaucoup. Je pense qu'il faut être motivé et passionné pour faire ce genre de travail parce qu'on ne compte pas les heures.

Ça donne des résultats parce que depuis 2001 on a reçu 19 invitations pour participer à l'équipe canadienne et on a des athlètes qui participent régulièrement à des projets. Cette année, malheureusement, on n'a pas encore eu d'invitation pour participer à des championnats, mais la saison n'est pas encore terminée. Maintenant on a souvent de nos athlètes qui représentent le notre pays dans des championnats du monde ou des compétitions internationales.

- Qu'est-ce qu'on attend pour le développement du Centre national de cyclisme, ici à Dieppe, dans le futur ?

Actuellement le gros travail c'est le BMX. Ça devrait prendre quelques années à développer, selon moi. Il faudra au moins de deux à trois ans pour développer le BMX à sa pleine capacité ici. C'est sûr que ça commence tranquillement parce qu'il n'y a absolument rien à l'est de la ville de Québec en ce qui concerne des pistes officielles de BMX. Ça fait maintenant six ans que le centre existe et là je veux vraiment entamer un virage pour une deuxième génération. Je veux maintenant vraiment prendre de jeunes athlètes qui débutent et réussir à les amener à un championnat canadien ou quelque chose comme ça.

- Qu'est-ce qui vous passionne dans le vélo ?

Je pense que c'est le sport en général qui me passionne. Ça fait déjà 20 ans que je suis dans le sport du vélo. Pour te dire vraiment ce qui me touche, je pense que c'est tout ce qui tourne autour du vélo qui me passionne. Je n'ai pas de problèmes à me lever le matin pour venir au travail et ça je pense que c'est important.

- Vous avez beaucoup voyagé grâce à vos fonctions. Est-ce qu'il y a un pays qui vous a le plus marqué ?

Moi c'est sûr que c'est la France. J'ai déjà habité là et j'ai déjà couru pour une équipe là bas.

À ma dernière année de compétition, j'ai habité en France. Ça fait 18 mois que je ne suis allé en France et ça commence à me manquer.

- Justement qu'est-ce que vous pensez de toute la controverse qui entoure le Tour de France actuellement concernant le dopage ?

C'est vraiment malheureux. Ça fait plusieurs années que je le voyais venir, étant du milieu. Plusieurs me demandent si je suis le Tour de France. Je leur réponds que je ne le suis même plus. Je vais le suivre, mais de côté, parce que je sais ce qui ce passe là. Au moins, il y a de l'espoir. Il semblerait que la loi du silence entre les coureurs commence à se briser parce qu'il y a des équipes qui ont mis leurs coureurs à la porte. Ce n'est donc pas seulement le Tour de France ou les agences antidopage qui ont fait le travail, mais les équipes elles-mêmes ont mis des coureurs à la porte et ça je trouve ça très intéressant. Honnêtement, c'est bien. Pour moi, en tant qu'entraîneur, ma philosophie c'est tolérance zéro pour ce qui est des drogues ou n'importe quoi comme ça. C'est sûr qu'il y aura toujours des tricheurs, mais espérons qu'il y aura de moins en moins de place pour eux.

- Qu'est-ce qui pousse un cycliste ou un athlète à vouloir se doper ?

On en discutait à Rio avec nos coureurs, lors d'un souper. On se disait que pour les coureurs qui gagnent des millions de dollars, ils peuvent le faire pendant quelques années, s'allumer comme il le faut, gagner des millions et puis tu te dis est-ce que c'est ça le prix à payer ? Est-ce qu'ils sont prêts à le faire ? Peut-être que oui ? Mais pour ceux qui font 30 000 $ qui s'allument comme ça et qui jouent avec leur santé, on ne comprend pas. Il n'y a personne qui le comprend, sauf la personne qui se place dans ce pétrin là. Honnêtement, nous au Canada, la plupart des coureurs ne comprennent pas pourquoi ces athlètes jouent avec leur santé de cette façon-là pour quelques milliers de dollars. Pour 1 million de dollars, il y a des gens qui feront n'importe quoi.

- Quoi dire à un jeune qui serait tenté de se « shooter » quelque chose ou de se doper ?

Moi ce que je dis souvent à mes jeunes, c'est que quand j'ai couru en France j'en ai vu. C'est malheureux, après quelques années j'ai rencontré d'anciens adversaires et, tu sais, aujourd'hui j'ai 34 ans, et de ces adversaires il y en a qui sont très malades parce qu'ils se sont dopés à l'âge de 17, 18 ou 19 ans. Ce sont des histoires comme ça que je raconte à mes jeunes. Pas que les jeunes pensent à s'allumer ou quelque chose comme ça, mais parfois on tombe sur le sujet. Au Canada, je pense que nous avons une bonne culture de ce côté puisque les cas de dopage sont très rares.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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