31 août 2007

Marie-Hélène ne sera pas un symbole de la lutte contre l'alcool
Il aurait toutes les raisons de crier sa colère et d'attendre son moment de vengeance, mais Daniel Primeau a décidé d'honorer sa fille, Marie-Hélène, en étant positif et heureux.
Dans une longue entrevue accordée au Droit, M. Primeau, dont la fille de 17 ans a été tuée mardi soir par un conducteur présumément en état d'ébriété, s'est souvenu de Marie-Hélène comme une fille qui rayonnait et dont la joie de vivre était contagieuse.
"Je n'ai jamais connu quelqu'un qui prenait la vie de façon aussi positive, a-t-il raconté d'un ton étonnamment serein et posé. Marie-Hélène avait une paix intérieure qui était inspirante. C'est pourquoi elle avait un cercle d'amis très étendu. Et à partir d'aujourd'hui, je vais vivre le reste de ma vie avec elle comme inspiration. Les gens qui veulent être négatifs, je vais les exclure. Parce que la vie est trop courte... comme on vient de le voir."
Dans un bref entretien avec notre collègue, Mathieu Bélanger, mercredi matin, M. Primeau a déclaré qu'il ne voulait pas que sa fille devienne un symbole de la lutte contre l'alcool au volant. Vingt-quatre heures plus tard, il tenait le même discours.
"Marie-Hélène était apolitique, a-t-il expliqué et, en sa mémoire, je ne veux pas prendre de chance que son nom soit politisé directement ou indirectement. Je suis évidemment contre l'alcool au volant, la mère de Marie-Hélène aussi, mais il y a le gros bon sens dans tout ça. Et ils n'ont pas besoin de Marie-Hélène pour le gros bon sens. Nous, la famille, allons célébrer Marie-Hélène pour qui elle était et non pas pour une cause qui lui est arrivée dix minutes dans sa vie et qui ont été les dix dernières. Marie-Hélène ne se résumera pas en dix minutes.
Pas de funérailles
"La mère de Marie-Hélène, sa soeur Marie-Claude, l'ami de coeur de Marie-Hélène qu'elle fréquentait depuis deux ans et moi avons formé un cercle, a poursuivi M. Primeau. Et je crois que le monde comprendra pourquoi nous avons choisi de prendre cet événement et ne pas le politiser, ne pas le médiatiser et de pas en faire une cause. Ce serait une atteinte au positivisme et à la joie de vivre de Marie-Hélène. C'est pourquoi nous quatre avons choisi de ne pas avoir de cérémonie, pas de publication et pas de funérailles. On organisera un petit rassemblement familial, c'est tout. On veut être positif, on veut être entre nous, juste entre nous. Nous apprécions beaucoup les témoignages que nous avons reçus au cours des deux derniers jours. Et je remercie tous ces gens. Et si certains veulent aider, je leur demande de faire un don au Pavillon Jellinek.
"On reçoit aussi beaucoup d'appels des médias, a-t-il ajouté. Et on comprend. Mais comme tout autre événement, la prochaine nouvelle va l'emporter. Ça ne finirait plus si on alimentait les médias. Alors j'arrête après cette entrevue."
M. Primeau a été surpris d'apprendre que Rémi William Comeau, celui qui est accusé d'avoir frappé mortellement sa fille à sa sortie d'un bar, a été tabassé par des prisonniers dans la nuit de mercredi à jeudi. Mais il a refusé de commenter cette nouvelle.
"Je n'écoute pas les nouvelles depuis deux jours donc vous me l'apprenez, m'a-t-il dit. Et je n'ai pas de commentaire à faire là-dessus. Je ne suis pas en colère contre personne. Je ne veux rien savoir de cet homme-là. Je ne veux pas de négativisme dans tout ça. C'est la seule façon que je peux respecter Marie-Hélène. Je veux que les gens qui connaissent ma fille se souviennent d'elle pour qui elle était.
"La leçon que j'ai apprise, c'est que j'ai eu 17 ans de plaisir à connaître quelqu'un qui était toujours positif. Et pas un positif de jeunesse, mais un positif de maturité. C'est ce que je veux garder avec moi le temps qu'il me reste, et c'est la seule chose que je veux qui ressorte de ça. Marie-Hélène choisissait d'être heureuse et on va honorer sa mémoire en étant heureux", de conclure M. Primeau.
Par ailleurs, une amie d'enfance de Marie-Hélène, Jessica Sarazin, 17 ans, a tenu à se vider le coeur en écrivant une lettre adressée au Droit et dans laquelle elle implore les gens à ne pas conduire en état d'ébriété.
"J'ai dans ma courte vie perdu quatre personnes de mon âge à cause de l'alcool au volant, a-t-elle écrit. Ce nombre est monté à cinq (mardi soir).
"Ce n'est pas juste que Marie-Hélène soit morte parce qu'un con a décidé de prendre le volant en état d'ébriété, a ajouté Jessica dans un bref entretien téléphonique. Tout le monde sait que c'est dangereux de conduire ivre. Je ne comprends pas pourquoi le message ne passe pas. Pourtant, je n'ai que 17 ans et je l'ai compris. Il est où le problème ?", de questionner la collègue de classe de Marie-Hélène.
31 août 2007
Sévèrement corrigé par un ou des détenus de la prison de Hull, Rémi William Comeau, ce Gatinois accusé de conduite avec facultés affaiblies ayant causé la mort d'une adolescente de 17 ans, pourrait voir son enquête sur remise en liberté avoir lieu tout de même aujourd'hui.
Le récidiviste de l'alcool au volant pourrait recevoir son congé de l'hôpital à temps pour recomparaître aujourd'hui au palais de justice de Gatineau.
Comeau a dû être hospitalisé après avoir goûté, vers 22 h mercredi, à la médecine d'un ou plusieurs détenus du Centre de détention de Gatineau qui lui ont infligé une sévère correction quelques heures seulement après son admission à l'établissement de la rue St-François.
Comeau, selon les informations disponibles, souffre d'hémorragies au cerveau en plus de multiples contusions et ecchymoses à la suite des coups qu'il aurait reçus de la part d'un ou de plusieurs détenus. L'homme de 51 ans est conscient, mais les autorités estiment qu'il est préférable que le patient demeure sous observation quelques jours encore.
L'enquête qui a été confiée à la Sûreté du Québec risque de prendre un certain temps puisque l'agression, selon ce que nous avons pu apprendre, a eu lieu alors que les détenus n'étaient pas confinés dans leur cellule, soit avant 22 h 30.
Comeau se trouvait alors dans le B-3, un secteur à sécurité maximale où logent notamment les individus faisant face à des accusations graves.
Il va sans dire que les enquêteurs qui se présenteront au centre de détention ne l'auront pas facile puisque les détenus sont peu enclins aux confidences lorsqu'il est question de dénoncer d'autres détenus.
Le passage à tabac de Rémi William Comeau surprend un peu tout le monde étant donné que la "loi du milieu" est généralement appliquée à l'endroit de prévenus accusés de crimes à caractère sexuel ou, par exemple, de crimes commis contre des organismes qui viennent en aide aux plus démunis.
Au moment de son admission au centre de détention de Gatineau, Rémi Comeau avait été placé parmi la population dite générale, c'est-à-dire avec des détenus dont la présence ne nécessitait pas de mesures spéciales. Selon nos informations, l'accusé n'aurait jamais demandé à faire l'objet de mesures spécifiques.
Beaucoup de preuves
Hier, un enquêteur de la police de Gatineau s'est rendu à l'hôpital de Gatineau afin de s'enquérir de l'état de santé de Rémi Comeau en vue de son passage en cour d'aujourd'hui.
Cette possibilité a été écartée par le procureur de M. Comeau, Me François Boisvert, qui précise que son client demeurera sans doute à l'hôpital quelques jours encore.
Ce délai devrait permettre aux enquêteurs de parfaire leur travail alors que, selon les informations recueillies par Le Droit, les preuves s'accumulent contre le prévenu.
Les policiers auraient entre les mains le contenu des images captées par le système de caméras de surveillance du bar Le Taboo où l'accusé aurait passé une grande partie de la journée de jeudi, affirmation qui serait confirmée par les témoignages d'employé(e) s du même établissement.
Bien que tous les témoins n'ont pas encore été rencontrés, les policiers ont en main, semble-t-il, des éléments leur permettant de suivre "à la trace" l'accusé depuis le moment où il a quitté le bar du boulevard Gréber jusqu'au lieu de l'impact.
Le test d'alcoolémie démontrerait une présence d'alcool dans le sang de 230 milligrammes par 100 millilitres de sang, soit presque trois fois la limite permise (80 milligrammes) par la loi.
Le 29 octobre 1994, Comeau avait écopé de 14 jours de prison discontinue pour conduite avec facultés affaiblies. Il s'agissait alors d'une récidive puisqu'en 1992, il avait reçu une première sentence pour une infraction de même nature.
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