25 août 2007
Stephen Ridley
Chaque matin, peu de temps après que le soleil se soit pointé au-dessus des Andes, nous tirons nos corps fatigués hors du lit et nous nous dirigeons vers notre petit-déjeuner.
Encore endoloris par nos efforts de la veille, nous faisons de notre mieux pour nous ravitailler en vue d'une autre journée de vélo de montagne en haute altitude. Crêpes, oeufs, pain et fruits sont au menu, mais l'ingrédient le plus important est une humble petite feuille qui fait partie de la vie quotidienne depuis des centaines d'années dans ce coin reculé de l'Amérique du Sud.
«Mate de coca, por favor», demandons-nous au serveur, qui nous amène une bouteille isotherme et un bol rempli de verdure. Nous enfonçons chacun une poignée de feuilles dans nos tasses et les recouvrons d'eau chaude. Quelques minutes plus tard, nous les retirons et en extirpons la moindre goutte verte avant d'engloutir ce thé délicieux.
Thérapeutique
Contrairement à ses infâmes dérivés que sont la cocaïne et le crack, la feuille de la plante coca est reconnue pour ses bienfaits thérapeutiques. Depuis l'époque des Incas, les feuilles de coca sont mâchées pour améliorer la digestion, soulager les maux de tête et, surtout, pour combattre le mal des montagnes.
C'est pourquoi tous les membres de notre expédition sont gagas de la coca. En neuf jours, nous parcourrons quelque 250 kilomètres d'anciens sentiers incas, la plupart d'entre eux situés à une altitude de plus de 10 000 mètres. Que ce soit en buvant du thé au coca, en dégustant des bonbons au coca ou simplement en mâchant des feuilles de coca, nous allons avoir besoin de toute l'aide disponible.
Notre aventure commence en haut de la ville d'Andahuaylas, à courte distance de vol de la capitale péruvienne, Lima. Moins d'une heure après avoir déballé nos vélos sur la piste d'atterrissage, nous pédalons à 12 500 pieds, le souffle coupé aussi bien par l'altitude que par la beauté du paysage.
«Je n'arrive pas à croire que nous pédalons au Pérou, s'émerveille Mike Brcic au moment où nous rencontrons un groupe d'autochtones Quechua affairés à cultiver un champ de pommes de terre. C'est une façon complètement nouvelle de faire du vélo de montagne.»
M. Brcic en sait quelque chose. En tant que copropriétaire de Fernie Fat Tire Adventures, il est la raison principale pour laquelle nous sommes ici, ayant décidé d'offrir une alternative à ses excursions habituelles en Colombie-Britannique. Cette expédition sert de mission de reconnaissance; les premières expéditions ne seront pas offertes au public avant 2007.
Au nombre des chanceux à accompagner M. Brcic cette fois-ci sont trois des meilleurs cyclistes de l'Amérique du Sud. Wayo Stein, le partenaire péruvien de M. Brcic, est un ancien champion national de descente. Le guide Russo Covarrubias est le champion péruvien en titre du cross-country. Et quand on ajoute à cela un Chilien champion de descente, il devient évident qu’un petit journaliste des Prairies n'est pas de taille...
C’est au cours de la deuxième journée du périple que nous avons un réel aperçu de ce qui nous attend. Depuis le village de Rosaspampa, nous entreprenons l'escalade d'une portion escarpée du Sentier Inca.
En dépit de toutes leurs réussites, les Incas n'ont jamais inventé la roue. Ce qui signifie que les centaines de kilomètres de sentiers qu'ils ont taillés dans les Andes ne sont pas vraiment plats. Et c'est une bonne chose de notre point de vue, puisque ça nous offre des montées ardues et des descentes époustouflantes.
Après avoir dépassé les mêmes trois enfants rieurs quatre fois pendant notre ascension au départ de Rosaspampa - ils ont pris un chemin plus direct que nous - nous atteignons enfin le sommet. D'autres souffrances nous attendent pendant la descente, qui traverse des routes en lacet profondes et des jardins de roches presque impraticables. Le sentier requiert tellement de concentration que j'en oublie parfois d'admirer le paysage qui s'offre à moi.
Meurtri et blessé en plusieurs endroits, je suis très heureux quand nous décidons de faire une pause dans un coin splendide, entre deux huttes de briques séchées au soleil. MM. Wayo et Russo, qui connaissent bien ces sentiers, nous confectionnent un petit festin _ des pommes de terre fraîchement cuites et du fromage maison, gracieuseté d'un fermier du coin. Nous faisons descendre le tout avec quelques gorgées de «chicha», un breuvage fermenté fait de maïs et offert par un autre fermier généreux.
Les jours qui suivent sont un brouillard de sentiers rocailleux, de paysages éblouissants et de breuvages exotiques offerts par les paysans. Le troisième jour, nous filons à 13 000 pieds d'altitude pendant que des chevaux galopent à côté de nous. Le quatrième jour, nous descendons du temple de Sacsayhuaman et nous risquons notre vie en dévalant les escaliers escarpés et les rues pavées de Cuzco. Et au cinquième jour, nous traversons la Vallée sacrée, où nous nous arrêtons pour visiter les ruines inca de Moray et les terrasses blanches de Maras, où du sel est tiré d'un ruisseau souterrain depuis la nuit des temps.
Impact profond
Le matin de notre dernière randonnée, nous sommes des hommes transformés. Autour du petit-déjeuner, nous voyons des barbes vieilles de huit jours et des regards perdus au loin, mais quand nous nous exprimons, il devient clair que le Pérou a eu un impact encore plus profond. Savourant notre thé au coca et racontant nos exploits, nous sommes plus que tristes de penser que notre aventure tire à sa fin.
Mais il nous reste encore une randonnée d'envergure. «Aujourd'hui nous allons descendre là où les Incas ont fait une descente il y a 500 ans», nous informe M. Wayo. Nous prévoyons grimper en voiture de notre base de Ollantaytambo jusqu'à une altitude de 14 200 pieds, près de Lares. Ce sera ensuite une longue descente jusqu'à la ville de Calca, environ 5000 pieds plus bas. Je descends de notre camionnette une heure plus tard et j'examine le terrain balayé par le vent. Ma poitrine est écrasée par l'altitude et un fort sentiment d'appréhension s'empare de moi. «Ce n'est pas un endroit pour des êtres humains», est ma première pensée quand j'aperçois un troupeau d'alpacas et de lamas qui broutent au loin.
Je me détends une fois que nous enfourchons nos vélos. Le sentier commence aux abords d'une vaste plaine, entourée de sommets qui percent 18 000 pieds, avant de s'enfoncer dans un ravin creusé par un torrent enragé. À un endroit, je fais un vol plané par-dessus mon guidon et je me retourne à temps pour voir mes compagnons faire de même, eux aussi déjoués par le champ de rochers.
Ça devient encore plus difficile à partir d'ici. Nous descendons des routes en lacet escarpées jusqu'à un canal d'irrigation. Nous suivons le canal pendant plus d'une heure, naviguant le sentier étroit avec soin en essayant de ne pas voir le ravin de 50 pieds à notre droite et l'eau froide et turbulente à notre gauche.
Ce qui n'était qu'un petit crachin au début de notre randonnée s'est transformé en un déluge quand nous arrivons finalement à Calca. Tremblant, nos corps couverts de boue, nous échangeons accolades et félicitations quand nos vélos sont chargés sur le toit de la camionnette. Des bonbons au coca sont distribués et nous échangeons des histoires de sauts effectués, d'accidents évités et de bétail effrayé.
Nous savons que nous ne pourrons ramener le coca avec nous, mais nos souvenirs sont un bon prix de consolation.
Pour s’y rendre
Fernie Fat Tire Adventures offre deux excursions au Pérou : 10 jours de descente commençant le 12 mai 2007, et 10 jours de cross-country commençant le 26 mai. Les deux voyages coûtent 2095 $ et comprennent l'hébergement pour 10 nuits, les guides, l'admission à quatre sites incas (sauf Machu Picchu), tous les déplacements à l'intérieur du Pérou et le petit-déjeuner et le déjeuner chaque jour. Pour une excursion aussi difficile, on recommande aux cyclistes d'apporter leur propre vélo, mais des vélos de qualité peuvent être loués à Lima.
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