Note du webmestre :
Rentré à Montréal hier soir après avoir été rouler pendant deux semaines loin de notre clavier habituel, avec tous ses outils, c'est par centaines que les courriels se sont accumulés. Si vous avez écrit à VÉLOPTIMUM depuis le 12 juillet et que vous n'avez pas eu de réponse, vous savez maintenant pourquoi. Mais tous les messages seront lus au cours des prochains jours.
Parmi les messages les plus récents il y avait celui-ci, du 25 juillet :

« Je fais toujours très attention, afin de ne pas répendre de bêtises, d'être bien au courant du dossier dopage, en ce qui concerne le cyclisme. Je trouve qu'à peu près tous les articles ne donnent pas un point de vue général, ne proposent aucune solution, ne savent pas tout à fait de quoi il en retourne vraiment.

C'est pourquoi je me suis attelée à la tâche, j'ai essayé d'écrire quelque chose de clair, qui donnerait une idée générale du problème qui, malheureusement, discrédite le cyclisme à l'heure actuelle. Mon article a plu à mon entourage, et on m'a suggéré de vous l'envoyer afin, peut-être, que vous le mettiez en ligne si vous le jugez pertinent ».

Voici donc :

J’ai compris

Marie-Pier Tremblay

Alexandre Vinokourov a été contrôlé positif. À quoi, on s’en fout. Quand, comment, on s’en fout aussi, même qu’on a plus du tout envie de le savoir. On en a des hauts-le-cœur. Et puis voilà qu’il y a aussi Moreni, puis Rasmussen qui se fait exclure du Tour par son équipe.

Contrairement à ce qu’on pourrait prétendre, ces annonces ne sont pas la goutte qui fait déborder le vase, non, car il déborde depuis longtemps – depuis Armstrong, depuis Ullrich et Basso – non : c’est le coup qui le réduit en miettes. Évidemment les résultats des tests anti-dopage sont loin d’être surprenants : tout observateur du cyclisme, aussi peu perspicace soit-il, ne peut, en toute logique, ne pas s’être douté que les performances de Vinokourov ne fussent, en partie, redevables à la collaboration suspecte avec le docteur italien Michele Ferrari et aux produits dopants que celui-ci lui procure. Le fait que Vinokourov soit dopé, c’était une évidence : de même, malgré le fait que les preuves nous fassent défaut, c’est également le cas de Rasmussen.

Et pourtant ces nouvelles font l’effet d’une bombe dans le milieu cycliste, déjà fortement ébranlé par la succession de scandales qui ridiculise le sport depuis le commencement de l’affaire Puerto, en mai 2006, et qui mena, entres autres, à l’exclusion des deux favoris du Tour de France à la veille même de son départ. C’est qu’on a atteint le plus haut degré d’écoeurement : pour la première fois, on n’est plus certain que le cyclisme se relèvera d’une telle humiliation. C’est que même les plus naïfs ont compris cela : que le Tour de France 2007, supposément «plus propre que jamais» - selon les bouffons des instances officielles (UCI, ASO) - c’était un vrai cirque. On nous riait au visage.

Il faut comprendre que le dopage, dans ce milieu presque hermétique qu’est le cyclisme professionnel européen, c’est une culture enracinée au sein du peloton depuis des décennies. La plupart des professionnels se dopent parce qu’ils se voient acculés au mur, à l’impossibilité de vivre de leur passion, de leur sport, s’ils n’acceptent pas de tricher. Pour faire renouveler son contrat, il faut gagner : on ne gagne pas souvent, quand on a - disons-le ainsi - le désavantage d’être propre parmi les tricheurs. Le salaire en souffre aussi. Prenons les coureurs français, qui ne gagnent presque rien depuis des années, qui survivent tant bien que mal malgré le manque de commanditaires et qui font rire d’eux par le peloton, qui ne les prend pas au sérieux. La tentation est forte.

Il se trouve beaucoup d’observateurs pour suggérer qu’on laisse les coureurs se doper – «puisqu’ils le font tous», disent-ils – et cela car le fait qu’ils prennent ou non des produits dopants ne gâche en rien le spectacle qu’offre la course cycliste. Ils prônent, ainsi que Jacques Anquetil, le libre-choix par rapport à son propre corps, sa propre santé. La proposition serait recevable, si les coureurs se dopaient tous également, s’ils avaient tous accès à des produits et à un suivi médical de la même qualité, ce qui n’est évidemment pas le cas. Avez-vous une idée de ce que peut coûter les programmes des Ferrari, Cecchini, Fuentes ? Demandez aux états de compte bancaire de Jan Ullrich, pour voir. Ce ne sont pas les petits Français qui pourraient se payer la même chose. Ullrich et Armstrong sont multimillionnaires ; Thomas Voeckler doit faire 80 000$ CAN par année.

C’est cette injustice, d’abord, qui est condamnable, en ce qui concerne le dopage. Ensuite, il y a le fait qu’on force pratiquement les athlètes à mettre en péril leur santé, leur vie, même. Il y a des coureurs qui ne peuvent pas se doper autant que d’autres parce que leur organisme, moins tolérant, rejette les substances. Ils se rendent malades.

Ainsi, le dopage est réellement un fléau. Jusqu’ici, tout le monde est d’accord. Mais comment l’éradiquer ?

L’Union cycliste internationale (UCI) radote depuis des années qu’elle souhaite un renouveau dans le cyclisme, qu’elle pratiquera la tolérance zéro en ce qui concerne le dopage. Elle redouble de contrôles inopinés qui ne donnent pas grand-chose. Pire : elle fait signer une charte à tous les coureurs comme quoi ils s’engagent à ne pas se doper, sous peine de devoir rembourser un an de leur salaire. L’équipe allemande T-Mobile a été la première à faire signer tous ses coureurs, ce qui n’a pas empêché Patrick Sinkewitz, un membre de leur effectif, d’être contrôlé positif à peine deux semaines plus tard.

L’Amaury Sport Organisation (ASO) - la société organisatrice du Tour de France - se moque aussi de nous. Alors que de lourds soupçons pesaient sur Lance Armstrong au temps de sa domination, ils n’ont jamais osé l’exclure du Tour, de même qu’ils n’en n’ont pas exclu Rasmussen, le porteur du maillot jaune, dont les performances aussi sont ombragées de circonstances similaires : c’est son équipe elle-même qui, acculée, s’est vue dans l’obligation de le faire.

Le problème, c’est qu’on n’ose pas attaquer franchement le fléau. On tourne en rond, on fait semblant - aussi bien à l’UCI qu’à l’ASO - et on est convaincu que le public est naïf, aveugle, peut-être même sourd et muet et, pourquoi pas, attardé mental avec ça ! Le problème, c’est qu’on a peur de dire la vérité, on craint le retrait des sponsors, la réaction du public. Le problème, c’est qu’à vouloir préserver le cyclisme en lui épargnant les coups, en simulant un redressement jusqu’à l’oubli, en jouant les hypocrites, bref, les instances officielles ont involontairement provoqué l’écroulement (du moins temporaire, espérons-le) de sa crédibilité.

Qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu’il craint…

Il n’y a plus qu’une solution : la révolution.
Il n’y a plus que cela à dire : la vérité.

Au mois de juin, en plein cœur de ma session annuelle d’accumulation d’excitation préparatoire en vue du Tour, je lisais un livre pompeusement intitulé Les merveilleuses histoires du Tour de France 1903-2003, écrit par un français au style vraiment horrible et insipide, un certain monsieur Brouchon. Un chapitre était consacré au dopage, au Tour de la Honte - celui de 1998. Sur la page blanche, il était écrit : «Le Dopage», et juste dessous, en plus petit et en italique, «le cancer du sport». J’ai feuilleté jusqu’au chapitre suivant, qui, selon l’ordre chronologique, traitait de Lance Armstrong, et cette fois encore le sous-titre attira mon attention. C’était une citation : « Le cancer est la meilleure chose qui me soit arrivée

D’accord. J’ai compris.


page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
vélo ski de fond plongeon
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive