26 juillet 2007
Martial Saugy, directeur du Laboratoire suisse d'analyse du dopage (LAD), évoque la course entre dopage et détection.
Aline Dépraz
Le Temps : Alexandre Vinokourov aurait eu recours à une transfusion homologue - provenant d'un donneur au groupe sanguin identique. Il savait que ce serait détecté s'il gagnait l'étape...
Martial Saugy : C'est effectivement ce qui nous a surpris. Non seulement la transfusion homologue se détecte facilement, mais, en plus, elle laisse une trace qui peut être décelée jusqu'à deux mois après la transfusion. On pourrait par exemple faire le test sur tous les coureurs à la fin du Tour et savoir qui y a eu recours. - Et pourquoi ne le fait-on pas ?
- Cela ne serait probablement pas très utile car cette méthode n'a plus été recensée depuis 2004. Elle a été remplacée par la transfusion autologue - avec le propre sang du coureur - qui est actuellement indécelable. C'est pour cela que le cas de Vinokourov est étonnant! On ne peut que faire des hypothèses sur les raisons de son recours à une technique repérable: avait-il épuisé les stocks de son propre sang? Est-ce qu'il a tenté le tout pour le tout pour revenir dans la course? Impossible à dire.
- On peut aussi se demander comment les sportifs arrivent encore à se doper sans être pris alors que les contrôles semblent intensifs et imprévisibles.
- Les habitudes des sportifs évoluent. Il y a deux aspects à un contrôle: la logistique de récolte des échantillons et les analyses. Sur le Tour par exemple, les prises d'urine ou de sang à analyser ont principalement lieu à la fin des étapes; mais les visites inopinées, le matin en général, augmentent. Quant à la détection des produits dopants, les athlètes ont appris à gérer les périodes où ils se dopent pour être négatifs lors des contrôles.
- Dans cette course aux armements, la détection semble en retard sur le dopage. Est-ce le cas ?
- Oui, car le temps joue contre nous ! Les personnes qui se dopent peuvent immédiatement tester de nouvelles substances, sans devoir en rendre compte à qui que ce soit ! Nous avons par contre besoin de temps pour valider une nouvelle technique de détection. La démarche scientifique exige des tests de répétabilité, de robustesse, de spécificité et cela prend du temps ! Les hormones de croissance, par exemple, nous posent quelques problèmes. Les tests existent mais ils ont une fenêtre de détection trop courte, qui doit être améliorée. Mais, surtout, il existe une probabilité encore trop forte de provoquer des faux positifs: on ne peut pas prendre le risque de briser la carrière d'un athlète pour rien !
- Comment procédez-vous pour affiner les méthodes et en développer de nouvelles ?
- La recherche que nous menons au LAD développe plusieurs projets. Certains ont été initiés par notre expérience du terrain, d'autres sont des mandats de certaines institutions telles que l'Agence mondiale antidopage, l'Office fédéral des sports ou la FIFA. Tout un réseau a été mis en place pour observer l'évolution des techniques de dopage. Il surveille Internet, les saisies aux douanes, les nouvelles molécules développées par les entreprises pharmaceutiques ou les pratiques autorisées en vogue chez les athlètes. Aux Etats-Unis par exemple, le Prozac, qui est autorisé, semble être très utilisé. Y a-t-il besoin d'intervenir ? C'est une question qui se pose.
- Quel est l'avenir de la lutte antidopage ?
- Le passeport biologique devrait s'imposer. Pouvoir suivre un athlète durant sa carrière en conservant une trace de tous les contrôles qu'il a suivis permettra d'affiner notre approche. Mais les problèmes logistiques - tel obtenir des protocoles accrédités au niveau international - sont encore nombreux !
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