28 juillet 2007
Cette fois-ci, le divorce entre les organisateurs du Tour de France et l'Union cycliste internationale semble bien consommé. Les différentes affaires de dopage qui ont durement porté préjudice à l'épreuve ces derniers jours ont laissé des traces. Ainsi, Patrice Clerc, le président d'ASO, société organisatrice de la Grande Boucle, a réclamé samedi la tête des hauts dirigeants de la fédération internationale qu'il qualifie "d'incompétents". Avec Christian Prudhomme, il souhaite désormais l'indépendance du Tour afin d'apporter au plus vite des réformes concernant la lutte contre le dopage.
"Dans n'importe quel secteur privé ou public, les responsables n'auraient pas d'autre choix que la démission. Je me demande s'il n'y a pas une volonté de nuire, d'atteindre le Tour de France et de diminuer son succès. Je me demande s'il n'y a pas du machiavélisme de la part de certains individus qui confisquent le pouvoir pour leurs propres intérêts. Nous ne voulons plus vivre cela. Le Tour ne peut pas être confié à l'UCI." Patrice Clerc n'y est pas allé avec le dos de la cuillère samedi matin à la veille de l'arrivée du peloton du Tour de France sur les Champs-Elysées. Alors que les tensions entre les organisateurs de la Grande Boucle et l'Union cycliste internationale ont atteint leur paroxysme en même temps que les affaires de dopage plongeaient la Grande Boucle, 94e du nom, dans le chaos, le président d'Amaury Sport Organisation a clairement affiché sa volonté de se désolidariser de la fédération internationale.
À l'origine de la nouvelle discorde entre les deux parties - le point de départ des querelles datant de la création du Pro Tour voilà deux ans - l'épisode Michael Rasmussen qui a ulcéré au plus haut point Patrice Clerc et Christian Prudhomme. Vendredi soir, Pat McQuaid, le président de l'UCI, interrogé sur France 2 à l'issue de l'étape Cahors-Angoulême remportée par Sandy Casar, ne trouvait rien d'anormal au fait que le Danois ait pu s'élancer de Londres le 7 juillet dernier.
À la question de savoir pourquoi l'UCI n'avait pas suivi à la lettre l'article de son propre règlement stipulant la non-participation d'un coureur ayant été averti dans les 45 jours précédant un grand Tour, le patron de la plus haute instance cycliste n'a rien trouvé d'autre à dire que "Rasmussen avait tout à fait le droit de partir, il n'avait enfreint aucune règle au début du Tour de France. Il y a un système de trois avertissements, nous avons discuté du cas de Rasmussen à la fin du mois de juin. L'article n'est pas proportionné (à la faute). On aurait pu se retrouver au tribunal si on avait décidé de l'appliquer." Ou comment, en plus de dédouaner le Danois qui n'aurait jamais dû prendre le départ de l'épreuve tant ces manquements aux règlements révélaient ni plus ni moins de la tricherie, Pat McQuaid parvenait à mettre en cause la légalité du règlement de la fédération régissant les plus grandes courses cyclistes au monde qu'il préside lui-même !
Vers la création d'un passeport éthique
Devant la clémence teintée de mauvaise foi de celui qui a pris la succession de Hein Verbruggen à la tête de l'UCI en 2005, les dirigeants de la Grande Boucle ont donc tapé du poing sur la table samedi. "J'ai le sentiment d'avoir été trahi par les hauts dirigeants de l'UCI", osa même Christian Prudhomme, pour le coup pas verni pour sa véritable première aux commandes Tour de France (en 2006, l'ancien journaliste codirigeait l'épreuve avec Jean-Marie Leblanc, Ndlr). Un sentiment de trahison partagé par Patrice Clerc bien décidé à rompre toute collaboration avec l'Union cycliste internationale, laquelle, il faut le rappeler, choisit à l'heure actuelle les équipes directement admises pour participer aux épreuves Pro-Tour, donc aux grands Tours puisque les organisateurs du Giro, du Tour de France et de la Vuelta, bien qu'ils ne reconnaissent pas l'existence du Pro-Tour, en ont le label, selon l'UCI.
Soucieux de réformer le mode de sélection de leur épreuve, Patrice Clerc et Christian Prudhomme souhaitent désormais se tourner vers les fédérations, les pouvoirs publics et les agences de lutte contre le dopage. "Nous voulons un pouvoir vertueux, indépendant et responsable", répète à l'envi Patrice Clerc qui émet l'idée de la création d'un «passeport éthique» qui serait délivré aux équipes respectant les règles de la lutte antidopage. Déterminés à ne plus dépendre des "agissements, des manques de transparence et de professionnalisme" des dirigeants de l'UCI, les organisateurs de la Grande Boucle ont la ferme intention de se défaire au plus vite de la tutelle de la fédération internationale. "Quand on mène une guerre, on sait qu'il peut y avoir des dommages collatéraux. Il y a un prix à payer pour mener cette lutte", prévient Patrice Clerc. Entre le Tour de France et l'UCI, le vernis a bel et bien craqué.
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