27 juillet 2007


Chacun son Tour

La sentence est une nouvelle fois tombée. Toujours la même. Le Tour de France doit mourir. La honte sur le grand événement sportif est d’une telle ampleur que le meilleur choix, selon les spécialistes, est qu’il se fasse hara-kiri... pour mieux renaître sur de nouvelles bases dans un an ou deux. Mais honnêtement, qu’est-ce que ça changera ? Tant qu’il assurera le vainqueur de devenir le cycliste le plus en vue de la planète, il est évident que le problème de la tricherie restera présent.

Pierre-Paul Noreau

Il y a trop de gros intérêts en jeu pour pouvoir réussir à blanchir le grand cirque sur deux roues, d’un simple coup de baguette magique. Le maillot jaune du Tour 2007, le Danois Michael Rasmussen, a beau avoir été chassé de son équipe comme un paria, le lendemain, tout le monde avait le pied à l’étrier comme si de rien n’était.

Pourquoi grands dieux vouloir tuer la poule aux œufs d’or ? Elle pue un peu ? Qu’on se bouche le nez, ça passera. Pendant ce temps-là, on encaisse et on s’amuse.

Du point de vue des athlètes, la gloire et l’argent resteront de puissants incitatifs pour contourner les règles. Le cas de Lance Armstrong, sextuple vainqueur de la Grande Boucle, illustre parfaitement bien ce rêve qui invite les coureurs à succomber aux chants des sirènes de la pharmacopée sportive.

Élevé par une mère monoparentale de 17 ans, l’Américain a connu une enfance de misère. Il s’est malgré tout hissé au sommet du monde cycliste, où il est devenu imbattable, réussissant même à conserver sa couronne après avoir vaincu un cancer des testicules.

Résultat, il est devenu une vedette mondiale. Il appartient au cercle restreint des plus grands, ceux qu’on tient à recevoir dans les endroits les plus sélects, car il est évidemment riche à craquer.

Ah oui, il est aussi très fortement soupçonné d’avoir triché pendant une bonne partie de sa carrière cycliste professionnelle, ayant entre autres été associé à des équipes médicales reconnues pour leur médecine sophistiquée et, surtout, à haut risque. Accusé de dopage en maintes occasions, y compris par des proches, Lance Amstrong est officiellement un champion propre, la preuve de sa culpabilité n’ayant jamais été faite. Mais pour les coureurs, apparemment, ce doute n’existe pas. Alors, s’ils ont raison, les esprits aventuriers peuvent facilement estimer que ça vaut la peine de prendre des risques.

D’autant plus qu’officiellement, le système exècre le dopage. Mais dans la pratique, on le tolère, parce que le spectacle est très rentable, parce que les amateurs adorent les vedettes et parce que les commanditaires protègent jalousement leurs investissements dans ces athlètes surhumains, proches du surnaturel.

D’ailleurs, la France est-elle prête à renoncer à son Tour et laisser celui d’Italie ou d’Espagne devenir le point culminant de la saison cycliste internationale ? Oubliez ça.

Pas plus en fait que le baseball majeur états-unien n’est désireux de déstabiliser sa machine à imprimer des dollars en ouvrant toute grande la porte de ses vestiaires aux spécialistes du dépistage de produits illicites.

Alors, on répond à la pression qui s’accentue pour du sport exempt de substances miraculeuses, en acceptant certaines mesures de contrôle, encadrées par des règles garantissant que les scandales ne se multiplieront pas.

Aujourd’hui, ce sont les golfeurs professionnels qui s’émeuvent qu’on les montre du doigt pour usage de stéroïdes, de créatine, de bêtabloquants, etc. Il y a trop d’argent là également pour que la pureté y règne en maîtresse.

Bref, chacun a son Tour chez soi et a intérêt à le protéger. Et la réalité changera, quand les mesures de contrôle appartiendront à des organismes extérieurs et neutres qui décideront du quand et du comment et de quels contrôles sont nécessaires.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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