29 juillet 2007
| La Personnalité de la semaine |
La route sera longue. Si vous la parcourez d'un bout à l'autre, il vous faudra un guide, une boussole, beaucoup d'eau, de longues vacances et de bonnes jambes ! Mais vous pouvez aussi la découvrir par petit bouts, le vent dans les cheveux et le nez en l'air, en humant l'herbe des champs et l'humus de la forêt, en suivant le cours du fleuve, pour découvrir enfin la gentillesse des habitants de 16 régions et de plus de 320 municipalités du Québec.
Anne Richer
Telles sont les promesses de la Route verte, un itinéraire cyclable de plus de 4300 km, une aventure unique en Amérique du Nord. Cette réalisation audacieuse est celle d'une équipe entêtée et visionnaire, qui y a travaillé pendant une douzaine d'années. Des fous du vélo que l'on retrouve au ministère des Transports du Québec, un peu partout au gouvernement, nombreux dans les régions. Parmi ces accros, il y a évidemment le directeur général de Vélo Québec Association, Jean-François Pronovost.
La Presse et Radio-Canada l'ont choisi personnalité de la semaine pour marquer l'inauguration de la Route verte, qui passe probablement près de chez vous.
Partout au Québec
Qu'ils soient du Témiscamingue, de l'Outaouais, de la Gaspésie, de l'Abitibi, des Laurentides, du Lac-Saint-Jean ou de l'Estrie, les cyclistes seront nombreux à découvrir ou à redécouvrir le Québec, ses champs et ses bois, ses ponts couverts, ses chutes et ses autres merveilles.
Selon les statistiques de 2005, les Québécois ont acheté 600 000 vélos, dont le tiers sont des vélos d'enfants ! Il y aurait au bas mot 760 vélos par tranche de 1000 adultes. C'est dire que la bicyclette, si elle est mise au rancart plusieurs mois par année à cause de notre climat, nous dégourdit les jambes et les sens dès que les beaux jours se pointent.
Cela fait des années que Jean-François Pronovost baigne dans le cyclisme. D'abord, du plus loin qu'il se souvienne, en même temps qu'il marchait, il pédalait. Ensuite, au cours des années 1970, il est entré à temps partiel à Vélo Québec, organisme fondé en 1967. En 1989, il en devenu directeur général. En 1992, une conférence réunissant des délégués de toute la planète a permis à ce cycliste passionné d'expliquer au nom de tous ce que pourrait être un Québec cyclable. II est convaincu depuis longtemps que « c'est la réalisation de routes plus sécuritaires qui a mis les gens au vélo », tout en rappelant le premier slogan de Vélo Québec : « On veut des pistes. »
Depuis, le vélo a fait du chemin. Quant au projet de la Route verte, il joue bien des rôles : mobiliser les municipalités et les régions, permettre de découvrir les richesses de localités souvent oubliées, éduquer et sensibiliser encore plus.
« Ce n'est pas fini, cependant, la Route verte doit continuer à évoluer », souligne M. Pronovost, qui a collaboré à plusieurs organismes de plein air, été journaliste à la pige et écrit plusieurs livres sur le vélo.
Marcher et rouler
Sa première bicyclette était rouge, comme il se doit, une CCM trop grande qu'il n'a pu enfourcher qu'après un an de croissance. À Saint-Vincent de Paul, au bord de la rivière des Prairies, la bande de copains de Jean-François était toujours à bicyclette. Il allait en famille en excursion à Terrebonne, à Mascouche, et repérait pour son plus grand plaisir plein « de petits rangs tranquilles qui n'existent plus, malheureusement ».
Pédaler était un effort ? « Un peu sportif, oui, mais c'était surtout partir à l'aventure. » À 15 ou 16 ans, il est parti seul un beau matin, sac au dos, jusqu'à Shawinigan : 160 km. Il n'a pas oublié la douleur aux fesses qu'il a ressentie le lendemain !
La nature est une passion pour ce biologiste de formation; l'environnement et la bonne santé, des obsessions. « Je déteste les gymnases, le conditionnement physique. » II aime la marche, la montagne.
Pour ce qui est du vélo, c'est pour son aspect itinérant, les rencontres fabuleuses, le hasard des circonstances, la contemplation des paysages qu'il en est amoureux. « Je ne veux pas être dans un groupe de coureurs. »
Durant 10 ans, avec sa femme, il a roulé sur bien des pistes d'Europe et d'Amérique. C'était avant l'arrivée de leurs filles, Juliette, 10 ans, et Virginie, 12 ans. « Les vélos pour enfants ne sont pas très bons », dit-il. Il croit que, dans quelque temps, quand elles pédaleront avec plus de plaisir sur de meilleurs vélos, ils partiront tous ensemble pour de nouvelles aventures.
En attendant, le directeur travaille fort à Vélo Québec. Il se décrit comme très exigeant pour lui-même et pour les autres.
Il prend aisément la tête du peloton quand il s'agit de plaisir. « J'aime rendre les gens heureux, et le vélo rend les gens heureux. »
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