28 juillet 2007

L'espoir malgré l'amertume

Comme tout coureur cycliste, François Parisien a toujours rêvé du Tour de France. Maintenant, il ne sait plus trop. Les scandales de dopage des derniers jours l'ont fait déchanter.

À 25 ans, Parisien ne s'estime pas encore prêt pour la Grande Boucle. L'an prochain non plus. Mais à bien y réfléchir, en l'état actuel des choses, le champion canadien sur route de 2005 préfère sa situation au sein de l'équipe américaine Slipstream, qui ne participe pas au Tour.

« Personnellement, avec tout ce qui se passe en ce moment, ça ne me tenterait même pas de le faire », a affirmé Parisien depuis son appartement de Gérone, en Espagne, jeudi.

« Quand c'est rendu que tu sais presque à 100 % que la première moitié du peloton prend de la drogue, ce n'est pas quelque chose que j'aurais envie de faire, a-t-il enchaîné, amer. Je préfère faire de plus petites courses, qui sont plus de mon niveau, que de faire le Tour de France avec un Rasmussen ou un Vinokourov qui nous défonce la gueule tous les jours. »

Parisien, originaire de Repentigny, revenait d'une sortie d'entraînement avec son coéquipier américain Danny Pate. En traversant les villages catalans, les deux cyclistes se demandaient ce que pouvaient bien penser les badauds en les voyant passer sur leur vélo. Slipstream et son credo «100 % propre» ne sont évidemment pas très connus en Europe.

Dirigée par l'ancien coureur Jonathan Vaughters, Slipstream est la première formation à soumettre tous ses coureurs à un suivi longitudinal complet et diligenté par une agence totalement indépendante. Une variation anormale d'un paramètre et le coureur est mis à la porte. L'équipe prône la perfection dans tous les autres aspects de la préparation (entraînement, équipement, nutrition, etc.), sans aucune obligation de résultats.

Après un lobby intensif sur le Tour, Vaughters attend le 1er septembre avant d'annoncer officiellement l'embauche d'une série de gros noms (Millar, Zabriskie, Vande Velde). Le manager ambitionne d'obtenir une invitation pour le Tour de France de l'an prochain et une licence ProTour en 2009.

Parisien est persuadé que les affaires qui éclaboussent le Tour favoriseront les équipes qui prennent des initiatives similaires à celles de Slipstream. En attendant, il faut encaisser les coups.

L'an dernier, Slipstream a vu un important commanditaire potentiel rompre les négociations à la suite de l'annonce du test positif de Floyd Landis, qui venait de remporter le Tour 2006.

Dans une semaine, Parisien prendra le départ du Tour du Portugal, la plus importante course de sa jeune carrière. Il espère y réaliser de bonnes performances afin de mousser son profil en vue d'un renouvellement de contrat l'an prochain.

Or, dit-il, le Tour de Portugal, faute de moyens, effectue moins de contrôles antidopage. Et invite une équipe comme Relax-Gam, qui compte dans ses rangs Oscar Sevilla, Francisco Mancebo et Santiago Perez, des coureurs ayant trempé dans des affaires de dopage.

« Ça fait chier, a soupiré Parisien. Ce sont des coureurs comme ça qui font que j'ai de la misère à me trouver une job. Ils nous volent notre argent, ils nous volent des contrats, ils nous enlèvent des commanditaires. Ça a un impact direct sur moi. Mon salaire est probablement moins gros à cause de l'affaire Landis. Et si, l'an prochain, je ne réussis pas à signer un nouveau contrat avec une équipe professionnelle, ce sera à cause des coureurs dopés qui font mieux que moi et qui rendent la course plus dure, ce qui m'empêche de faire des résultats. C'est carrément un vol. »

S'il ne se fait pas d'illusions sur le plan personnel, Parisien croit que les récents événements finiront par produire des effets positifs.

« Tout changement fait mal à court terme, mais le vélo va en sortir gagnant, espère le Québécois. Ce n'est pas vrai que le vélo va disparaître. Au contraire, je vois ça comme un renouveau. Mais je ne suis pas idiot. Je ne dis pas que le sport est propre. Ça va prendre un an, voire deux ans, avant que les vieilles mentalités ne disparaissent. Au moins, le monde en parle, ce n'est plus un sujet tabou. » Et Parisien a choisi de participer à la contestation.


page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive