28 juillet 2007
Écrire sur cet été sportif ? Pour dire quoi ? Que c'est un été pourri ? Tous ceux qui ont grelotté ou qui se sont fait mouiller à tous les deux jours depuis le début du mois de juillet le savent déjà.

Surtout qu'au Québec, la température est le sujet de conversation favori. Y fait trop chaud, y fait trop frais, c'est trop humide, c'est trop venteux, qu'on soit partout sur la planète, un Québécois qui rencontre un autre Québécois lui pose toujours deux questions : « Coudon, c'était quoi la température au Québec ? Pis, le Canadien gagne-t-y ? »
Y a toujours plus de chances qu'il fausse beau que le Canadien ait gagné. C'est comme ça, c'est le destin.
Un été pourri. Le gros Barry Bonds, complètement dopé, va battre le record de Hank Aaron, un homme d'honneur. Même Bud Selig, dont l'industrie du baseball majeur a fait des millions avec Bonds, se sent tout croche. Aller applaudir un tricheur, ça crée une petite gêne. Même pour un ancien vendeur de bazous.
Ça triche partout. Même les grands de ce monde trichent. Jeudi soir, j'ai reçu un appel d'Italie. Un gars de chez Ferrari était en beau clisse. Il a bien compris, comme le reste de la Formule 1, que McLaren a triché. Mais comme McLaren c'est surtout Mercedes, on marche sur des oeufs. On veut bien être honnête, mais pas au point de risquer de perdre une énorme compagnie comme Mercedes. Donc, on fait accroire qu'on est incapable de prouver la tricherie. Mercedes bougonne un peu mais ça va finir par passer. Et tout le monde dit ouf.
On triche partout. J'ai toujours compris que le gars le plus facile à acheter pour voler un match de hockey (ou de basket), c'est un arbitre. C'est le seul sur la patinoire qui ne gagne pas une fortune. La NBA est maintenant aux prises avec un arbitre qui a triché. Vous avez maintenant compris que dans le sport professionnel, on a le droit d'organiser pas d'arranger.
| Et je ne parle même pas du cyclisme. Écrire après Foglia, ce serait comme marcher dans les pas du pape. Je me permettrai juste une petite remarque. Vous pensez que ça se dope juste au Tour de France ? Venez donc faire un tour aux Mardis cyclistes de Lachine. Regardez la bouille de certains dans le peloton. Allez jaser tranquillement avec le père des Mardis, Tino Rossi. Prenez un verre de rouge italien avec lui et écoutez les histoires qu'il raconte. Parce que lui, les vraies histoires, il les connaît. |
Un été pourri. Mais dans le fond, c'est normal. Comme le dirait Mario de l'ADQ, y a plus de morale. Quand y a plus de morale, ça veut dire que ça prend des polices partout. Voyez les viaducs au Québec. Il y en a 138 qui seraient dangereux. Le gouvernement a ordonné aux camions à tracteurs de ne plus passer sur ces viaducs. Mais y a pas de flics pour les surveiller. Y se passe quoi, vous pensez ? Les trucks ne ralentissent même plus. S'il y a un honnête badaud qui meurt écrasé sous le camion, c'est pas grave, de toute façon, les avocats vont tellement étirer la sauce qu'il ne restera plus rien.
C'est pareil ailleurs dans la nouvelle société québécoise, canadienne et occidentale. C'est la loi du pas pogné, pas responsable. Surtout que même quand le voleur ou le tricheur se fait prendre, les prisons sont trop pleines pour qu'on l'y envoie.
Il y avait plein de choses qui ne se faisaient pas. Attaquer une petite vieille de 80 ans pour lui voler sa sacoche, la battre pour lui arracher 30 piastres, même les bandits se gardaient une petite pudeur. Aujourd'hui, les p'tits voleurs agressent les vieillards dans leur petite maison et s'en tirent la plupart du temps. Pourquoi Barry Bonds s'inquiéterait ?
Vous roulez sur les routes du Québec ? La limite parfaitement imbécile imposée par les politiciens est de 100 km/h. Les citoyens savent que les policiers, plus intelligents que leurs patrons, tolèrent la vitesse jusqu'à 119 km/h. Mais plus que jamais, les ti-counes (et de nombreux bien nantis qui devraient être plus sages) roulent à tombeau ouvert en pariant sur une présence policière déficiente.
Le principe est simple. On se contrefiche des conséquences des gestes fous posés au volant et on préfère jouer «le pourcentage» avec les flics. Pourquoi est-ce que les athlètes, des jeunes issus de cette société, ne prendraient pas le même pari ?
De toute façon, les athlètes ne sont pas plus coupables que les présidents de compagnie et les chefs de parti politique qui carburent aux «remontants» pour terminer leurs campagnes électorales ou leurs prises de contrôle hostiles.
Parce qu'une fois qu'on a bien réfléchi sur cet été pourri, on réalise que ce qui fait mal, c'est la perte des illusions. Le reste, tout le monde le fait, fais-le donc.
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