27 juillet 2007

Le bonheur sur deux roues le long du Saint-Laurent

La parfaite randonnée à vélo existe, nous l'avons trouvée. Le long du Saint-Laurent, à travers les villages de la Côte-du-Sud, sur la Route verte. Point de départ: Québec. Destination: l'Isle-aux-Grues.

Caroline Rodgers

Le trajet de 90 km se fait facilement en une journée. Pas une seule pente digne de ce nom. Au départ de Québec, on peut prendre le traversier, mais il est préférable d'emprunter le pont de Québec. Il permet d'accéder à l'une des plus belles pistes cyclables de la province: le parcours des Anses.

Traverser le pont à vélo, c'est déjà une petite aventure. Frissons garantis dans le passage étroit de ce monstre rouillé. Gare aux cyclistes en sens inverse: chacun doit ralentir et s'agripper à la rambarde pour éviter d'accrocher l'autre.

Après Saint-Romuald, on accède à la piste cyclable, un ruban lisse qui serre le fleuve de près sur une quinzaine de kilomètres. On s'en met plein les yeux de bateaux, de bleu et de cap Diamant. Vu de là, le château Frontenac a l'air d'une forteresse agrippée à la falaise.

À la traverse Québec-Lévis, c'est le moment d'un rituel pour les habitués: la dégustation d'une crème glacée. D'habitude, nous rentrons ensuite sagement dans la capitale. Mais pas cette fois. Nous poursuivons. Heureuse décision! Après Lévis, la piste devient beaucoup moins fréquentée. Il n'y a que nous, la route et l'eau.

On rejoint bientôt la 132 pour découvrir la Côte-du-Sud.

De Lévis à Montmagny
De Lévis à Montmagny, on a une enfilade de coquettes maisons ancestrales et de jardins peuplés de faux canards. On roule sur un accotement d'asphalte fort convenable, et les voitures se font rares. Trop pressés, les chauffeurs ont opté pour la 20.

Déjà Beaumont. Les portes de la petite église du village sont grandes ouvertes. On ne peut résister à l'envie d'y jeter un oeil. Juste pour voir...

- Entrez !

Un vieux monsieur est assis près de la porte, empressé d'annoncer que l'église est l'une des plus vieilles du Québec. Elle date de 1721. «Jamais passée au feu», nous dit M. Raphaël. L'homme en a long à raconter.

Mais les charmes de Bellechasse sont trop irrésistibles pour qu'on s'attarde. On est aspiré vers d'autres villages: Saint-Michel, Saint-Vallier. Ici, une boulangerie artisanale. Là, une minuscule chapelle blanche où un peintre expose ses oeuvres. On aimerait que plus de haltes soient aménagées pour les cyclistes, mais on n'en verra qu'une seule durant tout le trajet.

Enfin Berthier-sur-Mer. Ça commence à sentir l'eau salée. C'est le début de la Route des migrations, en l'honneur des millions d'oiseaux qui passent là deux fois l'an.

Il faut faire un détour par la rue de l'Anse pour voir la statue de Jean Lesage, qui a vécu là de 1949 à 1957. On fait une pause sur la plage d'un brun rougeâtre où des enfants cherchent des cailloux. Plus que 17 km avant Montmagny.

Coup de coeur pour l'Isle-aux-Grues
À la brunante, le traversier Grue-des-Îles s'avance vers le quai de Montmagny comme un cygne obèse. Les voitures font la file, dernières conversations avec la parenté avant de retourner dans l'île. Un motard à foulard crie "Bon voyage!" On ne sait pas à qui.

Quand nous arrivons à l'île, il fait nuit noire. Mais on ne peut guère se perdre en cherchant l'auberge, il n'y a qu'une route. En face de l'auberge, un vieux bateau de bois d'où s'échappe de la musique techno. C'est un bar. Le Bateau ivre, comme le poème de Rimbaud : « Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! » Une bonne partie des Gruois s'y sont donné rendez-vous.

Lorsque la journaliste «étrange» entre, tous les regards se tournent vers elle. Le temps est suspendu. Gêne. Mais les conversations reprennent vite. L'ambiance sympathique nous donne envie de rester, même après 90 km, pour une bière ou deux. Ou trois.

Le lendemain, on explorera à vélo l'île que le peintre Jean Paul Riopelle avait choisie pour y vivre. On reconnaîtra, juchés sur des tracteurs, les gaillards qui festoyaient la veille. On visitera les deux musées et la fromagerie. On grimpera au belvédère pour observer le paysage de carte postale. Et, à regret, il faudra déjà partir.

Pour ceux qui manquent de temps, des bateaux de croisière permettent de revenir à Québec en quelques heures. En prime, cela permet d'apercevoir les autres îles de l'archipel, avec une seule idée en tête: y revenir.



caricature : Serge Chapleau, La Presse, 26 juillet


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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