26 juillet 2007

Rasmussen forcé de se retirer

Déjà mis à mal par l’exclusion pour dopage sanguin du coureur vedette Alexandre Vinokourov, mardi, le 94e Tour de France s’est rapproché de l’état de dévastation, hier soir, lorsque son leader, le Danois Michael Rasmussen, a dû se retirer à la demande de son équipe.

Gagnant au sommet du col de l’Aubisque sous les huées d’un public de plus en plus hostile, hier après-midi, Rasmussen était pratiquement assuré de la victoire finale à Paris, dimanche. Les suspicions de dopage qui pèsent sur le coureur de 33 ans depuis une semaine l’auront finalement rattrapé.

L’équipe Rabobank a demandé à Rasmussen de quitter l’équipe parce qu’il a menti au sujet de ses allées et venues durant le mois précédant le Tour de France. « Il a violé les règles de l’équipe. Il n’est pas sûr que l’équipe poursuive la course », a déclaré le porte-parole de la formation, Jacob Bergsma.

«Michael Rasmussen n’était pas au Mexique comme il nous l’avait dit au mois de juin. Il n’a pas donné les bonnes informations à l’équipe», a déclaré le porte-parole au cours d’une intervention tenue à Pau devant une forêt de journalistes présents à l’hôtel de la formation néerlandaise.

«En conséquence, il a été décidé qu’il ne prendrait pas le départ demain (aujourd’hui)», a ajouté Bergsma.

«La situation est très compliquée pour le moment. Les (autres) coureurs sont en train de discuter entre eux pour savoir s’ils partent ou non», a encore dit le représentant du groupe néerlandais en précisant que la décision concernant la participation du reste de l’équipe serait annoncée ce matin.

Dans la soirée, l’hôtel de l’équipe Rabobank a été envahi par une foule de journalistes qui ont vu, à l’approche de minuit, entrer dans les lieux plusieurs gendarmes d’une unité spécialisée, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). Les gendarmes n’ont pas trouvé Rasmussen, qui avait déjà quitté les lieux.

Moreni positif
Avec l’abandon du Danois, le jeune Espagnol Alberto Contador, 24 ans, devient le nouveau porteur du maillot jaune de leader à quatre jours de l’arrivée.

Ce revirement dramatique s’ajoute à une série de mauvaises nouvelles pour le Tour depuis quelques jours.

Plus tôt dans la journée, l’Italien Cristian Moreni a été exclu de la course à la suite d’un contrôle positif à la testostérone. Son équipe, la française Cofidis, s’est retirée sur-le-champ à la demande du commanditaire, imitant ainsi le geste posé la veille par Astana, la formation de Vinokourov.

Reconnaissant sa faute, geste rare, Moreni a renoncé à une contre-analyse d’un échantillon d’urine prélevé au terme de la 11e étape à Montpellier.

Omissions
Rasmussen quitte le Tour au moment où ses exploits semaient le doute dans le peloton, les médias et le public français.

Le premier germe a été semé jeudi dernier lorsque la Fédération cycliste danoise a dévoilé que Rasmussen avait omis de fournir correctement son emploi du temps dans le cadre du règlement antidopage de l’Union cycliste internationale (UCI). À l’instar de 70 coureurs d’élite, Rasmussen doit produire un horaire complet et très précis de ses allées et venues. Les contrôleurs antidopage peuvent ainsi soumettre les coureurs à des tests inopinés.

Rasmussen a reçu deux avertissements pour des défauts de localisation qui ont mené à des contrôles ratés. Un troisième avertissement aurait été considéré comme un test échoué.

Tout en s’excusant, Rasmussen a balayé ces accusations du revers de la main, évoquant une « erreur administrative » et une lettre perdue dans le courrier. En juin, le Danois dit s’être trouvé à l’entraînement au Mexique, pays d’origine de sa femme. Son équipe a découvert qu’il se trouvait plutôt en Italie, d’où son exclusion hier.

Vendredi, un cycliste amateur américain accusait Rasmussen de lui avoir demandé, il y a cinq ans, de transporter en Italie des produits dopants illégaux cachés dans une boîte à souliers. Le Danois a aussi nié cette histoire.

Si la victoire de Rasmussen, grimpeur émérite, dans les Alpes, à Tignes, n’a pas surpris, sa formidable 11e place lors du contre-la-montre d’Albi, exercice qu’il était loin de maîtriser dans le passé, a accentué le doute.

Hier matin, à Orthez, le maillot jaune a été hué par une partie du public au moment il apposait sa signature au contrôle de départ. Les agences de presse rapportent que Rasmussen a été ensuite l’objet de huées tout au long de sa chevauchée victorieuse jusqu’au sommet du col de l’Aubisque.

Après la course, Rasmussen a continué de clamer être un coureur sans tache. «Bien sûr que je suis propre, a-t-il déclaré après un contrôle antidopage. Comme je l’ai déjà dit, j’ai maintenant été testé 17 fois en moins de deux semaines. Autant le public que le peloton passent leur frustration sur moi. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai été testé 17 fois et tous ces tests ont été négatifs. Je ne peux rien faire de plus.»

L’étape a été retardée de quelques minutes lorsque les coureurs des six équipes françaises, dont ironiquement Cofidis, qui alignait Moreni, et des deux formations allemandes ont participé à un « sit-in » pour exprimer leur écœurement face aux affaires de dopage qui jettent l’opprobre sur la Grande Boucle. La veille, sept de ces équipes avaient fondé le «Mouvement pour un cyclisme crédible».

Fait nouveau, des coureurs avaient même commencé à exprimer publiquement leur écœurement face aux exploits de Rasmussen. «Rasmussen, il n’y a que sa grand-mère pour croire qu’il a raté quatre contrôles inopinés par accident», a accusé Sébastien Hinault, de l’équipe Crédit Agricole.

«Vivement la fin du Tour de France», a résumé Sylvain Chavanel, 26e et premier Français au classement général.

Depuis le scandale de dopage de l’équipe Festina, en 1998, le Tour de France cherche à se refaire une virginité. De 1999 à 2005, les sept succès inédits de l’Américain Lance Armstrong, accusé de toutes parts, n’ont fait qu’accentuer l’incrédulité. Le gagnant de l’an dernier, l’Américain Floyd Landis, conteste toujours un contrôle positif à la testostérone. Quelle sera la crédibilité du prochain maillot jaune ?


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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