26 juillet 2007
Surnommé le Poulet en raison de ses cuisses quasi rachitiques, Michael Rasmussen, 33 ans, s'est d'abord fait connaître en vélo de montagne. Cette spécialité lui a valu un titre mondial en 1999.

L'athlète de 1m75 et 59 kilogrammes a commencé sa carrière sur route en 2002 sous les couleurs de la CSC-Tiscali, dirigée par son compatriote Bjarne Riis, premier gagnant danois du Tour de France (1996) qui a par la suite admis s'être dopé.
Rasmussen s'est joint à son équipe actuelle, la Rabobank, en 2003, année où il a remporté une étape à la Vuelta espagnole, sa première victoire d'importance sur route.
Il s'est véritablement révélé au Tour de France 2005, où il a enlevé la neuvième étape à Mulhouse et mérité le maillot à poids de meilleur grimpeur. Son étoile a cependant pâli lors du dernier contre-la-montre alors qu'il a dégringolé de la troisième à la septième place au général au terme d'une prestation épouvantable marquée par trois chutes. Voilà pourquoi son 11e rang lors du contre-la-montre d'Albi, samedi, avait laissé tous les observateurs pantois.
L'an dernier, Rasmussen a conservé son maillot à pois en plus de s'imposer lors d'une étape alpine, à La Toussuire. Malgré des qualités de grimpeur exceptionnelles, personne ne s'attendait à ce qu'il conteste la victoire finale cette année.
Maniaque des détails, tout est calculé chez Rasmussen, à commencer par son équipement, ce qui rend fou ses mécanos. Il chausse des souliers trop petits, question d'économiser du poids.
Infatigable argumenteur, Rasmussen n'est pas très apprécié des journalistes.
À l'instar d'Alexandre Vinokourov, exclu pour dopage sanguin, Rasmussen a été l'un des derniers coureurs à signer la lettre d'engagement pour un nouveau cyclisme avant le début du Tour 2007. Il la jugeait irrecevable légalement et la considérait comme une intrusion dans la vie privée des coureurs.
Ses ennuis ont commencé jeudi dernier, soit quatre jours après sa première victoire d'étape à Tignes.
La Fédération cycliste danoise a dévoilé que Rasmussen avait reçu des avertissements de l'Union cycliste internationale pour ne pas avoir signalé correctement ses allées et venue dans les mois précédant le Tour de France. Le spectre du dopage pointait.
Le lendemain, le site Internet velonews publiait un article dans lequel l'Américain Whitney Richards, ancien coureur amateur, accusait Rasmussen de lui avoir demandé de transporter des produits dopants avant un voyage en Italie en 2002. Les produits en question, des substituts sanguins fabriqués aux États-Unis, étaient dissimulés dans une boîte de souliers de vélo. Richards a découvert le pot aux roses en voulant sortir les chaussures de la boîte, faute d'espace suffisant dans ses valises. Interrogé à ce sujet, Rasmussen a admis connaître Richards, mais a nié sa version des faits.
Démasqué involontairement par un commentateur
Envers et contre tous, Rasmussen a poursuivi son improbable course vers la victoire finale en s'imposant au sommet du col de l'Aubisque, hier. Quelques heures plus tard, Rabokank excluait son coureur vedette du Tour pour avoir menti au sujet de sa localisation en juin. Il affirmait depuis plusieurs jours qu'il se trouvait au Mexique, le pays de sa femme, du 4 au 26 juin, alors qu'il s'entraînait plutôt en Italie.
Ironiquement, Rasmussen a été démasqué par un commentaire fortuit de Davide Cassani, ancien coureur professionnel et analyste à la télévision italienne. Il y a 10 jours, donc avant les révélations de la fédération danoise, Cassani a raconté avoir aperçu le Danois qui roulait sous la pluie dans les Dolomites italiennes... le 13 ou le 14 juin.
« J'ai raconté cela pendant le direct, pour meubler l'antenne, et pour chercher à renvoyer une image sympathique de ce coureur qui est tant décrié. J'ai dit ça pour donner un éclairage et montrer que sur certains aspects, il était exemplaire », a expliqué Cassani dans L'Équipe de jeudi.
L'Italien a répété ces informations à des journalistes danois, et voilà Rasmussen dans l'eau chaude. Le Poulet devra maintenant pédaler plus vite qu'il ne l'a jamais fait pour rétablir sa réputation.
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