Le «Tour du renouveau» n’aura finalement pas lieu en 2007. Déjà frappé par des suspicions de dopage impliquant son leader actuel, le Tour de France a sombré un peu plus bas, hier.

Spectaculaire vainqueur de l’étape de lundi, à Loudenvielle-Le Louron, le Kazakh Alexandre Vinokourov, l’une des principales têtes d’affiche du Tour et grand favori au départ, a été exclu de l’épreuve et suspendu par son équipe, Astana, après avoir échoué à un test antidopage. Astana a ensuite accepté de retirer ses huit autres coureurs de l’épreuve après une invitation en ce sens par les dirigeants du Tour de France.
Un échantillon sanguin prélevé après une autre victoire d’étape de Vinokourov, samedi, lors du contre-la-montre d’Albi, a révélé la présence de deux groupes de globules rouges distincts, preuve de dopage par transfusion sanguine homologue. En somme, il se serait injecté le sang d’un donneur compatible avant de prendre le départ de l’épreuve.
Le lendemain, le Kazakh de 33 ans s’était effondré lors de la première étape des Pyrénées, cédant près de 30 minutes au vainqueur et perdant tout espoir de s’imposer à Paris, son rêve. Cette soudaine défaillance entre deux victoires d’étape avait déjà soulevé des suspicions dans le milieu envers Vinokourov.
Astana, une équipe basée en Suisse mais financée par des intérêts kazakhs, a annoncé que son coureur vedette se prévalait de son droit de faire contre-analyser un échantillon B. Dans l’éventualité – hautement probable pour ce type de test – où le deuxième échantillon est positif, Vinokourov ferait face à une suspension automatique de deux ans.
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La nouvelle a évidemment provoqué une onde de choc à Pau, où les coureurs du Tour profitaient d’une deuxième journée de repos avant l’étape-reine, aujourd’hui, entre Orthez et le Col d’Aubisque. L’hôtel de l’équipe Astana a été fouillé par la police et une voiture de la même formation a été interceptée au péage d’une sortie d’autoroute à Toulouse.
Déjà éprouvés par les suspicions concernant le Danois Michael Rasmussen, porteur du maillot jaune de leader, et l’incertitude entourant l’Américain Floyd Landis, gagnant de 2006 qui conteste toujours un test positif à la testostérone, les dirigeants du Tour ont rapidement nié une rumeur à l’effet que l’épreuve serait stoppée.
«Nous avons souvent dit que nous avions entrepris une guerre sans merci contre le dopage. Dans une guerre, il y a des dégâts. Le Tour de France vit une période noire, avec des dégâts, mais il n’est pas question de baisser les bras, d’abandonner la partie et de laisser la place aux tricheurs», a insisté Patrice Clerc, président d’ASO, la société organisatrice du Tour, dans un entretien avec lequipe.fr.
Clerc constate néanmoins la «faillite totale» du système de contrôle et de sélection des équipes et regrette d’avoir invité l’équipe Astana malgré sa mauvaise réputation, se disant «floué, trahi une fois de plus». Le président d’ASO a également affirmé que Rasmussen «n’aurait pas dû prendre le départ du Tour» compte tenu de ses manquements vis-à-vis les exigences de localisation du règlement antidopage de l’Union cycliste internationale (UCI).
Relation trouble
Avant même le début du Tour, Vinokourov avait dû défendre sa relation avec le docteur italien Michele Ferrari, un ancien collaborateur de Lance Armstrong qui traîne une réputation sulfureuse dans le milieu cycliste. Pat McQuaid, président de l’UCI, avait même déclaré qu’une victoire de Vinokourov au Tour de France aurait « moins de crédibilité » en raison de cette association.
L’UCI avait également reproché à Vinokourov et à ses coéquipiers de s’entraîner avec des maillots banalisés noirs, le soupçonnant de vouloir déjouer les contrôleurs.
Les deux victoires en trois jours de Vinokourov avaient été présentées comme une remontée courageuse ou un presque miracle après sa sévère chute lors de la cinquième étape. Cette gamelle lui avait valu de nombreux points de suture aux deux genoux. Il avait ensuite peiné lors de la traversée des Alpes.
Apparu dans les années 70, le dopage sanguin aurait été abandonné au début des années 90 en faveur de l’érythropoïétine (EPO), plus efficace et moins dangereuse. Le dopage par transfusion serait réapparu au début du siècle quand un test de détection de l’EPO a été approuvé.
Le dopage sanguin homologue – avec un donneur compatible – est détectable depuis les Jeux olympiques d’Athènes de 2004. Le cycliste américain Tyler Hamilton a été le premier athlète à en être reconnu coupable après le Tour d’Espagne de 2004. L’autotransfusion, qui consiste à se réinjecter son propre sang bien oxygéné, est toujours indétectable. L’enquête de la police espagnole autour du médecin Eufemanio Fuentes, l’an dernier, a révélé l’existence de cette pratique.
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