| ÉDITORIAL |
Le Tour de France arrive à Paris, dimanche 29 juillet, dans un piteux état. La foule sera pourtant nombreuse à guetter le passage des coureurs sur les Champs-Elysées. Ce n'est pas le moindre paradoxe : même minée par les affaires de dopage, la Grande Boucle attire encore le public sur le bord des routes ou derrière le petit écran, alors que les Français ne croient plus aux victoires des coureurs. Selon un sondage publié le 22 juillet par le Journal du dimanche, 78 % des personnes interrogées doutent de " l'honnêteté" de leurs résultats. Mais ils sont encore 52 % à déclarer "aimer le Tour de France". Qu'importe que les dés soient pipés, pourvu qu'on ait l'ivresse du spectacle sportif !
Acculés, les organisateurs du Tour appellent aujourd'hui à une "révolution" et demandent aux coureurs de respecter une éthique irréprochable. C'est pourtant bien la direction de la Grande Boucle qui a accordé une invitation à l'équipe Astana pour qu'elle puisse aligner ses coureurs vedettes au départ de Londres. Elle savait que la formation kazakh et son leader, Alexandre Vinokourov, étaient fortement soupçonnés de dopage. Au nom du spectacle, elle a renoncé à un principe de précaution qui lui aurait épargné un scandale annoncé.
Les organisateurs de compétitions sportives ont besoin de vedettes pour vendre leur spectacle à des diffuseurs. Pour les chaînes de télévision, la retransmission des exploits sportifs est devenue une source importante d'audience et de rentrées publicitaires. France Télévisions augmente son audience annuelle d'un point grâce à la retransmission du Tour. TF1 réalise pour sa part ses meilleurs scores grâce aux matches de l'équipe de France de football. Et Canal+ n'a pas hésité à débourser 1,8 milliard d'euros pour acquérir les droits de diffusion du championnat de France des trois dernières saisons.
Les fédérations et les ligues trouvent dans ce partenariat avec les télévisions une manne d'argent pour financer leur discipline et leurs clubs. La Fédération internationale de football (FIFA) a ainsi perçu 1,722 milliard d'euros avec le Mondial 2006. Dans ce partenariat "gagnant-gagnant", toutes les parties ont le même intérêt : multiplier les heures d'antenne et les compétitions.
Entre le championnat, les coupes nationales et européennes et les sélections en équipe nationale, un footballeur dispute un match tous les trois jours. "Les perfusions sont utiles, sinon comment ferions-nous pour jouer soixante-dix matchs pendant l'année", avait expliqué, il y a quelques années, Zinedine Zidane dans le cadre de l'instruction du procès pour dopage de la Juventus de Turin. Le rythme effréné des compétitions, comme l'enchaînement des cols dans une étape de montagne du Tour de France, est la première des incitations au dopage. Sous peine de le banaliser, les régisseurs du sport-spectacle devraient commencer par accorder un entracte au public.
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