27 juillet 2007

No logo, no vélo ?

Non, il ne s’agit pas de s’opposer, par plaisir de la contradiction, à l’expérience du vélo pour tous (quoique tous n’y ont pas accès…) Mais à y regarder de plus près, l’argument écologique, porté très haut par les afficheurs et les communes pour justifier le VLS (vélo en libre-service) financé par la publicité, ne tient pas bien la route. Démonstration.

Des afficheurs publicitaires comme Clear Channel ou JCDecaux font du pied aux municipalités en mettant à leur disposition des systèmes de vélos en libre-service. En échange, ces sociétés privées assurent l’entretien du mobilier urbain (Abribus, Sanisette, stations de vélos…) sur lequel elles ménagent des espaces publicitaires qu’elles louent aux annonceurs. L’argent de la location des espaces et des vélos revient totalement ou en partie aux afficheurs suivant le type de contrat passé avec les communes. Ces dernières qui acceptent la démarche mettent, en théorie, des vélos à disposition de tous et améliorent leur image en affichant leurs préoccupations pour l’environnement, le bon air, la santé et toutes ces choses à la mode aujourd’hui.

D’abord, d’un point de vue social, on peut politiquement et moralement contester qu’un “service public” de vélo dépende d’une entreprise privée qui peut ne plus, un beau jour, remplir son contrat avec la ville. Dans ce cas de figure, que deviendront ces milliers de vélos, ces centaines de stations et les emplois générés par le vélo en libre-service ? Qui paiera l’entretien du parc de bicyclettes si l’entreprise l’abandonne ? Combien coûtera son démantèlement ? Quel coût en termes d’image pour la municipalité qui décide ne pas prolonger le système de VLS ?

Publicité - The economistPar ailleurs, sur le plan environnemental, selon l’association anti-publicité Paysages de France , “les afficheurs se sont rendu compte qu’une affiche éclairée et mobile faisait 40 % d’audience en plus qu’une simple publicité statique”. En conséquence, “la dépense énergétique s’accroît et les citoyens sont encore plus exposés à la réclame”. Notons qu’à Paris, la mairie a réduit de 20 % le nombre des espaces publicitaires. Mais les panneaux de JCDecaux, par exemple, peuvent accueillir jusqu’à trois affiches éclairées et mobiles… Assiste-t-on à une réduction de l’espace publicitaire et parallèlement à une augmentation du nombre de publicités affichées ? Possible…

Enfin, d’un point de vue pratique, en étudiant la géographie de Paris, on peut se questionner sur la pertinence du maillage des stations de vélos. En effet, sur les hauteurs de la capitale, “ceux-qui-se-lèvent-tôt-le-matin”, pour se rendre à leur travail, dégarnissent rapidement les stations. Et on les comprend ! Quoi de plus agréable que de filer, les cheveux au vent frais du matin calme, le long des pentes parisiennes ? Mais quelle déconfiture pour ceux qui se lèvent tard ! Pas de vélos disponibles ! Et pour le chanceux qui trouverait sur le chemin du métro, un Vélib’ encore sur sa borne, une fois descendu dans la plaine, il est souvent bien difficile de trouver une place vide pour se garer. Elles ont toutes été prises par “ceux-qui-se-lèvent-tôt”. De plus aux abords des gares SNCF, les stations de vélos ne courent pas les rues. Ce manque n’incite pas les voyageurs en provenance de banlieue à enfourcher un bicycle pour terminer leur trajet jusqu’au bureau.

Conscient de ces questions, peut-on imaginer un système de vélos pour tous, indépendant du financement publicitaire, utile à la société et vraiment écologique ? Pour Syrine Catahier, adjointe au maire du 18e arrondissement de Paris, la réponse est oui. En effet, dans son projet Vélo 18 (primé par l’Essec) elle a imaginé un système de partenariat (qui se se passe de la pub) entre une entreprise privée et une municipalité pour financer des vélos en libre-service, à destination des usagers du 18e. Il faut bien avouer que la proposition de cette ex-militante Verte, passée à l’orange du MoDem, est déconcertante de simplicité. Explication
L’entreprise privée achète des vélos dont elle assure l’entretien et la location. Pour exploiter ce marché sur le territoire de la commune, l’entreprise verse à la mairie la marge bénéficiaire de la location des bicyclettes. En échange, la municipalité construit des parcs à vélos. Pour peaufiner l’arrangement, l’entreprise s’engage à rémunérer et à former des personnes en grande difficulté sociale à la gestion des parcs à vélos, à la réparation des bicyclettes et à l’accueil du public. Par ailleurs, le maillage des stations de vélos est élaboré par la commune avec des spécialistes du déplacement urbain de manière que les administrés optent plus pour la bicyclette et moins pour la voiture. Enfin, pour inciter la population à utiliser ce mode de “déplacement doux”, une kyrielle de conseils et de services sont associés à la location du vélo : casque, siège-enfant, gilet réfléchissant, formation au deux-roues en ville, conseils de sécurité, emplacements stratégiques des stations de vélos…

Malheureusement resté dans les cartons, Vélo 18, dont l’ambition allie “actions d’insertion et lien social entre les habitants”, n’attend plus que la volonté des politiciens pour voir le jour.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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