Marc Biver est prêt à jeter l'éponge. Manager d'Astana, le Neuchâtelois tire la sonnette d'alarme. Il en a marre de ces affaires. Mais veut croire à des jours meilleurs, « si les mentalités changent »...
Christian Maillard
Pour Marc Biver, manager général d'Astana, l'Allemand Jörg Jaksche, qui a avoué s'être dopé, a, surtout, craché dans la soupe. « Qu'il fasse son autocritique, son mea culpa, alors qu'il a profité du système durant une quinzaine d'années, je veux bien. Mais qu'il commence à dégommer les autres, comme Walter Godefroot, à raconter des choses qui ne sont pas conformes à la réalité, sans preuve, je trouve ça affligeant... » Le Neuchâtelois défend surtout «l'intégrité» de Tony Rominger, accusé par l'ex-coureur de T-Mobile. Et le responsable de l'équipe hélvético-kazakh de Vinokourov, favori du prochain Tour, de se pencher à son tour sur ces «affaires» qui pourrissent la petite reine, des bâtons qu'on met dans les roues de sa passion...
Ne pensez-vous pas, Marc Biver, que ces déballages publics à répétition ne peuvent faire qu'avancer le Schmilblick ?
Parler du passé c'est bien, mais à quoi bon cette chasse aux sorcières, de mener une sorte d'inquisition. Je préférerais des gens qui nous proposent des solutions pour l'avenir; de trouver de quelle manière, rapide et efficace, on peut aider le cyclisme à retrouver une situation plus saine.
Chez Astana, êtes-vous prêt à faire le ménage, à vous séparer des moutons noirs, de Mazzoleni, Kessler, Godefroot...
Je connais Walter Godefroot depuis très longtemps. Je l'ai toujours apprécié. C'est quelqu'un de très droit, d'honnête, de parole. Ce qu'il a pu faire, à ce qu'on lit, par le passé, je ne lui jette pas la pierre, car c'était un système mis en place, une mentalité généralisée au sein du cyclisme. Ce serait faux de tirer des conclusions et de l'éliminer. Il se retire parce qu'il est arrivé à la fin de son mandat. Quant à Kessler et Mazzoleni, on les a suspendus, en attendant le verdict. Si leur culpabilité est avérée, on résiliera leur contrat avec effet immédiat. Et on exigera qu'ils nous remboursent l'intégralité de leurs salaires encaissés. C'est stipulé dans leur contrat, de la même manière qu'on pourra leur demander des dommages et intérêts...
"On a le sentiment qu'Astana dérange dans le peloton...
Il faut toujours une équipe qui dérange. Il y a eu Discovery maintenant c'est Astana. Ex-directeur sportif d'Armstrong, Johan Bruyneel m'avait prévenu que j'allais être isolé, qu'il fallait se mettre dans une bulle. Mais je ne suis pas venu dans ce milieu pour me faire taper dessus et avoir des problèmes. Si à un moment donné il y en a marre, moi je dis merci au revoir !
Marc Biver, pensez-vous que le cyclisme est sur le bon chemin ?
Moi, j'ai accepté ce challenge, parce que j'y croyais. Maintenant, si vraiment ça continue dans une ambiance aussi pourrie, je n'ai pas envie de ça. Le cyclisme ne peut changer que si les mentalités changent. Elles changeront le jour où les managers des équipes ne viendront pas du milieu. Nous, avec Astana, on a la chance de n'avoir aucun produit à vendre. L'an prochain, il y a déjà quatre équipes qui arrêtent. Pour le vélo, c'est minuit moins une...
« Même si la forme ne plaît pas, ils étaient tous d'accord de signer la charte de l'UCI »
Bjärne Riis est passé aux aveux, prêt à collaborer désormais avec l'UCI, à rendre public des résultats sanguins de ses coureurs. Et vous, Marc Biver ?
Je ne suis pas contre, mais il appartient à l'UCI de mettre en place des règles, sportives ou médicales, identiques qui doivent être respectées par tout le monde. Et moi, tant que je n'ai pas des règles claires de l'UCI qui vont dans la direction des CSC de Riis, je ne vais pas le faire. Il y a suffisamment de préventions: des contrôles, internes, inopinés, dans les courses, de sang, d'urine où le coureur peut être contrôlé 24 heures sur 24, où on envoie l'emploi du temps, l'agenda à l'UCI pour savoir où ils se trouvent. On ne peut pas faire plus actuellement. On a quatre médecins dans l'équipe et un externe qui nous coûtent une fortune. A un moment donné, il faut dire stop et mettre en place un système identique pour tout le monde. Je suis contre les pratiques individuelles.
Vos coureurs ont-ils tous signé la charte de l'UCI ?
C'est une signature sous contrainte. Même si la forme ne plaît pas, ils étaient tous d'accord de signer. D'ici ce mercredi midi, ils l'auront tous fait. Maintenant, si le coureur se fait pincer, devra payer un an de salaire à l'UCI et à nous. Ça va faire mal !
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