26 juillet 2007

Le bipède cycliste

Serge Truffaut

Qu'il s'appelle Pierre, Paul ou Jacques, le vainqueur du Tour de France sera le sujet d'un doute aussi profond que constant au cours des prochains mois. Il est même probable qu'à l'instar de l'édition 2006, celle de cette année se finisse sans... tête! On pourrait alors parler de victoire à la Samothrace après le forfait de Michael Rasmussen. De quoi plonger l'annonceur dans les affres d'un spleen évidemment financier.

Simultanément, deux quotidiens de la République française nous ont appris que les miracles n'étaient plus la propriété exclusive du petit Jésus. À plus d'une reprise, ils ont fait un lien entre l'âge de ce dernier au moment de sa crucifixion et celui de Michael Rasmussen, ex-détenteur du maillot jaune. Surnommé «le Poulet» en raison de son poids aux antipodes de l'obésité, un pauvre 54 kg, ici et là on se demande comment ce fort en montagne est devenu, subitement il faut le noter, un doué dans la montre. Le contre-la-montre. Beaucoup soupçonnent que, si ce fort en thème s'est transformé en fort en version, c'est qu'il est autant joker que cycliste. Bref, qu'il a le nez assez fin pour consommer sans se faire démasquer. Peut-être bien que le Poulet est aussi Zorro.

Il y a le Danois, mais il y a aussi le Kazakh Alexandre Vinokourov. Le bougre n'ayant pas su camoufler son inclination pour une alchimie réductrice de vie, son nom a été rayé de la course. Son équipe également. Il n'en fallait pas moins pour que le malfrat de l'édition antérieure, soit l'Américain Floyd Landis, dévoile sa maîtrise de la dialectique, mâtinée d'un humour tout ce qu'il y a de naturel, en tirant à boulets rouges sur le Laboratoire national de dépistage du dopage. On l'aura compris, selon ces «victimes» (sic), les scientifiques du laboratoire qui ont osé les déclarer dopés sont les pieds-nickelés de la chimie moderne. Sait-on jamais... Peut-être qu'à la faveur de leurs expériences, nos champions ont concocté une recette susceptible de réduire les travaux des scientifiques à un tissu d'intentions, toutes malsaines ou tordues, il va sans dire. C'est ça: il y a un complot !

Les autres, les sans-grades, les seconds couteaux, ayant été chagrinés que le Kazakh ait été pincé, ont fait un sit-in. Ce geste, ils l'ont justifié en parlant de hold-up, de vol quotidien, de solidarité, etc. D'autres ont évoqué le fait, réel, qu'aucun autre sport professionnel n'a autant combattu la consommation de produits illicites que le cyclisme. C'est vrai: le phénomène est si répandu qu'il touche même des sports réputés jusqu'alors tranquilles. Ce n'était qu'apparence.

Prenons le tir à l'arc et le tir au pistolet. Et alors? Pour remporter une médaille aux Olympiques, les adeptes de ces compétitions gobent des médicaments qui ralentissent le rythme cardiaque. L'objectif? Il est tout simple. Il faut appuyer sur la gâchette ou relâcher la corde entre deux battements, soit au moment précis où le corps de l'Homo sapiens affiche son indifférence à l'endroit du coeur. Comme quoi le bipède est un ingrat. Revenons au tour.

Depuis que l'on sait que la présente édition est une répétition des autres, sauf le trajet, certains commanditaires, et non des moindres, ont annoncé leur intention de divorce. Après la compagnie allemande Wiesienhoff et la britannique iShares l'an dernier, voilà que le Crédit agricole, Cofidis et surtout Adidas ont indiqué leur intention de ne pas renouveler leur association avec le Tour. On s'attend qu'une fois celui-ci conclu, d'autres les imitent au cours de l'hiver, peut-être avant. De quoi avoir la nostalgie de l'époque où Pernod commanditait à tout va. Car il est vrai que Pernod est le seul alcool qui fait boire de l'eau.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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