Pascal Bornand
Le Tour de France a longtemps été le théâtre de l’épopée. Une belle invention. Plus d’un siècle après sa création, il vit dans le souvenir de son passé glorieux, dans le tumulte d’un présent raviné par les affaires et dans la peur d’un avenir «chargé» d’hypothèques.
Un an après Floyd Landis, un maillot jaune bon à flanquer à la corbeille, c’est Michael Rasmussen qui jette aujourd’hui le trouble dans le peloton. Le grimpeur danois, rapace des cols, est un drôle d’oiseau. Ses échappées ne le dérobent pas seulement à la vue de ses rivaux, elles le soustraient parfois aussi à la vigilance des contrôleurs antidopage. Souvent, la grandeur précède la déchéance.
Pour l’heure, suspect mais pas pincé, le coureur danois continue de voler de ses belles ailes jaunes. Le ciel des Pyrénées s’est couvert, le peloton reste un nid de brigands, qui ne roule pas qu’à l’énergie solaire.
Mais plus que le cas Rasmussen, c’est sa troublante révélation – et les manœuvres souterraines qu’elles supposent – qui suscite le malaise. On croyait le monde du cyclisme uni autour d’une noble cause. La lutte contre le dopage est l’affaire de tous, disait-on à Moudon. C’est un leurre. Les luttes intestines, la guerre du pouvoir à laquelle se livrent les organisateurs de grands tours et l’Union cycliste internationale ne lui ont jamais autant mis de bâtons dans les roues.
Le Tour, qui est un phare historique, et l’UCI, qui devrait être une conscience, ont pourtant tout intérêt à rouler roue dans roue. Le premier s’obstine à faire son show; la seconde continue d’être dirigée à la légère. Pourtant, la défection des sponsors et des TV est une menace existentielle. Le cyclisme est en réel danger. Chaque année, il est au bord du gouffre; chaque année, il croit avoir fait un grand pas. Un jour il tombera, c’est inéluctable.
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