20 juillet 2007

Le cyclisme se joue un Tour pendable

Maillot jaune du Tour de France, le Danois Michael Rasmussen a été exclu de sa sélection nationale. Après les télévisions allemandes, ce sont les sponsors qui commencent à tourner le dos au cyclisme.

A Montpellier, la scène est surréaliste. C’est sous la protection d’un escadron de gendarmes que le Danois Michael Rasmussen, maillot jaune du Tour de France, tente d’échapper à la meute des cameramen et des photographes qui le pistent vers le podium protocolaire. Il était si seul, cinq jours plus tôt, dans l’ascension céleste vers Tignes. Seul et irrésistible. «Chicken» montait alors au paradis, plus vite encore que le Pantani de la «belle» époque. Là, entre la place de la Comédie et l’église des Pénitents blancs, il passerait presque pour un repris de justice qu’on mène à l’échafaud. Les soupçons de dopage planent sur sa tête.

«Je suis relax, je n’ai rien fait de mal.» Peu avant, à sa sortie du pullman de l’équipe Rabobank, le Danois décharné et diaphane a fait face aux micros inquisiteurs. Acculé mais inflexible. «D’accord, j’ai commis une petite erreur administrative, mais, franchement, tout ce remue-ménage autour de moi, c’est disproportionné. Je connais beaucoup d’autres coureurs qui, comme moi, ont omis de communiquer leur plan d’entraînement. Moi, j’ai bonne conscience, je n’ai subi aucun test positif et pourtant, je suis le coureur le plus contrôlé du Tour.»

Cela fait depuis trois semaines déjà que Rasmussen sait qu’il est sous le coup d’une exclusion de sa sélection nationale pour les prochains championnats du monde et les JO de Pékin en 2008. Volage, habitué aux dérobades et aux dissimulations, le grimpeur a poussé le bouchon trop loin. C’est souvent au Mexique, patrie de sa femme, qu’il s’entraîne en toute discrétion. Ou alors sur les routes qui surplombent le lac de Garde, en tenue neutre «pour éviter le voisinage des cyclosportifs». Rasmussen est l’un des «men in black» surveillés de prêt par l’UCI. Ses «défauts de localisation» lui ont déjà valu deux avertissements de la part de l’UCI, l’un en mars 2006, l’autre en juin dernier. Un troisième lui serait fatal.

Hier, c’est un champion en sursis, à l’image désormais ravagée, qui a pu prendre le départ de la 12e étape que remportera Boonen au sprint. «J’ai le soutien du Tour, c’est bien là l’essentiel», a-t-il dit.

Prudhomme offusqué
Etrangement, l’information n’a été révélée que jeudi soir, sur un plateau de TV. Une fuite a obligé Jesper Worre, le directeur général de la fédération danoise, à lâcher le morceau. «Oui, pourquoi maintenant, en plein cœur du Tour, et pas avant?» s’est offusqué Christian Prudhomme, lui aussi cerné par les micros. A défaut d’accuser, le directeur du Tour s’interroge. «A qui profite le crime?» a-t-il demandé. Sa conviction est faite; allusive, sa charge est dirigée contre l’Union cycliste internationale avec laquelle ASO, la société organisatrice du Tour, est en conflit. Pourtant, face au dopage, les deux organes ont signé une union sacrée, il y a dix semaines à Moudon, en compagnie de Patrick Lefévère, le représentant des groupes sportifs du ProTour !

La paix des braves a-t-elle été violée? A l’UCI, on se défend d’avoir jeté de l’huile sur le feu. «Ce qui a été fait pour Rasmussen n’a pas été fait pour discréditer le Tour, a indiqué Pat McQuaid, son président. La fédération danoise a appliqué ses règlements.»

Arrivé à Castres blotti au cœur du peloton, Michael Rasmussen s’est à nouveau justifié. Au pays de Hamlet, il a appris l’art de la réplique. Quel self-control! «J’ai bien tenté d’informer ma fédération mais la lettre s’est perdue, ou alors elle est arrivée trop tard. Non, je n’avais pas de computer pour envoyer un mail…»

Comme si tout cela ne suffisait pas, Whitney Richards, un ancien coureur amateur de VTT, a accusé Rasmussen d’avoir essayé de le duper en lui faisant transporter illégalement des produits dopants vers l’Europe en 2002, révèle Velo News.

Interrogé sur cette affaire le Danois s’est contenté de répondre: «Je ne peux rien confirmer de tout ça».


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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