3 juin 2007


photo : Ivanoh Demers

À voir Shanie Bergeron, menue cycliste de 16 ans, enfourcher son vélo rose, on ne la soupçonne pas de pratiquer un sport de guerriers. Mais les apparences sont ici trompeuses : Shanie fait du vélo de piste, une discipline qui vit de vitesse, de stratégie et... de terribles chutes.

Gabriel Béland

Trois fois par semaine, Shanie Bergeron se rend au vélodrome de Bromont, racheté à l'organisation des Jeux olympiques d'Atlanta. Là, elle enfourche son vélo et roule à toute vitesse sur la piste circulaire de 250m. Rouler en rond vous semble ennuyant ? Pendant une course la piste peut être encombrée d'une dizaine de cyclistes, qui atteignent des vitesses de 70 km/h, jouent du coude pour se dépasser dans les virages en pente, et chutent parfois si terriblement qu'un skieur de descente en pâlirait.

Mais le cyclisme sur piste ne fait pas partie de ces nouveaux sports extrêmes. Il est vieux comme le vélo. Avant que le Tour de France n'existe, avant même que les vélos aient des vitesses pour reposer les jambes, des cyclistes se défiaient sur piste. Il s'agit d'un sport au noble passé, qui a connu son heure de gloire au début du XXe siècle. Même au Québec, la piste a attiré son lot de passionnés. « C'était aussi populaire que le hockey », rappelle Sébastien Travers, l'entraîneur de Shanie Bergeron.

Aujourd'hui peu de cyclistes se contentent de courir sur piste, même s'il s'agit d'une discipline olympique. La plupart font aussi du cyclisme sur route, comme Shanie. « J'aime autant la piste que la route, dit-elle. Mais la piste est beaucoup plus technique. C'est un entraînement qui aide à courir sur route. On apprend à mieux pédaler - à pédaler rond - et à acquérir la vitesse de jambes.

Sur la piste, il n'y a ni nid-de-poule, ni montées, ni voiture qui vous frôlent. Ça permet donc un entraînement et des performances optimales. Voilà pourquoi c'est sur piste que se gagne l'une des plus prestigieuses distinctions du cyclisme : le record de l'heure. Le cycliste a 60 minutes pour parcourir la plus longue distance. Pendant 12 ans, le Belge Eddy Merckx a détenu le record avec un peu plus de 49 km. Il a par la suite admis que cette heure avait été la plus éprouvante de sa carrière. Le titre est aujourd'hui détenu par l'anglais Chris Boardman, avec 56,375 km.

Mais la piste c'est aussi d'impressionnantes poursuites. Le sprint est peut-être la plus connue. Deux coureurs doivent parcourir 1 km, soit quatre tours du vélodrome de 250 m. Ils commencent souvent lentement, s'étudiant, puis, dans les derniers mètres, peuvent atteindre 70 km/h. Les dépassements s'accompagnent souvent d'accrochages, puis de chutes casse-cou.

Les sprints se jouent aussi en groupe. C'est le cas du keirin, qui voit entre six et neuf cyclistes s'affronter. Au Japon, le keirin est fort populaire, et le circuit nippon compte 50 vélodromes !

Shanie Bergeron, elle, excelle en poursuite individuelle. En poursuite, contrairement au sprint, les coureurs partent à l'opposée de chaque côté du vélodrome. Celui qui parcourt une distance donnée dans les meilleurs temps gagne. Lors des championnats nationaux juniors de piste, qui auront lieu à Bromont en juillet, elle tentera de s'imposer à la poursuite de 2 km.

En attendant, elle s'entraîne plus que jamais au Centre national de cyclisme de Bromont. Elle a même quitté la maison familiale pour vivre en famille d'accueil, de manière à se rapprocher de Bromont. « Mes parents m'appuient, ils adorent ça, dit-elle. Mes amis aussi, même s'ils ont trouvé au début que le vélo était un sport bizarre. Ils me disent toujours : "Quand t'iras aux Olympiques, on va aller te voir !" »

Une partie d'échecs
Le sprint ne se gagne pas qu'avec les cuisses. Les cyclistes y mettent en fait autant de matière grise que de muscle. Souvent, les premiers tours d'un sprint sont au ralenti. Le meneur prend soin de regarder derrière lui par moments, pour voir si son adversaire tente un dépassement. Celui-ci voudra rester deuxième le plus longtemps possible, pour profiter du sillage : c'est en effet le meneur qui fournit le plus d'efforts contre la résistance de l'air. La stratégie consiste à savoir quand le sprint doit être engagé. Souvent, dans les 200 derniers mètres, la course explose. Le deuxième, dont les jambes sont moins fatiguées, se lance à toute vitesse pour ravir la position de meneur et remporter la course. Au final, la puissance et un bon positionnement feront la différence.

Tomber en grand
Les cyclistes de piste les plus téméraires utilisent parfois leur vélo comme une arme. Pour éviter de se faire dépasser, ils se positionnent de manière à bloquer leurs adversaires. Parfois, ils font vaciller leur roue arrière, qui va heurter la roue avant de leur poursuivant. Ces techniques sont souvent fatales : les chutes sont monnaie courante en piste. Alors qu'ils roulent à 50 ou 60 km/h, les pieds dans des étriers, une chute peut faire très mal ! Surtout si le cycliste qui vous suit n'arrive pas à vous éviter...


photo : Ivanoh Demers
cadrage original de la photo du haut de page
tel que publié sur Cyberpresse le 25 décembre 2007


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