23 juin 2007

Le profil bas de Prémont

QUÉBEC-À tort ou à raison, l'athlète amateur est souvent perçu comme une personne assoiffée de reconnaissance et de visibilité médiatique, prête à vendre son père et sa mère pour une mention dans les journaux. Faut donc voir la tête des patrons quand ils se font répondre que la cycliste Marie-Hélène Prémont est plus ou moins intéressée à accorder une entrevue avant le début de la saison ou qu'elle n'a pas rappelé après une course.

Quoi, elle ne veut pas qu'on parle d'elle ? Oui et non. Oui, Prémont apprécie qu'on reconnaisse ses efforts et le travail qu'elle accomplit. Mais non, elle n'est pas prête à constamment chambouler son horaire hyper chargé pour une ronde d'interviews.

« Les entrevues, ça ne me dérange pas quand le timing est bon. Ça me fait plaisir d'être ici. Mais je ne cherche pas à être connue à tout prix. Le vedettariat, les premières pages, ça ne me ressemble pas », expliquait Prémont, mercredi, dans l'arrière-boutique d'un magasin de vélo de Québec.

L'athlète de 29 ans avait quelques heures à consacrer aux médias en prévision des épreuves de cross-country de la Coupe du monde de vélo de montagne de Mont-Sainte-Anne, présentées aujourd'hui.

C'était d'ailleurs une des principales appréhensions de Prémont lorsqu'elle est montée sur la deuxième marche du podium aux Jeux olympiques d'Athènes, à l'été 2004 : ma vie va-t-elle changer ?

Verdict, trois ans plus tard ? « Zéro pis une barre », constate Jérôme Sansfaçon, le fidèle mécano de Marie-Hélène depuis une dizaine d'années. « Elle est restée la même. Même caractère, même personnalité. Elle ne considère pas qu'une médaille lui donne un standing particulier. C'est un accomplissement personnel. L'année des Jeux, je ne pense même pas qu'elle visait la médaille. Elle ne réalisait pas à quel point c'est important. »

Prémont vit toujours sur la côte de Beaupré avec son chum et son chien, entourée de sa famille, un clan tissé serré. Les copains ne sont jamais bien loin.

« J'ai un an de différence avec ma soeur et mon frère, qui sont jumeaux. On a grandi dans une rue où il y avait 23 enfants du même âge qui jouaient ensemble. Mes amis d'enfance, je les vois encore. Ils vont tous être là en fin de semaine. Tu viens de la côte... et tu restes sur la côte ! »

Le mont Sainte-Anne est tout près. L'hiver, Prémont y passait toutes ses fins de semaine, à skier puis à surfer. L'été, elle y allait pour rouler. « C'est ma montagne. C'est vraiment chez nous », s'enthousiasme celle qui a eu la piqûre du vélo de montagne en jouant les bénévoles à la Coupe du monde au début des années 90.

Évidemment, une médaille olympique facilite les choses quand vient le temps de dénicher des commanditaires. Mais Marie-Hélène est toujours restée fidèle à Rocky Mountain (Oryx à ses débuts). Le président, Raymond Dutil, est devenu un proche. Le fournisseur de pièces Shimano la traite aux petits oignons. Prémont fait même partie de l'équipe de développement. L'an dernier, Familiprix s'est joint à l'aventure jusqu'à Pékin, un match parfait pour l'étudiante en pharmacie à l'Université Laval et déjà détentrice d'un baccalauréat en kinésiologie.

En revanche, Prémont reconnaît qu'elle aurait pu rentabiliser davantage sa médaille, simplement rangée dans un tiroir. Par exemple, elle a déjà refusée plusieurs milliers de dollars pour prononcer une simple conférence corporative. Le milieu en question ne convenait tout simplement pas à la personnalité de celle qui n'est cependant pas avare de son temps quand vient le temps de rencontrer les jeunes dans les écoles. Dans la même veine, après avoir songé à s'associer à un agent d'athlètes, Prémont a préféré continuer de confier ses affaires à sa soeur Caroline.

«Ma soeur me ressemble et me connaît. C'est ma meilleure amie. Parfois, elle n'a même pas besoin de demander mon avis. Elle sait que ça ne m'intéressera pas. Je veux garder un équilibre. Je ne ferai pas des choses pour l'argent au détriment de ma qualité de vie. Pour moi, l'argent, ça ne veut rien dire. Tant que tu en assez pour vivre et que tu peux payer les factures à la fin du mois. »

C'est déjà décidé, Prémont mettra un terme à sa carrière compétitive après les Jeux olympiques de Pékin et la saison 2008. Elle se préparera en conséquence pour les JO, mais victoire ou pas, c'est basta. On est loin de l'athlète obsédée par les résultats.

« Tu sais, j'ai une médaille olympique et je me suis aperçue que ça ne change rien dans la vie, insiste Prémont. Je n'ai pas été plus heureuse le lendemain. Le sport, oui, ça contribue à me rendre heureuse parce que j'aime ça. Mais ça n'a pas changé ma vie. Je suis restée la même personne. C'est que le sport. D'autres choses sont importantes. Demain matin, si mon chum me disait : "Je ne suis plus capable que tu cours, j'en ai assez de ce beat de vie-là et tout", j'arrêterais. » Que ses partisans se rassurent, elle ne faisait que jaser.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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