11 juin 2007
Note du webmestre :
Voici des extraits de l'article de Marie-Claude Lortie pubié en page 2 et 3 du premier cahier de La Presse de ce jour.
Urgences au bord de la crise de nerfs

Il est à peine passé 8 h en ce lundi matin printanier que la section des urgences réservée aux cas les plus inquiétants, la salle de soins aigus, est déjà remplie.
(...)
Quelques minutes plus tard, une lumière s’allume et indique qu’un cas de traumatologie est aux portes de l’hôpital. Plusieurs infirmières et l’unique médecin des soins aigus se dirigent à toute vitesse vers la salle de réanimation, où des ambulanciers arrivent avec un accidenté de la route – un cycliste gravement blessé par deux voitures.
L’homme est dans un état critique. Il est conscient. Il gémit.
Autour du patient, l’équipe médicale s’occupe de suivre ses signes vitaux, de soulager sa douleur et de comprendre pourquoi sa pression est en chute libre.
Et le gars qui, quelques minutes plus tôt, était en train de servir les petits-déjeuners aux patients de la salle d’à côté est rendu au cœur de la crise, en train d’apporter à toute allure aux médecins les équipements dont ils ont besoin. Pas le choix, il est le seul préposé au travail ce matin-là.
Tout à coup, un des médecins crie à tue-tête que le patient n’a plus de pouls. L’inquiétude monte d’un cran.
Sur ces entrefaites, des policiers sont arrivés à l’hôpital et demandent à parler au médecin qui hurle qu’il n’a pas le temps de répondre aux questions, tout en ajoutant : « Oui, sa vie est en danger ! »
L’homme a plusieurs fractures et un gros vaisseau sanguin déchiré, tout près du cœur.
Pendant ce temps, l’autre salle de soins aigus se remplit, mais personne ne vient remplacer les infirmières affectées au cycliste accidenté.
(...)
Les cas s’empilent toujours : un monsieur alcoolique en sevrage, une jeune fille qui fait une réaction allergique, deux autres cyclistes accidentés, un monsieur qui a eu une faiblesse après avoir fait de l’exercice, une dame maganée par la vie qui a fait une chute. « On est aujourd’hui, stie », répond-elle au médecin qui veut évaluer ses fonctions intellectuelles en lui demandant la date…
(...)
Un jeune homme qui s’est cassé plusieurs côtes dans un accident de vélo commence à s’impatienter. Ça pue, ça crie. Il est là depuis plusieurs heures. Il veut rentrer chez lui. Mais il doit attendre d’avoir une chambre à l’étage car il doit passer quelques jours à l’hôpital. Il est à risque de faire une pneumonie. Les infirmières et le médecin lui disent de patienter. Le ton monte un peu. Il est aux urgences depuis presque 12 heures. Il n’en peut plus.
(...)
Dans le fond de la salle, un homme qui est arrivé plus tôt le matin pour un accident de vélo décide de partir. Il est fâché. On lui a soigné sa blessure à la tête, mais durant toutes ses heures passées aux urgences, personne n’a nettoyé ses égratignures aux mains et aux bras.
Les infirmières et le médecin s’excusent, la mine un peu basse.
La vie de ce monsieur n’est pas en danger. Mais il vient de leur rappeler ce qu’ils craignent le plus et ce qui les démoralisent le plus : la possibilité que dans le feu de l’action, dans la folie du débordement de leur unité de travail et malgré leurs efforts surhumains pour tout faire en même temps, des gestes de base pour les soins des malades soient oubliés.
Aux étages, le nombre d’infirmières par rapport aux patients est fixe, explique l’urgentologue, « ici, aux urgences, le nombre d’infirmières est fixe, mais le nombre de patients est élastique. On s’assure que tout le monde survive. Mais on tourne les coins ronds. On s’arrange pour que ça tienne. Et on se sent toujours coupable de ne pas avoir pu donner le meilleur de nous-mêmes. »
11 juin 2007

Note du webmestre :
Amis cyclistes montréalais, soyez DOUBLEMENT vigilants sur votre monture. Ça peut être dangereux de se retrouver aux urgences par ici…
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