À moins de deux semaines du départ du Tour de France, le 7 juillet, à Londres, sait-on quel est le vainqueur de l'édition 2006 ?
Stéphane Mandard
On ne le sait pas encore mais formellement ce n'est pas Floyd Landis (l'Américain, 1er au terme de l'épreuve, y a subi un contrôle antidopage positif). Seul le pouvoir sportif, l'Union cycliste internationale (UCI), peut dire qui a gagné.
Et qui a gagné le Tour 1996 ?
Bjarne Riis a dit lui-même qu'il avait triché et qu'il n'était pas digne de gagner le Tour. Mais le code mondial antidopage indique qu'au-delà de huit ans, il y a prescription. Ce qui m'intéresse dans le cas de Riis, ce n'est pas tant qu'il ait avoué s'être dopé entre 1996 et 1998, c'est de savoir si, en 2006, en tant que manager de la CSC, il était au courant qu'Ivan Basso était client du docteur Fuentes (au centre d'un vaste réseau de dopage).
Floyd Landis, Bjarne Riis mais aussi Lance Armstrong, Jan Ullrich et Marco Pantani, les vainqueurs des 10 dernières Grande Boucle ont tous été rattrapés par des suspicions de dopage. Le Tour a-t-il encore une crédibilité sportive ?
Oui. Et il doit reconquérir sa crédibilité et sa dignité. Aujourd'hui, il y a une volonté, car le dopage est l'ennemi du Tour. La discipline n'a pas besoin du dopage pour être un magnifique spectacle. On ne va pas refaire le film. Ce qui m'intéresse, c'est le cyclisme d'aujourd'hui et de demain. Il y a des gens infréquentables dans le cyclisme, mais il y a aussi des gens formidables. Le Tour de France fait partie du patrimoine du pays. C'est une épreuve absolument formidable et je ne vais certainement pas baisser les bras en disant : "Allez-y, les cocos, dépouillez-le !" Je souhaite que celui qui arrive sur les Champs-Elysées avec le maillot jaune soit le vainqueur du Tour.
Lors de cette dernière décennie, l'image du Tour a tout de même été très sérieusement écornée.
Bien sûr que le Tour de France a été abîmé. Mais il est très solide. Quelle épreuve résisterait comme il le fait à ce qui lui arrive ? Maintenant, on n'est pas radicalement différent des autres grandes épreuves sportives.
En 2006, l'audience du Tour a reculé sur France Télévisions et la ZDF a menacé de ne plus retransmettre le Tour en Allemagne à cause des affaires de dopage...
Que certains se posent des questions, c'est légitime, mais la ZDF retransmettra le Tour cette année. Quant à France Télévisions, le Tour à quand même fait 40 % de parts de marché, moins bien que les années précédentes, mais tout de même deux fois plus que Roland-Garros, par exemple.
Que faites-vous concrètement pour lutter contre le dopage ?
Nous faisons tout ce que nous pouvons pour empêcher les tricheurs de tricher. On a déjà parlé fortement. Le journaliste met le fer dans la plaie. Je pense qu'on a bien mis l'épée dans les reins avant le départ du Tour 2006 en mettant la pression sur les équipes pour qu'elles excluent les coureurs cités dans l'affaire Puerto. L'appel que nous avons lancé avant la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, cette année, a eu le même effet : aucun coureur cité dans cette sinistre affaire n'a été aligné. Et nous nous opposerons à la présence au départ du Tour de France des coureurs qui n'auront pas signé la charte antidopage de l'UCI, en allant devant le TAS (Tribunal arbitral du sport).
Des associations de coureurs s'opposent à cette charte et estiment que les équipes et les organisateurs ont aussi leur responsabilité dans l'incitation au dopage. En 2006, avait été évoquée la réduction des grands Tours à seulement deux semaines de courses...
C'est un procès en sorcellerie. Y a-t-il plus de gens qui se dopent sur un 100 m ou sur un marathon ? Après 1998, l'UCI a réduit la distance des grands Tours à 3 500 km. Avec le succès que l'on sait. C'est le rythme qui fait la différence. Donc plus c'est court, plus le rythme est élevé, et donc plus c'est dur.
Pourquoi avoir offert une invitation à l'équipe Astana malgré les soupçons qui pèsent sur cette formation ?
A la limite, on peut dire que nous avons invité les 21 équipes qui sont au départ, puisque nous ne sommes pas dans le Pro Tour. Nous avons invité Astana sur le papier, sur le nom des coureurs.
A fortiori, par principe de précaution, vous auriez pu vous abstenir d'inviter cette équipe pour éviter le risque d'une nouvelle affaire Landis...
Le principe de précaution, on l'applique tellement qu'en 2006 nous sommes allés devant le TAS et que nous avons perdu. S'il faut aller au TAS cette année, nous irons encore. Mais nous ne sommes pas au-dessus des règles.
Le président de l'association qui regroupe les équipes professionnelles, Patrick Lefévère, a été accusé récemment par d'anciens coureurs et médecins de son équipe d'avoir organisé le dopage. Cela ne brouille-t-il pas le message de la lutte antidopage ?
Il y a un vrai bras de fer entre les managers d'équipes et il faut aider ceux - comme les Français ou les Allemands - qui se battent pour un sport propre.
L'UCI demande aux coureurs de s'engager contre le dopage sous peine d'exclusion mais oblige les équipes à les aligner sur un maximum d'épreuves du Pro Tour. N'est-ce pas contradictoire ?
Qu'il faille des héros récurrents tout au long de la saison sportive, c'est une évidence. C'est vrai pour n'importe quel feuilleton, sportif ou non. Maintenant, il est évident aussi qu'il y a trop de jours de course dans le circuit Pro Tour.
Une association, Des vélos et des hommes, demande à ce que le Tour s'arrête temporairement "afin de le sauver du Mal qui le ronge et le tuera"...
Dans cette logique, il faut aussi arrêter les Jeux olympiques d'hiver, car il y a des scandales tous les quatre ans. Arrêter le Tour ne réglerait pas le problème du dopage. Ce serait au contraire donner la part belle à ceux qui trichent. De la même manière que la fameuse "grande famille du cyclisme" n'était pas mécontente en 1998 de pouvoir taper sur Festina, aujourd'hui, certains, dans le milieu du sport, ne sont pas non plus mécontents que les méchants, les tricheurs, les voleurs soient soi disant à ranger dans le monde du cyclisme.
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