Le vélo passe une nouvelle vitesse en matière de dopage. Les coureurs sont tenus de signer un «Engagement» au travers duquel ils déclarent sur l'honneur de ne pas être impliqués dans une affaire de dopage. En cas de violation du règlement antidopage, ils devraient reverser la totalité de leur salaire à l'UCI pour financer la lutte antidopage. Ceux qui ne signeront pas ne participeront pas au Tour.
Julian Cerviño
Pour combattre le dopage, l'UCI s'attaque au porte-monnaie des cyclistes. Les dopés devront passer à la caisse. «Ce jour est un grand jour pour notre sport» clamait hier dans un hôtel genevois Pat McQuaid, président de l'UCI (Union cycliste internationale). «Nous voulons rompre le silence. Aucune autre fédération sportive n'en fait autant que nous pour combattre le dopage. Des experts viennent de le reconnaître. Nous voulons en finir avec ce fléau. Nous devons agir de manière forte et unie.» Et l'Irlandais de demander aux coureurs de signer un «Engagement» (lire ci-dessous) pour un «nouveau cyclisme».
Cette lettre sera soumise aux 600 cyclistes du ProTour. Les équipes se sont engagées à ne pas aligner de coureurs n'ayant pas signé ce document. Le délai de signature est le 7 juillet, date du départ du Tour de France. L'UCI publiera les noms des coureurs ayant signé cet «Engagement». Et les coureurs qui n'auront pas signé cette lettre ne pourront pas prendre le départ du Tour ont confirmé les organisateurs.
Présents aux côtés de Pat McQuaid, les cyclistes Sandy Casar et Mark Cavendish ont été les premiers à signer cet «Engagement». «Nous en avons marre de n'entendre parler que de dopage» lance Sandy Casar. «Il faut que le sport reprenne le dessus et ne plus avoir de doutes au départ d'une course.» Pat McQuaid a reconnu que ce document n'avait pas de vraie valeur juridique. Mais il a insisté sur sa valeur morale. «Signer ce document est un acte volontaire et personnel. Le coureur manifeste une véritable volonté de changement en le paraphant.»
Les managers et les médecins seront aussi sollicités pour signer un document similaire. En attendant, les équipes sont tenues d'empêcher leurs coureurs de fréquenter des médecins ou préparateurs à la réputation sulfureuse. «Les managers doivent mieux contrôler ce qui se passe dans leurs équipes» insiste le président de l'UCI. «S'ils souhaitent et décident que chacun de leur cycliste ne puisse plus faire appel à un médecin extérieur à leur staff médical, des affaires comme celle baptisée Puerto, ne se reproduiront plus. Alors, le dopage sera mort.»
Les équipes statueront avant le départ du Tour sur le sort réservé à aux teams qui auront enfreint le code éthique en engageant des coureurs impliqués dans l'affaire Puerto. En plus, les teams ont accepté la mise en place, dès le 1er janvier 2008, d'un poste de médecin du travail indépendant, chargé de prononcer des arrêts de travail à l'égard des coureurs présentant des valeurs sanguines anormales. Ce médecin travaillera sous tutelle de l'UCI. Johann Bruyneel, manager de Discovery Channel et ex-employeur de Basso et Armstrong, a annoncé sa démission de l'association des équipes (AIGCP). La guerre n'est pas finie...
1000 pages de Puerto
L'affaire Puerto refait parler d'elle. L'UCI a reçu 1000 pages du dossier de la part de la justice espagnole. «Nous devrions en recevoir encore 5000 bientôt» indique Pat McQuaid. «Il nous faudra du temps pour déchiffrer ces documents. Nous avons sollicité l'aide des équipes et des organisateurs. Je ne pense pas qu'il y aura du nouveau avant le Tour de France. Pour l'instant, nous ne pouvons toujours pas empêcher les coureurs impliqués dans cette affaire de prendre part à des courses en dehors du ProTour. Mais si nous découvrons de nouveaux éléments dans ce dossier, ce qui ne semble pas être le cas, nous sanctionnerons peut-être des coureurs sans attendre la justice. Au risque d'être attaqué.»
Des conflits en vue...
Un peu contraints pour certains, les managers des équipes présents à Genève se sont engagés à faire signer cet «Engagement» par leurs coureurs. «Je n'ai rien contre sur le fond» déclare Marc Biver, responsable d'Astana. «Par contre, au niveau de la forme, cela risque de poser des problèmes. On ne peut pas forcer un coureur à reverser la totalité de son salaire sans base légale. En plus, je ne vois pas pourquoi l'UCI devrait toucher cet argent alors qu'il est versé par les équipes.» Chez Astana, le code éthique permet d'engager des actions en dommages et intérêts contre les éventuels tricheurs. «Concernant cet «Engagement», ce sera à chaque coureur de prendre la décision de le signer en son âme et conscience» poursuit le dirigeant de l'équipe basée à Neuchâtel. «Nous allons les inviter à le faire, mais nous ne pouvons pas les contraindre. En plus, tout cela intervient très vite, moins de trois semaines avant le départ du Tour de France. C'est un pas en avant, mais effectué un peu précipitemment.»
De son côté, Vincent Lavenu, manager d'AG2R, parlait d'un bon moyen «pour faire monter la pression». Son homologue de Cofidis, Eric Boyer, se montrait sceptique. «Cette démarche démontre une intention supplémentaire pour combattre le dopage, mais cela reste une intention» analysait l'employeur de Steve Zampieri. «C'est spectaculaire et fort, mais il ne s'agit pas du premier document du genre. Il y a déjà des chartes dans le vélo et cela n'a pas empêché des coureurs de se doper. Certains n'ont peur de rien. Pour ce qui est de la sanction financière, il n'est pas normal que les équipes ne touchent rien. Il s'agit tout de même de leur argent. Nous dépensons aussi beaucoup d'argent en contrôles. Au moins, avec cette lettre, on peut démontrer aux futurs sponsors que le cyclisme veut se battre contre le dopage.»
José Miguel Echavarri, dirigeant du team Caisse d'Epargne, était le plus critique. «C'est une intention de façade» estimait l'Espagnol. «Cette lettre n'a aucune valeur juridique. Je ne peux pas obliger mes coureurs à la signer. C'est une question personnelle. Tout le monde critique le cyclisme espagnol, mais on voit toujours la paille dans l'œil du voisin et pas dans le sien. Pour ma part, je suis confiant. Alejandro Valverde se remet de ses problèmes au Dauphiné Libéré et il sera certainement au départ du Tour de France.»
L'«Engagement»
Voici la déclaration que les coureurs sont tenus de signer: «Je déclare sur mon honneur, devant mon équipe, mes collègues, l'UCI, la familles cycliste et le public, que je ne suis pas impliqué dans l'affaire Puerto ni dans aucune autre affaire de dopage et que je ne commettrai aucune infraction au règlement antidopage de l'UCI. Comme preuve de mon engagement, j'accepte, si je venais à violer ce règlement et si j'étais condamné à la sanction standard de deux ans de suspension ou plus, dans le cadre de l'affaire Puerto ou de toute procédure antidopage, de verser à l'UCI, en plus des sanctions règlementaires, une contribution à la lutte antidopage d'un montant égal à ma rémunération annuelle pour l'année 2007.
Dans le même temps, je déclare à la justice espagnole que je tiens mon ADN à sa disposition, pour qu'il puisse être comparé avec les poches de sang saisies dans le cadre de l'affaire Puerto. Je fais appel à la justice espagnole pour qu'elle organise cet examen dans les plus brefs délais ou pour qu'elle permette à l'UCI de l'organiser. J'adhère enfin à la volonté de l'UCI de rendre ma déclaration publique.»
La liste des coureurs ayant signé ce document se trouvera sur le site www.uci.ch
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