30 juin 2007
Dans un entretien accordé au journal allemand Der Spiegel, Jorg Jaksche a admis son implication dans l'affaire Puerto. Il se dit maintenant prêt à dire ce qu'il sait. Tout ce qu'il sait. Sur lui, mais aussi sur un système dans lequel il s'est fourvoyé depuis dix ans.
Laurent Vergne
"Bella, c'est moi. C'est mon sang qui a été trouvé dans trois pochettes chez le Dr Fuentes, je suis le Numéro 20 dont il est question sur les documents, j'ai été client du Dr Fuentes en 2005 et 2006 à Madrid". Jorg Jaksche passe donc à son tour aux aveux. Acculé, le coureur allemand a décidé de dire la vérité. Bien tard. Un changement de discours radical par rapport à ce qu'il assénait dans la presse au mois de décembre. Admettant ses liens avec Fuentes, il niait en revanche tout dopage. "Je n'ai rien à voir avec les accusations portées contre le Dr Fuentes, si toutefois elles sont vraies", disait-il alors.
Mais devant le faisceau de présomptions, accablant, Jaksche a changé son fusil d'épaule. Il a vidé son sac dans une interview accordée à Der Spiegel. Si elle ne sera publiée que lundi, certains passage sont déjà été rendues publics par le magazine allemand. L'avocat de Jaksche, Michael Lehner, avait précisé vendredi que son client se tenait prêt à se présenter comme témoin principal devant l'Agence mondiale antidopage, l'Union cycliste internationale et la justice.
La direction de l'équipe savait tout
Car Jaksche n'aurait pas simplement l'intention d'évoquer son propre cas (ce qu'il fera), mais aussi de dire tout ce qu'il sait, sur les pratiques d'un milieu qu'il côtoie depuis dix ans. Vainqueur de Paris-Nice en 2004, l'Allemand a pas mal bourlingué au cours de sa carrière, effectuant des passages dans des équipes au passé plus ou moins trouble comme Telekom, ONCE, CSC ou Liberty Seguros. Dans l'entretien accordé au Spiegel, Jaksche raconte avoir pris de l'EPO pour la première fois alors qu'il était sous contrat avec l'équipe italienne Polti, à partir de juin 1997, et notamment pendant le Tour de France 1998.
Il confirme également s'être dopé lorsqu'il portait le maillot de Telekom, entre 1998 et 2000. Mais il va plus loin qu'un Zabel, un Aldag ou un Riis, en affirmant qu'il s'agissait bien d'un système organisé, et non de simples initiatives personnelles. Selon lui, Walter Godefroot savait parfaitement ce qui se tramait dans son équipe. "La direction de l'équipe savait tout. Le problème n'était pas d'éviter que quelqu'un se dope, mais d'éviter qu'il le fasse maladroitement", confie Jaksche au Spiegel.
L'attitude de Jaksche risque d'être diversement appréciée par ses pairs, surtout à quelques jours du départ du Tour de France. Dans un entretien accordé samedi au quotidien L'Equipe, Alexandre Vinokourov n'a pas mâché ses mots. Pour le Kazakh, si des coureurs parlent, c'est pour de l'argent. "Si on vous donne 5000 euros pour descendre quelqu'un, vous ne le ferez pas. Mais si on renchérit à 100 000 euros, vous trouverez toujours une bonne histoire pour justifier la somme", s'insurge-t-il. Reste que depuis quelques semaines, les langues ne cessent de se délier. Les raisons de ce déballage ne sont peut-être pas toujours très pures, mais ce qu'elles révèlent apparaît bien plus nauséabond encore...
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